Competences & rh

Contrats spéciaux de formation: Etouffés par les procédures!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5133 Le 24/10/2017 | Partager
Trois ans après la réforme de 2014, le système est toujours bloqué
A peine 1,2% des entreprises enregistrées à la CNSS en profitent
La CGEM monte enfin l’observatoire des métiers, une lueur d’espoir
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Sur les 2,3 milliards de DH de la Taxe de formation professionnelle récoltés en 2016, près de 600 millions de DH ont été alloués aux Contrats spéciaux de formation et aux Giac. Mais au final, sur ce montant les entreprises privées n’ont eu droit qu’à 50 millions de DH de remboursements au titre des CSF. Le reliquat des remboursements est chaque année réinjecté à la formation initiale de l’OFPPT. Une perte pour les entreprises qui ont un besoin cruel de mise à niveau de leurs compétences

Qu’on se le dise, il n’existe quasiment pas de système de formation continue au Maroc. A peine 1,2% des entreprises couvertes par la CNSS profitent des Contrats spéciaux de formation (CSF). Ces contrats permettent aux employeurs de se faire rembourser pour la formation continue de leurs salariés (de 40 à 100%, en fonction des actions).

Le nombre de bénéficiaires stagne depuis pratiquement 15 ans (entre 1.100 et 1.500). Et pour cause, le dispositif, trop rigide, est difficilement praticable. Malgré toutes les tentatives de réforme, rien n’y fait. Les entreprises ont carrément perdu espoir. En 2014, patronat et gouvernement s’étaient réunis pour tenter de trouver des solutions. Un accord a alors été trouvé pour «une réforme en deux temps».

Il était d’abord question de fluidifier les procédures des CSF. Mais depuis, rien n’a changé, le système est toujours sclérosé. «Cela est dû au mode de gouvernance qui dilue les responsabilités. Il est aujourd’hui impératif de définir les responsabilités de tous les intervenants», estime Mohamed Slassi Sennou, président de la commission Formation professionnelle de la CGEM.

La deuxième partie de la réforme décidée concerne l’activation du projet de loi sur la formation continue (pour les salariés et non salariés), qui justement prévoit une révision de la gouvernance. Le projet de loi, dans le circuit d’adoption depuis de nombreuses années, vient d’être présenté (à nouveau) au Conseil de gouvernement le 5 octobre dernier.

Les deux parties ont, également, initié un projet d’observatoire des métiers. «Il s’agit d’un outil indispensable, permettant d’identifier les besoins en compétence de toutes les branches, et d’opérer des analyses stratégiques, sur la base d’informations prospectives actualisées de manière continue. Il intervient à la fois dans la veille stratégique et l’ingénierie de formation», explique Slassi.

L’observatoire a été monté par la CGEM en avril dernier. Doté d’un conseil de surveillance et d’un directoire présidé par la présidente de la CGEM, il est rattaché à l’OFPPT. L’organe, très attendu depuis des années, compte aussi des représentants des syndicats. Tous ses outils ne sont pas encore en place. Il est actuellement en phase de finalisation.
Toutes les politiques d’emploi (et même de formation initiale et continue) pourraient s’appuyer sur les données qui seront recueillies grâce à cet observatoire.
La Stratégie nationale de la formation professionnelle a été, pour sa part,  adoptée l’an dernier. Elle comprend plus d’une centaine de mesures. Une trentaine de conventions ont d’ores et déjà été signées. Ambitieuse, la stratégie pourrait faire bouger les lignes, mais encore faut-il la concrétiser.

Flou juridique

«Nous avons aujourd’hui un mécanisme sur la formation continue à l’initiative des entreprises, mais d’autres sont nécessaires. Notamment celui à la demande des salariés et de tous les actifs de manière générale», insiste le président de la commission Formation professionnelle de la CGEM. «Le premier favorise la compétitivité de l’entreprise. Tandis que le deuxième améliore l’employabilité des actifs. Et c’est au carrefour de ces deux dimensions que se crée l’emploi», poursuit-il. Le projet de loi sur la formation continue est de ce point de vue crucial, puisqu’il permettra d’intégrer cette composante. La dernière version à laquelle la CGEM a été associée a été approuvée par le Conseil de gouvernement en 2014. Mais depuis, le texte est resté dans les tiroirs. Récemment, le département de la Formation professionnelle a sorti une nouvelle version qui a été soumise au Conseil de gouvernement le 5 octobre 2017, sans aucune concertation préalable avec le patronat. Le texte, qui a même changé de numéro, n’est pas encore sur le site du SGG. Quand le projet, en gestation depuis de longues années, verra-t-il enfin le bout du tunnel? (Voir article page précédante )

Impressionnant stock  d’inactifs!

Oui, investir dans la formation continue coûte beaucoup d’argent. Mais c’est la condition sine qua non pour lutter efficacement contre le chômage. Former des compétences revient à améliorer l’employabilité et la productivité des travailleurs. Cela permettrait de doper la compétitivité des entreprises, et de créer, in fine, plus de richesses, et plus d’emplois. «A ce moment précis, où le Maroc doit relever une multitude de défis, l’approche par les coûts n’a aucun sens. Il faut privilégier celle de la création de valeur», estime Mohamed Slassi Sennou.
La Stratégie nationale de l’emploi ambitionne de créer 200.000 postes par an à l’horizon 2020. Or, environ 300.000 actifs débarquent chaque année sur le marché (2016). Sans oublier les quelque 300.000 à 400.000 jeunes qui quittent l’école chaque année sans qualifications (279.177, selon les premiers chiffres de 2016-2017). «A cela s’ajoute un stock de près de 4 millions d’inactifs âgés entre 15 et 34 ans, qui  ne sont ni en formation ni en emploi. C’est la force vive de la nation», regrette Slassi. Il y a donc urgence à agir rapidement sur la promotion du travail. Une fonction qui, jadis, était du ressort de l’OFPPT, mais qui a été occultée par la formation initiale. Surtout que l’économie marocaine crée de moins en moins d’emplois. En 2014 et 2015, elle n’a généré en moyenne que 26.000 postes nets. En 2016, elle en a perdu 37.000.

 

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