International

Climat: L’ONU tape du poing sur la table

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
Grand écart entre les engagements et l'objectif de 2°C
Risques de canicules, inondations, super-ouragans…
Des solutions pour réduire les émissions de CO2
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Organisateur de la COP22 à Marrakech, le Maroc fait partie des pays qui ont signé et ratifié l’accord de Paris. La carte montre ceux qui ont signé et ceux qui sont hors de l’accord, en fonction de leur poids dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre

L'écart entre les promesses nationales de limitation des émissions de gaz à effet de serre et les réductions qu'il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2°C est qualifié de «catastrophique». Ce qui serait le signe annonciateur de grands dérèglements (canicules, inondations, super-ouragans...), alerte Erik Solheim, Directeur du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), qui vient de publier son rapport annuel sur l'action climatique mondiale.

Ceci en amont de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP23) qui se tient à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre prochain. Le Maroc y passera le flambeau à une nouvelle présidence pour prendre en main les différents sujets et dossiers. La tâche de l’équipe américaine lors de ces négociations s’annonce rude. Et, ce après que le Président américain Donald Trump ait signifié à l’ONU son retrait de l’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre 2016.

Selon l'Organisation des Nations Unies, la révision des engagements nationaux, prévue en 2020 par l'Accord de Paris, sera «la dernière occasion» de trouver la bonne trajectoire pour 2030. Sinon, «il est extrêmement improbable» que le monde reste sous 2°C et a fortiori 1,5°C de réchauffement par rapport à la Révolution industrielle. D’autant plus que le changement climatique a déjà un impact concret sur notre santé. Coups de chaleur, pertes de productivité, expansion des maladies transmises par les moustiques... et la liste est bien longue (revue médicale britannique The Lancet).

Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté à un rythme record en 2016. Elles ont atteint le niveau le plus élevé depuis 800.000 ans, selon le Bulletin de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), sur les gaz à effet de serre. Cette hausse rapide des concentrations de CO2 et d’autres gaz à effet de serre (comme le méthane) dans l’atmosphère est susceptible de déclencher une modification des systèmes climatiques. Et le Maroc ne fait pas exception (cf. notre édition N°5138 du mardi 31 octobre 2017).

L’ONU présente des solutions pratiques pour réduire les émissions de CO2. Cela peut se faire grâce à des mesures d’atténuation en développement rapide basées sur des modèles existants dans les domaines de l’agriculture, des bâtiments, de l’énergie, de la foresterie, de l’industrie et des transports. En adoptant de nouvelles technologies dans les secteurs clés et en investissant moins de 100 dollars par tonne de CO2, les émissions pourraient être réduites de 36 gigatonnes par an à l’horizon 2030. Ce qui est suffisant pour combler l’écart entre les besoins et les perspectives en matière d’émissions.

Ne pas ouvrir de nouvelles centrales électriques alimentées au charbon et accélérer la suppression progressive des centrales existantes (en veillant à la bonne gestion des problèmes tels que l’emploi, les intérêts des investisseurs et la stabilité du réseau) serait d’une grande aide. Une autre étude publiée par la Coalition 1 Gigatonne montre que les projets d'énergie renouvelable et d'efficacité énergétique soutenus par les partenaires dans les pays en développement peuvent réduire de 1,4 Gt équivalent CO2 d'ici 2020. A condition que la communauté internationale aide les pays en développement à s'adapter aux changements climatiques et à réduire leurs émissions.

Taux de décarbonisation

Les progrès réalisés en matière de décarbonisation sont encourageants, mais le chemin à parcourir reste long, indique le cabinet de conseil et d’audit PwC dans son étude «Low Carbon Economy Index 2017». Afin d’éviter une augmentation des températures de 2 degrés, le taux de décarbonisation devrait atteindre les 6,3% chaque année, au lieu des 1,4% en moyenne réalisés de 2000 à 2016. Le Royaume-Uni et la Chine se classent en tête des pays du G20 pour la croissance verte, avec un taux de décarbonisation de leur économie de 7,7 et 6,5% respectivement en 2016. Le Mexique et l’Australie font aussi partie des bons élèves, et affichent des taux respectifs de 4,6 et 3,8% sur l’année de 2016, et ce sur fond de croissance de leur PIB. Cependant, au niveau mondial, ces progrès ont été contrastés par l’augmentation de la demande en charbon en Inde, Indonésie et Turquie. De son côté, la France peine à atteindre les 3,2% de décarbonisation qui correspondent à ses engagements pris à l’horizon 2030 dans le cadre de l’Accord de Paris.

 

 

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