Dossier Spécial

Marche Verte: Une conviction viscérale de souveraineté

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
Le suspense aura duré jusqu’au bout
Le coup de génie de Hassan II
Une incroyable logistique
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L’extension maximale de l’ancien Empire chérifien avec ses voies caravanières: les liens étaient des liens d’allégeance puissamment soutenus par le commerce (Source: Lugan)

«Ils viennent d’écrire une des pages les plus glorieuses de notre Histoire, une page qui sera citée en exemple aux générations futures en fait de discipline, d’obéissance, de maturité, d’endurance et de patriotisme». Le 9 novembre 1975, alors que les marcheurs ont avancé de 20 à 30 km au-delà de la frontière, Feu Hassan II leur donne l’ordre de faire demi-tour. Il prononce alors un discours dans lequel il insiste sur le caractère historique de leur avancée triomphale.

La Marche Verte marquera à jamais l’Histoire de la géopolitique internationale. Par l’annonce le 16 octobre 1975 de l’organisation de la Marche Verte, Feu Hassan II avait pris tout le monde de court. A Madrid comme à Alger, on a cru à un bluff. Et pour cause, le secret était tellement bien gardé qu’aucune information n’avait filtré.

Au moment de la préparation de cette grande marche populaire, enseignée dans les grandes universités et les instituts de sciences politiques, toutes les précautions ont été prises. Des consignes royales strictes ont été données sous serment. Le mot «Massira» était banni du vocabulaire des protagonistes lors de la phase préliminaire. Le mot de passe a été «Al Fath». Pour ceux qui ont vécu cette expérience unique, la réussite de la Marche Verte s’explique par la conjugaison de trois éléments essentiels.

Le premier a porté sur le secret gardé vis-à-vis des amis mais aussi des ennemis du Maroc, qui, tous sans exception, ont été pris au dépourvu. Houari Boumédiène, alors Président de l’Algérie, était entré dans une colère noire à cette annonce. Lui comme ses alliés de l’époque étaient dans l’impossibilité d’imaginer la faisabilité de l’organisation d’une Marche de cette ampleur en si peu de temps.

Dans cette lancée, l’Algérie avait annoncé un appui total et définitif au polisario, après un flottement dans ses positions. Les militaires espagnols et algériens ont tenté par tous les moyens de faire échouer cette initiative. Boumédiène avait même convoqué Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, pour lui ordonner de concentrer toute l’énergie de la diplomatie algérienne sur la question du Sahara. Plus de 40 ans après, ce voisin de l’Est est dans le même état d’esprit.

8.900 camions, 1.200 cars, pommes de terre, oignons...

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Le Sahara n’a jamais été une barrière infranchissable. Pendant au moins une dizaine de siècles, les échanges commerciaux, humains et religieux n’ont jamais cessé entre le Maghrib Al Aqça et les autres régions d’Afrique. Certaines villes aujourd’hui disparues, comme Audaghost en Mauritanie, vivaient pratiquement du commerce des caravanes. C’est d’ailleurs le contrôle de ces caravanes tout autant que l’ascendant religieux qui renforceront le leadership de dynasties comme celle des Almoravides (Source: Lugan)

Le deuxième élément de réussite porte sur l’extraordinaire logistique qui a été déployée. Le premier jour de l’ouverture des inscriptions à la Marche, plus de 600.000 personnes ont effectué le déplacement à travers les provinces. Le lendemain, le million a été largement dépassé. Mais pour la Marche Verte, il ne fallait se contenter que de 350.000 volontaires comme l’avait voulu Feu Hassan II. Pour les transporter, 8.900 camions et 1.200 cars, numérotés ont été mobilisés.

Ces véhicules, dotés chacun d’un numéro, roulaient en file indienne. Aucun n’avait le droit de doubler. Dans cette opération comme dans d’autres, le génie marocain, marqué par une forte dose d’imagination, s’est déployé pour résoudre les problèmes les plus complexes. Seddik Maâninou, alors directeur de l’information à la RTM et envoyé spécial sur le terrain, raconte dans son livre des séquences poignantes.

C’est le cas du bateau qui transportait des pommes de terre et des oignons pour alimenter les volontaires de la Marche Verte. Comme il ne pouvait accoster à Tarfaya en raison de sa taille, le navire est resté en mer. Le transbordement des marchandises du bateau au rivage a été réalisé par hélicoptère. L’opération aura duré deux jours.

A l’étranger, la Marche Verte a fait l’effet d’une bombe médiatique. Elle avait suscité l’intérêt des grands journaux internationaux qui avaient dépêché leurs envoyés spéciaux, plus de 200 au total. Ces médias n’excluaient pas les possibilités d’explosion de cette région avec le risque que l’armée espagnole tire sur les participants à la Marche.

La Marche Verte avait également réveillé le sentiment patriotique et dopé l’élan populaire. Le Roi, qui sortait de deux tentatives de coups d’Etat militaires, était politiquement isolé. Cette opération originale et unique l’a remis au coeur du dispositif. Elle a cimenté la nation, les partis politiques et les syndicats autour du Souverain.

Bien avant la Moudawana...

Avec la Marche Verte, la femme marocaine a acquis ses galons, bien avant la Moudawana. Feu Hassan II voulait qu’elle soit impliquée dans cette grande manifestation populaire. Les instructions étaient claires: chaque province devait participer avec un quota de femmes à hauteur de 10% de l’ensemble. Au final, ce sont 35.000 femmes volontaires qui vont participer, donnant une autre dimension humaine à ce mouvement destiné à récupérer une partie du territoire national.

 

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