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«Zéro mika»: Le Maroc déterminé à y arriver, malgré tout

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5136 Le 27/10/2017 | Partager
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Sur le terrain, le gros du travail de l’opération «zéro mika» a aussi été de ramasser les sacs accrochés aux arbres, et éparpillés dans la nature. Le ministère de l’Intérieur a mené une opération de nettoyage sur plus de 80.000 km (Ph. Bziouat)

Un an après son lancement, l’opération «zéro mika» est considérée comme une réussite. Pour y arriver, sensibilisation, accompagnement des industriels, contrôles, amendes, fermetures... L’interdiction des sacs en plastique a ainsi introduit de nouvelles habitudes de consommation. Cependant, si la production formelle est éradiquée, l’informel sévit toujours.

Del’avis général, le consommateur marocain s’est fait à la pratique et dans les campagnes, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que le sac plastique ne contamine plus le paysage comme avant. Tout y trouve son avantage. L’environnement bien sûr et même les commerçants. « Avant l’interdiction, témoigne un épicier, nous devions débourser entre 1.000 et 1.500 DH (environ 140 euros) par mois pour acheter des sacs plastiques que nous ne faisions pas payer aux clients. Maintenant, avec les sachets nouvelle génération, nous l’achetons à 50 centimes l’unité, revendu 1 DH. Donc en plus de l’intérêt pour l’environnement, financièrement c’est pour nous une bien meilleure affaire».

Pourtant, certains s’obstinent à préférer le plastique et optent pour les filières parallèles qui viennent les démarcher. «Je ne comprends pas certains confrères, explique Hicham qui tient une épicerie à Agadir. Ces vendeurs de contrebande nous proposent des sacs 2 fois plus chers aujourd’hui qu’avant la loi. Les habitudes sont tenaces».

Alors si au départ, la campagne «zéro mika» (nom en arabe désignant le plastique) a fait sourire, force est de constater qu’elle résiste. Un peu plus d’un an aujourd’hui que le «zéro mika» sévit. Au départ, le sac biodégradable a été une première tentative… avortée. Puis moult réflexions menées par le gouvernement pour contenir cette pollution. Alors pour finir, le Maroc a tranché: son interdiction pure et simple. Elle porte le doux nom de n°77-15 et est entrée en vigueur le 1er juillet 2016. Une loi qui, rappelons-le, vient interdire la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en plastique.

Mais pas tous les sacs, ceux de caisse. Les sacs industriel, agricole, de congélation ou surgélation, isotherme, et ceux pour la collecte des déchets étant exclus de cette mesure. Du côté du ministère de l’Industrie, si l’intérêt de cette décision est admise, voire comprise par des citoyens de plus en plus sensibilisés à l’environnement, la répression a permis de maintenir la pression pour atteindre les objectifs. En effet, depuis l’application de la loi, plus de 450 tonnes de sacs et une centaine de machines de fabrication ont été saisies, et des dizaines de personnes interpellées Résultat: la production formelle est totalement éradiquée, confirme le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy. Selon lui, «c’est un projet national qui nous mobilise tous et dont l’enjeu mérite notre volonté collective».

Solutions alternatives

L’entrée en vigueur de la loi a favorisé l’émergence de nouvelles activités appelées à répondre aux besoins croissants du marché en solutions alternatives. Les capacités de production annuelles de produits de substitution sont estimées à 4,6 milliards de sacs en papier, à 100 millions de sacs tissés et 120 millions de sacs non tissés. En matière d’accompagnement des opérateurs impactés par la loi, le département de l’Industrie a mis en place un fonds de 200 millions de DH (environ 18 millions d’euros), dédié au financement et à l’accompagnement à la reconversion. A ce jour, 72 entreprises ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé en mai 2016 et sont éligibles pour bénéficier de l’appui du fonds.

16 d’entre elles seulement ont déposé leurs dossiers d’investissement et bénéficient du soutien de l’Etat. Ces entreprises emploient 475 personnes et créeront 509 nouveaux postes. Outre l’appui du fonds, l’accompagnement à la reconversion se fait aussi à travers un apport d’expertise pour établir des programmes d’investissement, la sensibilisation des banques afin qu’elles accordent des conditions préférentielles en matière de taux et de garantie aux opérateurs et la sensibilisation de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) pour activer le processus d’indemnisation chômage.

Sur le terrain, le gros du travail de l’opération «zéro mika» a aussi été de ramasser les sacs accrochés aux arbres, et éparpillés dans la nature. Le ministère de l’Intérieur a mené une opération de nettoyage sur plus de 80.000 km. Plus de 180.000 hectares ont été nettoyés, des zones considérées comme des points noirs où l’on ne voyait plus le sol tant le plastique régnait en maître. Plus de 7.000 tonnes de déchets plastiques ont ainsi été ramassées, dont la quasi totalité a été incinérée par les cimenteries. Cette décision nationale, encadrée et pilotée, donne donc de vrais résultats. L’administration s’avouant déterminée à réussir. Et puis rappelons-le, le Maroc était l’un des pays les plus consommateurs au monde de sacs plastiques. Une place de podium perdue grâce à une volonté partagée.

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