Dossier Spécial

Marche Verte/Tribus: La machine à produire les élites politiques

Par L'Economiste | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
Les familles dominent le jeu électoral
Quelques timides percées
Ould Rachid, Derham, Bouaida, les plus en vue
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Les élus des différentes régions du Sahara s’étaient mobilisés lors de la séance plénière, organisée par les deux Chambres réunies, en présence du Chef de Gouvernement. Les élus du Sahara, ici en habit traditionnel, ont fait entendre leurs voix suite aux dérapages de l’ex-secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon

Depuis la Marche Verte, le Sahara a connu un vrai développement à la fois territorial et économique grâce à une très forte volonté politique du Maroc pour en faire une région prospère et attractive. Après le départ des Espagnols, la région était pauvre, sans infrastructures. Depuis 42 ans, c’est un essor économique qui est affiché dans l’ensemble du Sahara.

Cela a permis d’améliorer les conditions de vie des citoyens et de créer une classe économique et politique des gens du Sud. Dans cette région du Maroc, la tribu commande la carte électorale. Cette donne fondamentale a dû éloigner de ces régions plusieurs chefs de partis, à l’exception de Salaheddine Mezouar alors président du RNI, qui avait fait le déplacement à Laâyoune et à Guelmim. Sinon, le reste des patrons politiques n’avaient pas jugé utile de se rendre dans cette zone lointaine, à l’occasion des dernières campagnes électorales. Ils avaient compris que leurs discours n’avaient pas d’effets sur la composante tribale.

Les provinces du Sud sont essentiellement constituées de 17 tribus. Historiquement, des familles ont construit leur fortune à travers le commerce, mais l’influence économique avant la Marche Verte était très faible. A partir de cet événement, les choses commencent à prendre forme et petit à petit des noms vont se positionner en tant que piliers dans la région.

■ Remarquable montée en puissance de Hamdi Ould Errachid

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Hamdi Ould Errachid

Si les états majors des partis restent en majorité prisonniers de l’ancienne image, des Marocains du Sud remontent vers le Nord pour s’imposer politiquement. Le dernier congrès de l’Istiqlal a été un parfait exemple. Tout le monde aura constaté la remarquable montée en puissance de Hamdi Ould Errachid dans l’appareil du parti. Simple membre du comité exécutif, il en est devenu l’homme fort, celui  qui a réussi à déboulonner Hamid Chabat du Secrétariat général et en imposer le nouveau patron, Nizar Baraka. Cela se traduit par le renforcement de la position de l’homme fort de Laâyoune au sein du nouveau comité exécutif. A l’avenir, Nizar Baraka devra composer avec lui. Hamdi Ould Errachid est un grand notable du Sahara, ancien agent d’autorité et député maire de Laâyoune depuis plusieurs années. Le Président du Corcas et ancien Ministre des Affaires sahariennes, Khalli Hanna Ould Errachid, est son frère. Cette famille, restée fidèle à l’Istiqlal, est originaire de la tribu Reguibat-Tahlat, la plus en vue et qui domine la carte politique et électorale  de la région du Sahara. Ould Errachid aura renforcé le parti pour le hisser comme la première force politique du Sahara. L’Istiqlal tout seul dispose de 10 conseillers parlementaires issus du Sahara. Le parti contrôle également 2 régions, celle de Laâyoune et celle de Dakhla. Elle a eu le contrôle de la municipalité de Laâyoune pendant trois mandats, la Présidence de l’ancien Conseil régional de Boujdour Sakia El Hamra. Aujourd’hui, c’est son neveu, de son prénom également Hamdi Ould Errachid, qui renforce la présence du parti en présidant les destinées de la région de Laâyoune. Cette famille est prospère dans les conserveries de poissons et dans l’immobilier.

■ Dans la famille Joumani, je demande...

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Brahim Joumani

De son côté, Néama Mayara, secrétaire général de l’UGTM, celui qui a évincé Hamid Chabat de la centrale syndicale, est également du Sahara. Il est membre du comité exécutif de l’Istiqlal et fait partie de la famille des Ould Errachid.
Si ces derniers sont étiquetés Istiqlal, le socle de la famille Joumani est le MP depuis une trentaine d’années. Mais en 2009, le PAM avait recruté l’un des membres de la famille, devenu par la suite Président de la Municipalité de Smara.  Brahim Joumani est député et membre du Conseil de la ville de Rabat. Basée principalement à Laâyoune et à Dakhla, cette famille est originaire de la tribu Reguibat-Bihat. Dès les années 70 et 80 du siècle dernier, elle avait bénéficié de largesses de l’Etat, particulièrement après la rencontre d’allégeance du résistant Khatri Ould Said Joumani  à feu Hassan II. Par la suite, la famille a réussi à fructifier ses biens et ses investissements dans la pêche, la distribution pétrolière, l’immobilier et le transport urbain. Dans la région de Rabat, la famille exploitait une compagnie d’autobus. Elle possède également un gros cheptel de camelins.

■ La compétition des Derham

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Hassan Derham

Autre famille qui a réussi à imposer sa touche et ses activités commerciales depuis le protectorat espagnol, les Derham, issus de la tribu Ait Baâmrane. Après le RNI, l’USFP a réussi à recruter la plupart des membres. Le plus en vue est incontestablement l’homme d’affaires Hassan Derham, qui a contribué à financer et à renforcer le parti de Driss Lachgar dans les villes du Sahara. Depuis les années 90, cette famille a réussi à prendre une bonne place dans la carte politique de la région, en dépit de son recul particulièrement à Tarfaya et à Dakhla. Elle est également en compétition avec les Ould Rachid. L’objectif est de casser leur domination en vue d’élargir son pouvoir, via le positionnement des membres de sa tribu dans des postes clés. Il a d’ailleurs en partie réussi. Sa nièce, Rkia Derham, après un siège de députée de l’USFP à la Chambre des Représentants, a été nommée Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, dans l’actuel gouvernement. Economiquement, la famille importe et commercialise les carburants. Elle dispose d’une flotte  de bateaux de pêche côtière et des autocars de transport international. Elle est également dans l’export des tomates de Dakhla vers l’Europe.

■ Fortune historique pour les Bouaida

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Abderrahim Ben Bouaida

Les Bouaida sont également une famille puissante dans la région Oued Noun, au Nord du Sahara. Sa fortune a été constituée par le père qui s’était lancé très tôt (avant même l’Indépendance) dans les activités commerciales. Il avait d’ailleurs monté une compagnie Bouaida-Derham d’import-export, avec la distribution de produits à travers le pays. Il avait aidé la résistance dans le nord et dans le sud. Politiquement, cette famille est encartée au RNI. Du coup, ce parti récolte des sièges parlementaires et municipaux. Abderrahim Ben Bouaida a conduit la liste locale lors des élections régionales de 2015 à Guelmim, en compagnie de sa cousine Mbarka, actuellement Secrétaire d’Etat à la Pêche maritime, après son passage au Département des Affaires Etrangères. Il est d’ailleurs, président du Conseil régional de Guelmim Oued Noun. La famille, originaire de la tribu Ait Lahcen, a réussi à constituer une base électorale forte. Elle possède un grand nombre de minoteries, en plus de l’immobilier et des parts dans le marché de distribution des carburants.

■ Politique, carburant et immobilier pour les Belfkih

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Abdelouahab Belfkih

La famille Belfkih, originaire de la tribu Ouaza, proche des Ait Baâmrane, a vite marqué son territoire pour devenir une composante dans l’équation électorale de la région Oued Noun. Abdelouahab Belfkih en est le chef de file. Lors des élections régionales de 2015, il a conduit la liste USFP, son frère Mohamed celle du même parti aux communales de Guelmim. Il avait placé son autre frère Lahcen sur la liste USFP de Sidi Ifni. La famille a remporté la majorité des sièges à Guelmim, Sidi Ifni et dans la région de Oued Noun au nom de l’USFP. La fortune Abdelouahab Belfkih, particulièrement dans le secteur de l’immobilier, est récente. Ancien pompiste dans la région Guelmim il y a moins d’une vingtaine d’années, il a vite monté les marches avant de s’imposer sur l’échiquier politique de la région.
Les Tamek, Chegaf, … sont autant de noms qui comptent au Sahara. Les premiers sont MP, les seconds USFP. D’autres familles commencent à émerger économiquement pour finir par occuper pour l’heure un strapontin sur la carte électorale de la région.

                                                                   

Des femmes sahraouies qui comptent

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■ Mbarka Bouaida est membre du bureau politique du RNI. Par son travail et ses compétences, elle a su gravir les échelons pour occuper le poste de Ministre déléguée aux Affaires étrangères dans le précédent gouvernement. Dans l’actuel exécutif, elle est Secrétaire d’Etat en charge des Pêches maritimes. Avant de devenir ministre en 2013, elle avait brillé au sein de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants où elle était vice-présidente.

 

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■  Guejmoula Bent Abbi a été députée et Présidente d’une commission spécialisée de la Chambre des représentants. Elle est également membre du bureau politique du PPS, après avoir intégré dans un premier temps le MP. Cette ancienne activiste du polisario à Londres a rallié le Maroc en 1991. Elle était également présidente de l’Union des femmes sahraouies dans les camps de Tindouf, en Algérie.

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■ Rkia Derham était députée USFP avant d’être nommée Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur.  La nièce de Hassan Derham a été très active dans la jeunesse du parti et dans l’Internationale socialiste. Rkia Derham a fait partie des jeunes socialistes qui ont rencontré à Tindouf d’autres jeunes sahraouis retenus sur place.

 

 

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■ Hasna Abouzaid: Ancienne députée à la faveur de la liste nationale des femmes de l’USFP, Hasna Abouzaid a été la bête noire de Abdelilah Benkirane lors des questions mensuelles de politique générale au Parlement. Cette sahraouie, membre du bureau politique de l’USFP, avait vite pris une place de choix dans le groupe parlementaire de l’USFP. Cependant, au lendemain de la formation du gouvernement, Hasna Abouzaid, en compagnie d’autres camarades du bureau politique, a contesté la démarche du premier secrétaire du parti de Driss Lachgar.

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■ Hajbouha Zoubeir: Femme d’affaires et militante des Droits de l’Homme, elle est  membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE). En tant qu’experte au sein de cette institution constitutionnelle, elle a participé à l’élaboration du programme de développement des provinces du Sud. Parallèlement à ces activités, Hajbouha Zoubeir occupe le poste de vice-présidente de la Fondation Phosboucraâ de l’OCP.

 

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