Economie

Engrais: Des marchés en surcapacité

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5137 Le 30/10/2017 | Partager
La chute des prix fait baisser le pouvoir d’achat des agriculteurs
Les cours des engrais en subissent les conséquences
Une situation de surcapacité, et plus d’unités en construction
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La tendance générale des prix est à la baisse. Les cours subissent la hausse des niveaux de production

Les engrais n’échappent pas au cycle évoqué par Philippe Chalmin(1). L’important niveau de la production des grains a entraîné la chute des prix des céréales en 2016. Les agriculteurs, dont le pouvoir d’achat a reculé, ont réduit leur demande d’engrais «de 2 à 3% à l’échelle mondiale», indique le rapport CyclOpe 2017. Ci-dessous, le comportement des marchés du phosphate, des engrais azotés et de la potasse.

■ Phosphate
Les prix du phosphate ont chuté lors de l’année précédente. La hausse de la production chinoise (de 120 millions en 2015 à 138 millions de tonnes en 2016) a fait que les marchés ont été sur-capacitaires. La progression enregistrée par la consommation mondiale ne s’est traduite que par une réduction des stocks constitués en 2015. Avec la hausse de la production et le recul des importations, le résultat est la baisse des prix.
Les cours se sont mieux comportés au début de cette année (360 dollars la tonne en février). Le rapport CyclOpe prévoit que la consommation de l’Inde va doubler en 2017. La demande est également tirée par l’Amérique latine (le Brésil et l’Argentine augmentent leurs importations). L’offre augmenterait, quant à elle, de 2 millions de tonnes en 2017, du fait de l’amélioration des capacités de production du Maroc et de l’Arabie Saoudite. Le groupe OCP continue l’expansion de ses capacités d’extraction et de transformation. Il ambitionne de multiplier par deux sa production d’ici 2020. Le groupe a également signé en novembre dernier un accord avec l’entreprise publique éthiopienne Chemical Industries Corporation (CIC) afin de construire une usine d’engrais en Ethiopie. L’investissement est d’une enveloppe totale de 3,7 milliards de dollars. La première phase du projet verra la construction d’une capacité de 2,5 million de tonnes par an, à l’horizon 2022. La seconde consiste à porter à 3,8 millions de tonne par an la capacité de l’usine en 2025. L’Arabie Saoudite construit une nouvelle unité de production (Waad Al-Shamal) qui pourrait entrer à pleine capacité en 2019. La compagnie américaine Mosaic a, quant à elle, acquis la filière d’engrais de son concurrent brésilien Vale en septembre 2016, pour 2,5 milliards de dollars. L’américaine devient par ce rachat le premier producteur mondial de phosphates. La hausse de la consommation pourrait se poursuivre en 2018, prévoit CyclOpe. Selon les chiffres de l’US Geological Survey (USGS), elle devrait se hisser à 48,1 millions de tonnes. L’augmentation ne serait qu’au niveau de 46,6 millions de dollars selon la FAO.  L’année 2018 va probablement connaître un accroissement des capacités de production. 7,3 millions de tonnes de nouvelles capacités de production d’acide phosphorique seront créées, d’après l’International Fertilizers Industry (IFA). Le Maroc vient en tête (1,8 million de tonnes), suivi de la Chine (1,7) et de l’Arabie Saoudite (1,5).

■ Engrais azotés
2016 a été caractérisée par une surproduction à l’échelle mondiale d’engrais azotés. Le volume total des outputs s’est approché des 165 millions de tonnes. Les prix ont chuté en conséquence, provoquant l’arrêt des productions les moins performantes. La Chine et l’Ukraine ont réduit leurs exportations respectivement de 35 et 30%.
Les cours de l’urée ont beaucoup reculé en 2016 jusqu’à atteindre leur plus bas niveau en onze ans au troisième trimestre (177 dollars la tonne). Cette baisse est expliquée par le retrait des prix du charbon, utilisé dans la production de l’engrais. Les exportations chinoises d’urée ont diminué en 2016. Le rapport prévoit qu’elles vont poursuivre sur la même tendance cette année pour atteindre les «7,5 millions de tonnes, voire 5 millions de tonnes… ce qui représenterait un plongeon de 74% depuis 2015». Les prix de l’urée ont cependant l’air de rebondir. Ils ont augmenté à 247 dollars la tonne au mois de février.
■ Potasse:
Ce marché connaît également un excèdent de l’offre sur la demande. L’offre totale s’établissait à 59 millions de tonnes en 2016. Elle devrait atteindre les 60 à 62 millions en 2017. Près de trente projets miniers étaient en cours dans le monde lors de l’année précédente, et devraient être terminés à l’horizon 2020. Les acteurs majeurs du marché sont le Bélarus, le Canada, la Russie, et bien évidemment la Chine.
 Sous pression, le prix du chlorure de potassium a reculé de 290 dollars à 215 dollars la tonne en fin d’année. Il est resté à ce niveau au début de 2017 car des producteurs cherchaient à liquider leurs stocks au premier trimestre. Le rapport indique que «le chlorure de potassium tutoyait les sommets à 900 dollars la tonne en 2008», faisant référence à la théorie des cycles des matières premières, avancée par le professeur Philippe Chalmin.

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(1) Le professeur Philippe Chalmin modélise le comportement des prix des matières premières selon leur historique au 20e siècle. Il remarque que les prix augmentent après l’occurrence d’un choc sur les marchés. La période haussière dure en général cinq ans, et est suivie d’une longue période de prix déprimés qui s’étale sur une vingtaine d’années. Le dernier choc en date est celui de 2008 (voir notre édition du 9/10/2017).

 

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