Tribune

Comment reconstruire notre modèle de développement?

Par Nezha LAHRICHI | Edition N°:5138 Le 31/10/2017 | Partager

Nezha Lahrichi, ancienne conseillère de Abderrahmane Youssoufi et Driss Jettou, ancienne présidente de la Smaex et ex-présidente du Conseil national du commerce extérieur, est aujourd’hui professeur universitaire (Ph. Privée)  

La répartition équitable des fruits de la croissance réduit les inégalités et disparités sociales et spatiales. Si en dix ans la pauvreté absolue a reculé, il reste une pauvreté relative et les inégalités se creusent. Réduire les disparités présuppose  une croissance économique pour avoir de quoi redistribuer. Or, elle peine à atteindre le seuil minimal de 6% nécessaire pour générer suffisamment d’emplois et de richesses.

Pourtant le facteur-clé de la croissance est là: le taux d’investissement est très élevé, 30%, depuis  plusieurs années. Le deuxième pilier de la croissance est la consommation. Le marché intérieur tire la croissance mais il joue comme un facteur de blocage puisque la demande intérieure est satisfaite en grande  partie par les importations. La dynamique de la consommation des Marocains profite à d’autres pays. La reconquête du marché intérieur passe par une production dans des conditions de prix et de qualité compétitives.

Le CNCE, Conseil national du commerce extérieur (1), avait calculé que la moitié des intrants sont importés et taxés, ce qui gêne la compétitivité du produit fini sur son marché  domestique, soumis au secteur informel, sans taxe ni législation sociale.
Dans un monde ouvert, les droits de douane cessent d’être un instrument pour aider les entreprises locales affectées par la concurrence. C’est ce qui explique l’explosion des mesures dites non tarifaires, lesquelles sont le nouveau visage des guerres commerciales.

De plus, la politique  des changes accompagne la stratégie économique: dans un modèle où la demande intérieure est le premier moteur de la croissance, la stabilité de la monnaie ou même son appréciation s’impose.
En effet, si la monnaie baissait, les prix des importations augmenteraient réveillant l’inflation, laquelle ferait chuter  le pouvoir d’achat et les recettes fiscales.
Quels sont les contours d’un modèle de croissance alternatif?
Rappelons rapidement que le monde vit des mutations profondes dues à la révolution numérique et à la transition énergétique qui ébranlent les sociétés.
Les modèles de croissance de demain sont en train d’éclore. Quel serait le nôtre? Comment l’adapter  à la métamorphose du monde? Quels sont les secteurs d’avenir?
Les facteurs de croissance qui s’imposent  aujourd’hui concernent:
 1- Le rattrapage du niveau de productivité de la main-d’œuvre  faible par rapport aux pays de la région qui passe par la formation, la motivation et le civisme.
2- La recherche/développement et l’innovation
3- L’exploitation de l’aubaine démographique.
C’est autour de ces principaux facteurs que peuvent s’articuler deux grands axes:
- La création d’une base productive avec un secteur industriel articulé aux demandes des autres secteurs en produisant des biens échangeables; tel est le sens de la mise en cohérence des stratégies sectorielles;
- L’émergence de secteurs nouveaux dont le potentiel en faveur de la croissance économique est avéré;
Si le Maroc est sur la bonne voie pour l’usage des énergies renouvelables, il est en revanche en retard pour l’économie digitale qui suppose trois conditions:
1- la multiplication des capital-risqueurs et des fonds de développement.
2- une éducation/formation qui s’inscrit dans la société de la connaissance
3- la création  de zones d’innovation dans toutes les régions; une opportunité historique pour donner à la régionalisation avancée un contenu qui s’inscrit dans les industries/services d’avenir.

L’inégalité reflue mais lentement

L’Indice de Gini mesure le niveau d’inégalité de la répartition  du revenu dans la population; il varie de 0, égalité parfaite, à 1 inégalité totale.  Il est généralement multiplié par 100 pour en faciliter la lecture.
Selon le HCP, les inégalités sociales mesurées par cet indice sont restées marquées par une rigidité pendant des années, une inflexion à la baisse (39,5% en 2014 contre 40,6% en 2001 et 40,7% en 2007) traduit une légère atténuation des inégalités; celle-ci concerne plus le milieu urbain que rural.
Ce dernier est marqué par un indice beaucoup plus faible qu’en milieu urbain: 33% en 2007 et 31,7% en 2014; la répartition des revenus, plus égalitaire en milieu rural, est révélatrice de l’égalité devant la pauvreté.
En France l’indice de Gini est du même ordre qu’au Maroc,  soit 30%.
En Chine, pays inégalitaire, l’indice est de l’ordre de 47%.

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1) Voir www.nezhalahrichi.com rubrique à propos du CNCE.

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