Competences & rh

Fac de droit de Casablanca Tout un plan antichômage

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5138 Le 31/10/2017 | Partager
Des centres de simulations, une business-school et une école de droit en projet
Une multitude de masters montés avec des banques, entreprises et organismes publics
Petite percée des licences professionnelles, curieusement boudées par les étudiants
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Les lauréats des facultés publiques sont ceux qui souffrent le plus du chômage. Près du quart sont sans emploi selon le HCP. La faculté de droit de Casablanca tente d’améliorer ses indicateurs, mais faute de moyens, elle peine à y arriver (Ph. Bziouat)

Accusées de tous les torts, les facultés publiques continuent pourtant de se battre pour améliorer leurs performances. Celle des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca, qui fête cette année ses 70 ans (voir article ci-dessous), multiplie les projets. Objectif, remporter le défi de l’employabilité de ses lauréats. Son management en est conscient, l’offre de formation reste trop théorique. Mais elle change, petit à petit, au rythme des moyens dont elle dispose.

Ces dernières années, l’établissement tente de se rapprocher des entreprises et fédérations professionnelles, afin de monter des cursus sur mesure. Plusieurs masters en ont résulté, en marchés financiers (avec Attijariwafa bank), droit bancaire (Société Générale), Assurance (Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance), microfinance (Centre Mohammed VI de soutien à la microfinance), entrepreneuriat & accompagnement des TPME (Fondation Mohammed V)…

Un programme est également en cours avec Bank Al-Maghrib autour de l’éducation financière. Un autre est en préparation en transport maritime. «Grâce à ces partenariats, nous répondons à des besoins précis, et en même temps, nous bénéficions de l’appui des organismes qui nous accompagnent, à travers l’encadrement des étudiants, des stages et des opportunités d’embauche. Cette approche est incontournable», relève Abdellatif Komat, doyen.

La faculté tente aussi de se positionner sur des thématiques nouvelles ou enregistrant des déficits en profils. Ces deux dernières années, quelque 7 masters ont été lancés, dans des domaines comme le droit de l’environnement, la finance participative, les droits de l’Homme, l’entrepreneuriat et accompagnement des TPME, comptabilité, contrôle et audit… L’accès y est, toutefois, très réduit. Certains enregistrent 2.000 candidatures pour 30 places.

L’on mise, par ailleurs, sur les licences professionnelles, dans lesquelles les étudiants sont obligés de passer 3 à 4 mois de stage, et de travailler sur un projet de fin d’études avec une problématique professionnelle réelle. Quoique, malgré leur potentiel, le succès n’est pas au rendez-vous. Près de 7 sont aujourd’hui proposées, avec seulement 200 étudiants, contre plus de 20.000 inscrits en licence fondamentale.

Pour les étudiants, la licence professionnelle offre une carrière «limitée». «Ils croient qu’ils n’auront pas le droit d’enchaîner avec un master recherche ou un doctorat, or c’est faux. Nous devons donc faire plus d’efforts de sensibilisation et de communication», explique Komat. Nécessitant un très fort taux d’encadrement, les licences professionnelles sont, par ailleurs, freinées par le déficit d’enseignants.

«C’est la raison pour laquelle nous proposons au ministère de diversifier les licences fondamentales, actuellement limitées à deux disciplines globales, économie et gestion. Il est possible d’aller sur des niches, comme la comptabilité, le marketing, le commerce international, le droit de la santé, droit de l’urbanisme…», insiste le doyen. Cela permettrait de former des cadres intermédiaires dans des spécialités très demandées.

Et ce n’est pas tout. La faculté prépare des projets de centres de simulation avec différents partenaires: une agence bancaire de simulation, un tribunal, une clinique de droit, une salle des marchés et une agence de communication. L’idée est de donner la possibilité aux étudiants de pratiquer leurs apprentissages théoriques.

L’établissement fait preuve de beaucoup d’ambition. La réflexion est lancée autour de la création d’une école de droit, d’une business-school et d’une formation en Sciences Po.

Deux premiers incubateurs

La faculté de droit de Casablanca essaie aussi de se positionner sur l’entrepreneuriat. Deux incubateurs sont en cours de mise en place. L’un d’eux sera dédié à l’entrepreneuriat social (en partenariat avec le ministère de l’Artisanat). L’établissement participe, en outre, depuis trois ans, à l’étude internationale «Global entrepreneurship monitor», destinée à évaluer l’écosystème entrepreneurial dans 66 pays. Les résultats seront présentés le 28 janvier prochain à Séoul. Ceux relatifs au Maroc seront partagés à partir de mai 2018.

                                                      

70 ans d’histoire

Les facultés de droit de Rabat et de Casablanca sont les plus anciennes au Maroc. Celle de Casablanca a été créée en 1947. A l’époque, il s’agissait d’un simple centre de formation des cadres relevant de l’université de Bordeaux, avec plusieurs locaux. Celui qui se trouvait au-dessus de la gare de la CTM (rue Léon l’Africain) fait sans doute partie des plus notoires.

D’autres bâtiments étaient mobilisés, dont la foire de Casablanca, l’antenne de la place Mirabeau, ou encore, l’Eglise du Sacré-Cœur. Vers 1978, le centre se transforme en vraie faculté, avec un siège de 14 ha sur route El Jadida (km 9). Avec de grands amphis, des espaces verts, ainsi que de grandes salles en préfabriqué, qui devaient être temporaires. 39 ans après, elles existent toujours…
Dans les années 80, l’établissement comptait entre 20.000 et 22.000 étudiants. A l’époque, même le cycle doctoral était libre d’accès. Il accueillait jusqu’à 3.500 étudiants, contre 800 aujourd’hui.

Après la création d’autres facultés dans les années 90 (Aïn Sebaâ, Mohammedia…), les effectifs sont descendus à près de 17.000. Avant de gonfler, petit à petit, pour arriver à 26.000 cette année, en raison de la hausse du taux de scolarisation. En effet, le taux de scolarisation dans le supérieur est passé de 18,9% en 2012 à 33% en 2017 (45% en 2022). La faculté de Casablanca fait partie des plus peuplées, avec celles d’Agadir, Marrakech et Fès. Elle continue, malgré tout, à former la majorité des cadres de l’administration et du secteur privé à Casablanca.

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De grands enseignants de renommée nationale et internationale ont défilé à la faculté de droit de Casablanca, dont certains ont été ministres ou conseillers gouvernementaux. Parmi eux (de gauche à droite), Mohamed Berrada, ex-ministre des Finances, Abdelhadi Boutaleb, ancien conseiller de SM le Roi et Abderrahmane Amalou, ex-ministre de la Justice. L’ancien président du Conseil de gouvernement, Abdellah Ibrahim (1958), y a également enseigné. Pour fêter ses 70 ans, la faculté a organisé vendredi dernier une grande cérémonie en l’honneur de tous ses enseignants, actuels et retraités. Près de 170 invités y ont pris part, dont des ministres et gouverneurs.

 

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