Economie

La dette du Trésor atteint le seuil de tolérance

Par Franck FAGNON | Edition N°:5141 Le 03/11/2017 | Partager
A 65% du PIB, contre moins de 50% en moyenne dans les pays émergents
Le service de la dette absorbera 1/4 des recettes ordinaires en 2018
Néanmoins, l'Etat garde la confiance des investisseurs
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Le taux d'endettement a augmenté de 18 points de PIB depuis 2008, la dernière fois où le Maroc a enregistré un excédent budgétaire

Le Maroc n'a plus présenté de budget à l'équilibre depuis 2008. Dans la rubrique dette, cela se traduit par un alourdissement de la facture de 356 milliards de DH en moins de dix ans à 684 milliards, soit 65% du PIB. De ce chiffre, il y a le hors-bilan que le Ministère des Finances n'intègre pas (voir encadré).

Les charges de la dette (principal + intérêts) s'élèveront à 62 milliards de DH en 2018, soit l'équivalent de 26% des recettes ordinaires du Trésor et plus qu'une année pleine du budget de l'Education nationale, premier poste de dépenses de l'Etat. Pour autant, Mohamed Boussaid, Ministre de l'Economie et des Finances (il est dans son rôle) continue de soutenir qu'il n'y a pas péril en la demeure.

«La dette est soutenable à condition que les hypothèses de base se matérialisent notamment la poursuite de la consolidation budgétaire et la mise en œuvre des réformes», commente Rémy Carasse, analyste crédit en notations souveraines chez Standard & Poor's.

Les investissements colossaux dans les infrastructures et la forte hausse des subventions des produits pétroliers avant la réforme ont entre autres contribué à l’augmentation de la dette. Mais, il y a eu aussi des erreurs d'appréciation. D’où le recours au Public Investment Management Assessment (PIMA) du Fonds monétaire international pour améliorer l'efficacité des investissements. La volonté est de prioriser les investissements qui auront un impact sur l'emploi et la croissance.

Le processus de transformation engagé depuis les années 2000 et les montants investis donnent pour l'instant des résultats assez limités en termes de croissance. Parmi les pays bénéficiant de l'Investment Grade, le PIB par habitant au Maroc est l'un des plus faibles et l'économie y croît moins vite. «Il y a des enjeux structurels qui prennent du temps à être résorbés», relève l'expert de Standard & Poor's.

La croissance économique demeure trop dépendante de la volatilité du PIB agricole. La dynamique n'est pas assez soutenue dans les autres branches d'activités. La difficulté des activités non agricoles à réellement décoller est un gros problème. Et, les marges de manœuvre budgétaires pour soutenir le rebond et accélérer la convergence vers les économies avancées se réduisent.

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La croissance marocaine a nécessité beaucoup de capital pour se maintenir ces dernières années. Le taux d'endettement y est l'un des plus élevés parmi les pays de benchmark. Il est largement supérieur à la moyenne des pays émergents

Aujourd'hui, le taux d'endettement dépasse largement la moyenne des pays émergents (inférieure à 50% selon les dernières estimations). Sur les vingt dernières années, la performance du PIB du Maroc est similaire à celle de nombreuses autres économies émergentes. A la différence que l'évolution de l'indicateur du Maroc a nécessité plus de capital qu'ailleurs.

«Seule la poursuite de la consolidation budgétaire et la modernisation de l'administration permettraient de reconstituer des marges de manœuvre budgétaires significatives», note la Banque mondiale.Malgré un endettement relativement élevé au regard de son niveau de développement, le Maroc garde la confiance des marchés et des agences de notation. Sa signature reste très appréciée des créanciers. Il a préservé l'Investment Grade décroché depuis 2007.

L'une des raisons tient à la structure de la dette. Elle est pour l'essentiel aux mains des investisseurs locaux. C'est l'une des leçons de la période du Plan d'Ajustement structurel au début des années 1980. L'ampleur de la dette extérieure avait contraint le gouvernement à solliciter un rééchelonnement. Aujourd'hui, près de 80% de la dette du Trésor est détenue par les investisseurs locaux, essentiellement les banques, les compagnies d'assurance et les caisses de retraite.

                                                   

Crédits TVA, une dette non assumée

Limiter l'endettement du Trésor à la seule dette financière ne renvoie pas une image fidèle de la situation des comptes de l'Etat. Cela revient aussi à prendre en compte les éléments de l'actif dans l'analyse du bilan. Standard & Poor's estime les actifs liquides du Trésor - ils sont constitués essentiellement des dépôts auprès de Bank Al-Maghrib et d'autres institutions financières - à environ 2% du PIB.

Par ailleurs, la question soulevée par la Cour des comptes sur l'intégration des crédits de TVA et des arriérés des adjudicataires des marchés publics dans l'évaluation de la dette suscite divers commentaires. Les crédits de TVA en souffrance s'élèvent à 30 milliards de DH dont 20 milliards dus aux entreprises publiques.

Au contraire de la Cour des comptes, le Ministère des Finances soutient qu'il ne s'agit pas d'une dette. Même analyse à Bank Al-Maghrib au motif que les normes FMI et ONU de la comptabilité n'intègrent pas les crédits de TVA dans la rubrique dette. Sauf qu'ils omettent de dire que le FMI a élaboré sa norme en partant de l'hypothèse que les Etats étaient censés rembourser les crédits de TVA normalement, cet impôt étant supposé être neutre. Les agences de notation retiennent uniquement la dette financière dans l'évaluation du pays, mais gardent un œil sur les autres ardoises.

Tôt ou tard, ces factures devront se refléter sur son bilan. Sauf que le Ministère des Finances reste ambigu sur le paiement des crédits de TVA. Les montants dus à l'OCP seul se chiffrent à 16 milliards de DH (source: Cour des comptes) et constituent un véritable casse-tête. Pour l'heure, le gouvernement esquive ce dossier explosif. En outre, il ne serait disposé à rembourser qu'une partie de l'ardoise vis-à-vis des entreprises privées. Parmi les autres ardoises, les assureurs réclament plusieurs centaines de millions de DH non restitués au titre de la taxe sur les assurances.

L'autre point de vigilance porte sur la dette garantie. L'encours représente 14% du PIB et génère des passifs non négligeables pour l'Etat. La fragilité financière de plusieurs établissements et entreprises publics interpellent. Cependant, leur matérialisation sur le bilan du Trésor reste faible, tempère Fitch Ratings.

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