SOLUTIONS & CO by sparknews

Les micro-entrepreneurs combatifs de l’Angola

Par Isabel Costa Bordalo | Edition N°:5136 Le 27/10/2017 | Partager
micro-entrepreneurs-angola-036.gif

Après des décennies de guerre, le territoire angolais est parsemé de vieux engins rouillés. Les débris sont une véritable opportunité pour la filière métallurgique qui s’est structurée autour de la collecte (Ph. Osmar Edgar)

Récupérer les reliquats de la guerre et autres bouts de métal est devenu une source de revenu pour des centaines de familles.
 
Dès l’aube, la foule des kupapatas s’agglutine devant le portail de Fabrimetal, un fabricant angolais de barres d’acier. Chargés de rebuts métalliques (fer, acier, cuivre, aluminium, zinc, magnésium…), ces collecteurs à moto convergent sur le parc industriel Viana, en bordure de la capitale Luanda, pour prendre place dans la queue. Chaque minute compte: plus ils arrivent tôt, plus vite leur cargaison sera déchargée, gagnant ainsi une chance de revenir avant la fin du jour avec une nouvelle livraison.

Les bons jours, les kupapatas viennent deux fois et peuvent gagner 8.000 kwanzas (40 euros). Plus moyen de venir une troisième fois. Le nombre de personnes récupérant et revendant la ferraille ne cesse d’augmenter, allongeant considérablement la file d’attente aux portes de Fabrimetal, et diminuant d’autant le revenu par personne.

Luís Diogo, directeur commercial de Fabrimetal, voit le bon côté des choses: davantage de familles bénéficient de la «conversion des déchets en produits de qualité certifiée». Son entreprise répond à 40 % des besoins intérieurs de l’Angola, estimés à 16.000-18.000 tonnes par mois. Ce chiffre s’élevait à 25.000 tonnes avant 2014 et la crise, due à la chute des prix du pétrole, qui a fortement impacté le secteur du bâtiment.

Aujourd’hui, Fabrimetal agrandit son usine et y installe un quatrième four de fusion. Doublée, la capacité du site pourra atteindre une production de 15.000 tonnes par mois. A son ouverture en 2010, l’usine et ses 120 ouvriers produisaient 2.500 tonnes de barres d’acier destinées à la construction et aux infrastructures publiques. Elle compte maintenant 563 employés, et 150 autres les rejoindront une fois terminé le projet d’expansion –un investissement de plus de 4 millions d’euros.

«Nous avons parcouru beaucoup de chemin», déclare Luís Diogo. «Il y a cinq ans, personne ne prêtait attention à la ferraille, à part les entreprises d’export». Des représentants de Fabrimetal et des deux autres aciéries angolaises se sont mis à sillonner le pays pour demander aux habitants, pratiquement au porte-à-porte, s’ils avaient des rebuts métalliques à vendre. Ils ont ainsi semé les graines de micro-entreprises qui ont proliféré comme des champignons une fois que les gens se sont rendu compte qu’ils pouvaient gagner de l’argent avec les déchets recyclables.

En 2016, le ministère de l’Industrie a interdit l’export de ferraille pour ne pas mettre en péril «le développement et le bon fonctionnement de l’industrie angolaise de l’acier», dont la consommation de rebut est estimée à 600.000 tonnes par an. Les importations d’acier ont en conséquence chuté de 73.771 tonnes en 2015 à 31.627 tonnes en 2016. Outre la création d’emplois, l’industrie de l’acier contribue à nettoyer le pays, non seulement de la ferraille, mais également des reliquats de la guerre. Il y a cinq ans encore, des chars échoués sur le bord des routes rappelaient les trois décennies de guerre civile.  «Nous étions une poignée à récupérer le métal; aujourd’hui, nous sommes des dizaines», regrette Alcino António, 32 ans, l’un des premiers micro-entrepreneurs à avoir vu une source de revenu dans la collecte des déchets.

Alcino António ne sait pas à l’avance combien il gagnera chaque mois, et tout ce qui rentre est immédiatement dépensé.
 Les accidents sont fréquents, confirme Auxílio Barnabé, 27 ans, qui a parcouru les bidonvilles pendant plus d’un an pour récupérer de la ferraille. «Je vais où il faut aller», dit-il, en attendant au poste de pesée de Fabrimetal. A chaque trajet à l’usine, son vélo est pesé à l’arrivée, puis au départ: la différence de poids détermine combien il sera payé. Après la pesée, Auxílio Barnabé récupère son argent et rentre chez lui. Il reviendra demain, et prendra place dans la longue file d’attente qui se forme au petit matin devant le portail de Fabrimetal.

 

expansac.jpg
 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc