Entreprises

Certification alimentaire: Un nouvel acteur pour un label africain

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5137 Le 30/10/2017 | Partager
Objectif: Donner une caution valable aux produits de petits transformateurs
Une réduction importante des coûts annoncée
certifiocation_alimentaire_037.jpg

Le marché de la certification alimentaire mondial affiche un taux de croissance annuel de 5,2 %. En valeur, il devrait atteindre 14,5 milliards de dollars à l’horizon 2019. Les entreprises-clés de l’écosystème mondial sont européennes: SGS (Suisse), Bureau Veritas (France), Intertek (UK), Dekra et TÜV SÜD (Allemagne)

Les produits agroalimentaires manufacturés marocains manquent généralement de compétitivité sur le critère du prix à l’export. Pour Ahmed Essadki, président de l’Association des experts africains de sécurité sanitaire des aliments (AEFS), ce handicap remonte à loin.

«Les transformateurs locaux payent le prix du manque d’études approfondies des réglementations et normes de traitement en vue d’obtenir la certification», soutient-il. Compte tenu de la réglementation et des normes en vigueur dans le commerce mondial, il est pratiquement impossible d’exporter des produits alimentaires, s’ils ne sont pas certifiés.

La loi n’impose pas une démarche définie pour le traitement des produits. C’est plutôt aux entreprises de choisir le procédé de traitement des aliments. La norme dit seulement: traiter les produits de manière à ce qu’ils ne présentent pas de risques.
Le traitement auquel ils sont soumis doit être scientifique et convaincre que les produits ne présentent aucun risque à la consommation.

«Mais lorsqu’une entreprise ou une coopérative se fait vendre un autoclave à 200 millions de DH (appareil permettant de stériliser, par utilisation de la chaleur et de la vapeur d’eau sous pression), c’est le commerçant qui choisit pour elle», explique Essadki. Conséquence: elle n’arrive pas à exporter à des prix compétitifs. L’achat de tels appareils inhibe d’office la compétitivité des produits sur les marchés internationaux, parce qu’il faut répercuter les coûts sur les prix de vente.

«Au Maroc, près de 95% des autoclaves appartiennent à une seule marque», révèle l’expert. A l’inverse, la concurrence italienne utilise du matériel 15% moins cher et utilise des procédés différents. Ce qui génère des coûts d’opportunités importants. En fin de compte, les produits italiens n’ont rien à envier aux produits marocains et sont plus compétitifs. Après s’être approvisionnés en olives sur le marché marocain, les Italiens les revendent conditionnés, à des prix plus compétitifs que ceux de la concurrence locale.

Dans un contexte de concurrence accrue et de volatilité croissante des prix de produits agricoles, de nombreux facteurs influent, au-delà des stratégies. La compétitivité apparaît davantage comme la résultante d’un construit économique et social, fait de choix politiques et organisationnels.

Dans le système international de certification, les organismes certificateurs constituent ce qu’on appelle la «tierce partie de confiance». «Pour l’instant, aucune autorité africaine n’a la possibilité de certifier des produits intra-africains. Le continent africain reste cantonné à la vente de matières premières essentiellement», signale Essadki.

C’est dans ce contexte précis que l’AEFS crée un label. Il cible principalement les petits transformateurs désireux d’exporter, les coopératives... Afin de lui donner un contenu et de la crédibilité internationale, l’association annonce la tenue d’un forum, le 1er décembre.  La réunion rassemblera les experts venus de plusieurs pays du continent. A l’issue du forum, la charte à appliquer au label sera publiée avant sa diffusion à l’échelle continentale.

«Nous allons définir les critères d’exigibilité des produits pour recevoir le label ainsi que ceux des certificateurs», soutiennent les dirigeants de l’association. Un label est la caution qu’un produit est bon et acceptable et sans symbole, il n’existe pas sur le plan international. Le logo de ce label est déjà créé et les démarches sont menées auprès du ministère de l’Agriculture pour un partenariat.

«Notre vision est orientée Afrique et notre objectif consiste à assurer la qualité, la sécurité et la traçabilité d’aliments propres avec une caution valable», fait valoir Anass Kettani, vice-président de l’AEFS.

Marché dominé par les Européens

Le marché mondial de la certification est dominé par des organismes européens. L’émergence d’un tiers de confiance local permettra aux petits transformateurs alimentaires africains, les coopératives… de trouver une écoute attentive. Pour les petits opérateurs désirant exporter sur des marchés occidentaux, contacter les grands de la certification est souvent synonyme de formules à la carte parfois inadaptée à leurs besoins et ce, à des prix exorbitants.
L’un des enjeux d’un label local est qu’il va contribuer à la valorisation des produits et améliorer les prix à la vente. Pour une PME avec de petits process de production assez simples, la certification peut coûter 25.000 DH l’an, voire plus. Même si les experts de l’AEFS refusent d’aborder la question du prix auquel seront facturées leurs prestations, les réductions s’annoncent importantes. «Les certificateurs sont issus du même monde, vivent les mêmes problèmes en plus d’être qualifiés pour les cautionner. Nous avons l’ambition d’expliquer aux petits transformateurs, qu’ils peuvent produire moins cher. Les techniques existent et sont accessibles», fait valoir Kettani.

Imanor, pas habilité à certifier…

Selon les standards internationaux, Imanor n’a pas le droit de certifier les produits alimentaires d’opérateurs privés. «Il le fait parce qu’il y a un laisser-aller», relève Ahmed Essadki, président de l’Association des experts africains de sécurité sanitaire des aliments (AEFS). En tant qu’établissement rattaché au ministère du Commerce et de l’Industrie, l’institut n’est pas habilité à certifier la qualité de produits qui sont sous les prérogatives d’un autre ministère, en l’occurrence, le ministère de l’Agriculture.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc