Dossier Spécial

Marche Verte: L’exceptionnelle épopée musicale

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
L’évènement avait galvanisé autant les foules que les artistes
Des chansons qui ont traversé l’Histoire
Un soutien Royal à la «chanson marocaine»
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Il y a 42 ans, Hassan II appelait les Marocains à marcher vers le Sahara. L’euphorie est à son comble et les artistes se mobilisent pour galvaniser les foules. Il faut dire que la «chanson marocaine» vit ses heures de gloire, grâce au soutien du défunt Roi (Ph. Capture d’écran RTM)

Maxime Kartouchi, Abdelfatah Bennis, Neta Al Kayam, Naima Lamcharqi, André Azoulay... Des artistes et personnalités marocaines, juives et musulmanes, entourés d’une foule de jeunes en liesse,  entonnant en chœur le fameux «Nidae El Hassan». C’était lors du dernier festival des Andalousies Atlantiques à Essaouira (du 26 au 29 octobre).

La vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux, qui comptent plus d’une centaine d’autres publications, célébrant la coexistence des deux communautés autour de la première cause nationale.  Aujourd’hui encore, il est rare d’assister à un mariage marocain, une célébration, une fête ou un baptême, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, sans voir l’ensemble de l’assistance attaquer le titre mythique ou encore, la non moins célèbre, chanson «Layoun Aynia» de Jil Jilala.

Les deux opus qui fêtent cette année leur 42e printemps, n’ont pas pris une ride. Ils font partie de l’exceptionnelle épopée musicale qui a accompagné la Marche Verte et sont désormais inscrits dans l’ADN de l’identité nationale. Il y a 42 ans, Hassan II appelait les Marocains à marcher vers le Sahara. L’euphorie est à son comble et les artistes se mobilisent pour galvaniser les foules.

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(Ph. Capture d’écran RTM)

Il faut dire que la «chanson marocaine» vit ses heures de gloire, grâce au soutien du défunt Roi et la prise en charge de la vénérable Radio Télévision Marocaine. Feu Hassan II souhaitait une chanson à la hauteur de l’évènement historique annoncé. Ce sera «Nidae El Hassan», écrite par Fathallah Lmghari. La légende voudrait que Abdallah Al Isami, face à l’urgence, ait composé la musique en une heure de temps.

Enregistrée avec l’orchestre Royal, la chanson est immédiatement diffusée et l’engouement du public est instantané. Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour un succès fulgurant. Des paroles mettant en exergue l’appel direct du Roi, exaltant la libération des territoires occupés, un refrain religieux entonné d’une manière saccadée et enfin un casting de prestige dans lequel on retrouve: Fathallah Lamghari, Abdelmounaim Jamai, Mahmoud El Idrissi, Bahija Idriss,  Ahmad El Gharbaoui, Abdel Ati Amana  Naima Samih ou encore Latéfa Amal.

Des versions pop, rock, électro, chaâbi et même gnaouie

La chanson continue aujourd’hui d’être l’un des plus grands tubes de l’histoire musicale du pays et est reprise régulièrement par de nombreux artistes, dont la majorité n’était même pas née à cette époque. Des versions pop rock, électro, chaâbi et même gnaouie existent aujourd’hui, sans compter la sublime version de l’orchestre philharmonique du Maroc enregistrée en 2010. Le titre de Jil Jilala a une histoire sensiblement différente.

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(Ph. Capture d’écran RTM)

Le célèbre groupe connaissait déjà la région à l’époque puisqu’en 1974, il s’était rendu  dans la région de Laâyoune afin d’animer les centres militaires. L’idée de faire une chanson sur le Sahara avait donc déjà germé dans la tête des musiciens et le refrain «Laâyoune Inaya et Sakya alhamra liya», point de départ de la chanson, existaient déjà. Au lendemain de l’appel du Souverain, le groupe décide de réadapter le projet. Il a fallu un travail d’une nuit: de 21h jusqu’à 4h du matin pour que la chanson soit achevée.

«Tout venait tout seul: les vers, les airs avec une entente parfaite des six personnes qui constituaient notre groupe», racontera plus tard  Moulay Tahar Asbahani, l’un des compositeurs de la chanson. La chanson est enregistrée dans les studios de la Radio Nationale quelques jours avant le départ de la Marche et diffusée en direct sur les ondes. Sakina Safadi, la seule chanteuse du groupe sera d’ailleurs la seule artiste marocaine à participer directement à l’épopée de la Marche Verte.

Elle a, d’ailleurs, été chargée par les responsables de l’organisation d’encadrer les femmes rassemblées dans un camping à Aïn Sbaâ durant une dizaine de jours avant leur voyage. Le temps de faire l’encadrement nécessaire des participants avant le grand départ. L’artiste raconte, lors de confidences faites à la presse, son émotion, quand en tenue militaire, elle a entonné la chanson devant ses consœurs et compagnons mobilisés pour la bonne cause en réponse à l’appel Royal.

Si les deux tubes nationaux ont traversé les décennies, pour faire aujourd’hui l’objet de culte auprès des jeunes, d’autres grands  titres, à l’époque, avaient participé à l’épopée nationale. On citera le célèbre duo composé par Naima Samih et Abdelwahab Doukkali qui ont interprété «Rihlat Annasr» ou encore «Ya zayer Ard Assahra»  de Mohamed Khatib.

Certains se souviendront également de «Ya id Sahra», de Abdelhadi Belkhayat et de «Ana Sahraoui» de Abdelwahab Doukkali, la chanson «350 mille» de Ahmad El Gharbaoui  ou encore «Ya batala Anidal» de Naima Samih sous la baguette de l’immense Abdel Kader Rachid sur des paroles de Allal Khyari.

 

 

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