Dossier Spécial

Marche Verte: Des témoins aux avant-postes

Par L'Economiste | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
Le récit du journaliste Maâninou qui a été de l’aventure
Sa Jeep a été le premier véhicule à traverer la frontière du Sahara
Les dessous de l’approvisionnement de la Marche
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Les 350.000 participants à la Marche étaient organisés dans des carrés. Chaque carré abritait une province, avec ses volontaires, ses camions, ses tentes. Ils étaient délimités par des pierres peintes à la chaux (Ph. Min.Com)

«A 10h30 du matin le 6 novembre, la Marche Verte s’est mise en branle. J’ai eu la chance d’être aux avant-postes de ce moment historique. Avec le caméraman, son assistant et le preneur de son, nous étions dans une Jeep qui a été le premier véhicule marocain à traverser la frontière. Normal, cette équipe de télévision devait filmer les volontaires qui allaient traverser».

Seddik Maâninou a couvert cet évènement historique pour le compte de la RTM où il était Directeur de l’information. Dans un livre témoignage à rebondissements, il retrace cette histoire chargée de moments forts. Le tome 2 du livre est écrit en arabe «Ayam Zamane, Al Fath Moubine», d’une lecture fluide et un style direct. Ce travail est émaillé de documents de première main, de photos de l’époque.

Seddik Maâninou reconnaît avoir «vécu des moments chargés d’émotion, avec un mélange de sentiment national, religieux, et une dose de peur. Dès que la traversée a commencé, c’est un déferlement. Les you-yous enthousiasmés des femmes enveloppaient les cris et les slogans religieux des volontaires.

«Plus de 40 ans après, en y repensant, j’ai la chair de poule. C’était très fort. Dès le début du reportage, je me suis surpris en train de crier et de pleurer. Je cherchais peut-être à faire partager l’émotion de cette histoire vécue avec ceux qui sont restés à Rabat ou ailleurs», dit-il. Après 14 km, les marcheurs se sont retrouvés devant les militaires espagnols qui avaient placé des chars et des mitrailleuses derrière des dunes. A peine 250 mètres les séparaient.

Les volontaires ont commencé à planter les tentes, à allumer les feux, à fabriquer du pain, à danser et à chanter. Chaque province avait un ou deux orchestres. Cette ambiance, qui a duré trois jours, a été interrompue par le Discours du Roi qui avait ordonné le retour au point de départ, c’est-à-dire quitter le Sahara. L’histoire officielle ne dit pas que les marcheurs avaient ressenti une déception et un abattement sans précédent. «J’ai vu des gens pleurer. Il fallait beaucoup de diplomatie et de conciliabules pour les convaincre de la nouvelle tournure», indique cet ancien journaliste, aujourd’hui à la retraite.

Cependant, les médias avaient compris que Feu Hassan II avait remporté la première manche. Le temps des négociations avec les Espagnols était arrivé. Et c’est Ahmed Osman, Premier ministre à l’époque, qui s’est déplacé à Madrid pour entamer les pourparlers. Cela s’est terminé par la signature de l’accord de Madrid, rappelle Seddik Maâninou.

De gros porteurs, les C.130, pour acheminer le pain

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«Plus de 40 ans après, en y repensant, j’ai la chair de poule. Dès le début du reportage, je me suis surpris en train de crier et de pleurer», souligne Seddik Maâninou, ancien journaliste qui a couvert la Marche Verte pour la télévision marocaine (Ph. Bziouat)

Le témoignage vivant de Seddik Maâninou nous place au cœur de la Marche Verte. Selon lui, les 350.000 personnes étaient organisées dans des carrés. Chaque carré abritait une province, avec ses volontaires, ses camions, ses tentes. Ils étaient délimités par des pierres repeintes à la chaux. Dans cette vie en communauté, il fallait répondre à une inconnue: comment nourrir cette population vivant sous les tentes, en plein désert.

«Si une personne a besoin de trois pains par jour, il en faudrait 1,2 million. Sauf qu’au moment de la préparation de cette opération, ses concepteurs avaient prévu ce volet. Ils avaient recensé les fours et commencé à leur livrer gratuitement de la farine. La règle était simple: «Le jour, ils font leur travail habituel, mais après la fermeture, ils produisent du pain pour la Marche», précise Maâninou.

Dans les grandes villes, les pains produits, mis dans des sacs de jute, étaient chargés dans des camions qui prenaient la route vers le Sahara. «Parfois, les pains des régions lointaines arrivaient secs, immangeables. La solution a été trouvée: des avions gros porteurs, les C.130. Mais Tarfaya où campaient les volontaires n’avait pas d’aéroport. Alors, l’avion descendait à 120 mètres du sol, pour ouvrir la portière d’en bas, avant de remettre les gaz pour que les sacs de pain glissent et tombent du ciel. Chaque province venait, avec ses hommes et ses camions pour ramasser ses parts de sacs. «Chaque heure, un avion arrivait et lançait des sacs».

Pendant ce temps, les camions des villes proches de Tarfaya continuaient à approvisionner en pain. Trois jours après, les responsables ont décidé de faire atterrir un avion. Pour cela, les volontaires ont réalisé un grand rectangle avec des pierres peintes à la chaux avant de dépierrer le terrain. La place a été nettoyée.

Des deux côtés du rectangle, les Jeeps de la Gendarmerie et les ambulances ont été alignées pour guider les pilotes à l’atterrissage. C’est ainsi que le premier avion a atterri. La nuit, les véhicules avaient les feux allumés, permettant ainsi aux pilotes d’utiliser cette piste improvisée

 

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