Analyse

CO2: Triste record jamais atteint dans le monde

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5138 Le 31/10/2017 | Partager
Le dernier niveau comparable il y a 3 à 5 millions d'années
Températures plus élevées et phénomènes climatiques plus extrêmes
Le Maroc très exposé
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Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté à un rythme record en 2016. Elles ont atteint le niveau le plus élevé depuis 800.000 ans, selon le Bulletin de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), sur les gaz à effet de serre publié le 30 octobre. Alors qu’elle était de 400 parties par million (ppm) en 2015, la teneur de l'atmosphère en dioxyde de carbone, moyennée à l'échelle du globe, a atteint 403,3 ppm en 2016.

Ceci en raison de la conjonction des activités humaines et d’un puissant épisode El Niño. Elle représente désormais 145% de ce qu’elle était à l’époque préindustrielle (avant 1750). Cette hausse rapide des concentrations de CO2 et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère est susceptible de déclencher une modification des systèmes climatiques et d’entraîner ainsi de «graves bouleversements écologiques et économiques».

Le Maroc ne fait pas exception. D’après la déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2016, l’hiver 2015/16 a été sec dans plusieurs pays dont le Maroc. La période comprise entre septembre 2015 et avril 2016 affichant un déficit pluviométrique de 15 à 40% dans la majeure partie du pays, où la production de blé l’année dernière a chuté de 65% par rapport à celle de 2015. Des températures très élevées ont été aussi signalées dans le Royaume. Des records de chaleur pour un mois de septembre y ont été battus également. Rappelons que Rabat veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 42% à l’horizon 2030.

Depuis l’ère industrielle (soit depuis 1750), la croissance démographique, la pratique d’une agriculture de plus en plus intensive, une plus grande utilisation des terres, la déforestation, contribuent à l’augmentation de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre. S’y ajoutent aussi l’industrialisation et l’exploitation des combustibles fossiles à des fins énergétiques.

«Si l’on ne réduit pas rapidement les émissions de gaz à effet de serre, et notamment de CO2, nous allons au-devant d’une hausse dangereuse de la température d’ici la fin du siècle, bien au-delà de la cible fixée dans l’Accord de Paris sur le climat», a averti le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Le CO2 persiste dans l’atmosphère pendant des siècles et dans l’océan, encore plus longtemps. «Selon les lois de la physique, la température sera nettement plus élevée et les phénomènes climatiques plus extrêmes à l’avenir. Or, nous n’avons pas de baguette magique pour faire disparaître cet excédent de CO2 atmosphérique», a indiqué Taalas.

La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années. La température était de 2 à 3 °C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel. «Les chiffres ne mentent pas. Nos émissions continuent d’être trop élevées et il faut renverser la tendance», a souligné pour sa part Erik Solheim, chef d’ONU-Environnement.

«Ces dernières années, les énergies renouvelables ont certes connu un formidable essor, mais nous devons maintenant redoubler d’efforts pour faire en sorte que ces nouvelles technologies à faible émission de carbone puissent se développer…», conseille-t-il.

La COP23 à Bonn

L’alerte de l'Organisation météorologique mondiale intervient au moment où la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP23) se tiendra à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre prochain. Le Maroc lui passera le flambeau. Objectif de cette réunion: avancer la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Seule à table face à 195 autres pays, la tâche de l'équipe américaine lors de ces négociations s'annonce rude. Et ce, après que le président américain Donald Trump ait signifié à l’ONU son retrait de l’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre 2016. Sachant qu'il faut trois ans pour un signataire avant de pouvoir signifier son retrait et encore un an avant que ce dernier ne soit effectif, la sortie des Etats-Unis pourrait intervenir le 4 novembre 2020. Soit au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine!

 

 

 

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