Analyse

Casablanca/SDL: Des championnes et des coquilles vides

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5133 Le 24/10/2017 | Partager
Certaines s’en tirent mieux que d’autres
Réalisations et couacs des six SDL
Casa Aménagement et Casa Transport… les têtes d’affiche

Plus de 3 ans après leur lancement, les Sociétés de développement local (SDL) sont toujours autant décriées. A leur démarrage en 2014, dans la foulée du lancement du Plan de développement du Grand Casablanca (PDGC), elles ont aussitôt suscité une levée de boucliers. Les uns y voyaient une menace à la démocratie, d’autres les accusaient de s’arroger les prérogatives des élus (notamment pour le suivi des chantiers et de maîtrise d’ouvrage).

Depuis 2014, les élus n’interviennent plus directement sur les marchés publics, ni sur leur exécution. Les 34 milliards de DH du PDGC leur sont passés sous le nez.  Leur rôle se limite désormais à l’adoption des projets et au suivi de l’état d’avancement sur le terrain. Le reste est du ressort des dirigeants de ces jeunes structures.

Cette nouvelle formule de gestion des services publics locaux combine la souplesse de gestion des sociétés anonymes avec la prise en compte de l’intérêt général puisque agissant dans les domaines de compétence des collectivités, qui en sont les principaux actionnaires.

Bras armé du Conseil de la ville, ces SDL sont supposées exécuter ses décisions et  rendre régulièrement compte de leurs activités. Pourtant, les élus ne cessent de déplorer le fait qu’ils n’ont aucune idée sur les activités de ces structures, dont les dirigeants rendent compte directement au wali. Pis encore, certains clament haut et fort qu’ils ne suivent leurs actions que par presse interposée.

«On opte pour une SDL pour la levée de fonds privés et pour la flexibilité que permet une SA afin d’attirer des compétences, or il n’en est rien», déplore Houcine Nasrollah, élu istiqlalien du Conseil de la ville. A Casablanca, le privé est quasi absent et les SDL font recours dans l'illégalité totale aux fonctionnaires de la commune, signale cet élu de l’opposition.

Ces SDL sont encore aujourd’hui dans la ligne de mire. Les élus les attendent au tournant, guettant la moindre erreur pour prouver que ce modèle de gestion est inadapté. C’est le cas non seulement pour Casa Aménagement, mais aussi Casa Event & Animation, Casa-Prestations… Elles ont été récemment au cœur de plusieurs polémiques (réhabilitation du complexe Mohammed V, logo de la ville à 300 millions de DH…).

On les accuse de tous les maux: gestion opaque, recrutements à tour de bras, budgets faramineux, déficit de RH… Cibles de tirs croisés, ces SDL gèrent avec plus ou moins de succès des secteurs-clés comme la mobilité, les projets structurants, le stationnement, la propreté, les abattoirs, le marché de gros, la culture, le patrimoine … Mais quel bilan peut-on tirer de l’expérience des SDL à Casablanca? Certaines s’en tirent visiblement bien, d’autres présentent plutôt un bilan mitigé.

■ Casa Aménagement: Les grands projets arrivent à terme

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Lancée dès 2008, Casa Aménagement était au départ chargée de l’accompagnement de la réalisation du schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU). Avec l’arrivée aux commandes de Driss My Rchid (en 2013), la SDL commence à prendre en charge de plus en plus de projets structurants à Casablanca. Parmi les premiers chantiers: Sindibad, le parc archéologique de Sidi Abderrahmane (finalisé à 100%) et le grand théâtre (qui sera livré dans quelques mois). Cette SDL gère à elle seule pas moins de 8 milliards de DH. En volume, c’est Casa Aménagement qui assure l’exécution du plus grand nombre de projets censés changer le visage de la ville (grand théâtre, super-collecteur-ouest, zoo de Aïn Sebaâ, parc Ligue arabe, parkings, trémies, voiries …). Aujourd’hui, plusieurs projets arrivent pratiquement à terme. Beaucoup d’entre eux seront livrés d’ici 2018: grand théâtre, super-collecteur, parc Ligue arabe, parkings… La majorité des projets qui lui sont confiés et dont les financements sont assurés dans le cadre du Plan de développement du Grand Casablanca (PDGC) arrivent à terme en 2018. Il faudra peut-être penser dès aujourd’hui à l’après-PDGC …
■ Casa Transport: 18 milliards de DH pour la mobilité

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Casa Transport, dirigée par Youssef Draiss, est de loin la plus importante des six SDL en termes de budget. Elle doit gérer en effet les 18 milliards de DH dédiés à la mobilité dans le cadre du PDGC à l’horizon 2022. Cette SDL a été créée en 2009 pour réaliser un ensemble de lignes de transport en site propre. Après le succès du projet de la 1re ligne de tramway, les pouvoirs publics ont pris la décision d’accélérer la mise en place de l’ensemble des recommandations du PDU (Plan de déplacements urbains) en lui allouant un montant de 18 milliards de DH, près de la moitié du budget consacré au PDGC.  La SDL doit aujourd’hui construire 4 lignes de tram (76 km), 2 lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) sur 22 km et 15 parkings relais. S’y ajoutent l’élaboration du schéma directeur de stationnement, le réaménagement de la route d’El Jadida (de l’OCP vers Azbane) et la construction de 2 trémies (Hay Hassani et Aïn Sebaâ). Autre projet et non des moindres: la réalisation d’un poste central de commande de vidéo-surveillance et de régulation du trafic, dont le siège est pratiquement achevé. Le chantier de la 2e ligne, qui avance dans les délais,  sera, quant à lui, livré en 2018 conformément au calendrier initial. De même, les trémies de la route d’El Jadida viennent d’être ouvertes au grand public en attendant la livraison de l’ensemble des chantiers du Noeud «A», dont le budget dépasse les 600 millions de DH.

■ Casa Prestations sous les feux de la rampe

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C’est la SDL qui cumule le plus de dossiers épineux liés à la gestion des équipements économiques (abattoirs, marchés de gros de volailles et de fruits et légumes…). Elle gère aussi le secteur très controversé de la propreté, en assurant le suivi et le contrôle des délégataires. Elle doit, entre autres, veiller au respect des cahiers des charges par les délégataires, contrôler la qualité des services et préparer des rapports réguliers pour aider à la décision. Ses actions de contrôle resserré ont d’ailleurs poussé récemment Sita, délégataire de la collecte des déchets sur la moitié du territoire casablancais, à jeter l’éponge. Du coup, Casa Prestations devra désormais assurer aussi la collecte sur les quartiers concernés (Casa-Anfa, El Fida Mers Sultan, My Rachid et Ben Msik). Et ce, pendant une période transitoire de 6 mois en attendant l’élaboration d’un nouveau cahier des charges et le lancement d’un appel d’offres. Jamal Chaârani, le patron très discret de cette SDL, sera dorénavant sous les feux de la rampe. D’autres chantiers sont également menés de front par cette SDL. Parmi lesquels: la modernisation des RH de la commune, de l’administration fiscale, du secteur de l’affichage urbain et la mise en place de la police administrative. Cependant, rien ne filtre à ce jour sur l’état d’avancement de ces dossiers hautement sensibles. Une opacité critiquée aussi bien par les élus que l’opinion publique et les médias.

■ Casa Events & Animation: Bilan mitigé

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La mission assignée à CEA dans le cadre du Plan de développement du Grand Casablanca (PDGC) consiste à élaborer et mettre en œuvre la stratégie d’attractivité globale du territoire sur les plans local, régional et international. Elle doit assurer ainsi la promotion du territoire, la gestion des infrastructures sportives et culturelles, tout en organisant des événements d’envergure dans les domaines culturel, sportif et économique… A son actif, la relance du festival de Casablanca, du marathon, l’organisation d’un festival de shopping… Mais le grand public a surtout retenu ses premiers couacs fin 2016.  La SDL a dû faire face à un tollé suite au lancement controversé de la nouvelle marque territoriale «wecasablanca», sans oublier sa gestion cafouilleuse de la réouverture du complexe Mohammed V (avril 2017).

■ Casa Patrimoine: Où en est le recensement des biens communaux?

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Réhabilitation de la coupole Zevaco, de l’église Sacré Cœur, du marché central, du Vélodrome, villa Carl Fick … Ce sont quelques-uns des projets déjà engagés par cette SDL. Casa Patrimoine, chapeautée par Ilham Bekri, a la lourde charge de la réhabilitation des bâtiments historiques de la métropole. Mais elle doit aussi effectuer un recensement des biens communaux. Casa Patrimoine devra également établir un inventaire global et un atlas du patrimoine de la capitale économique. Cette étape est un préalable à la récupération de plusieurs sites dont les contrats d’exploitation arrivent à échéance comme la Sqala, le complexe touristique Le Lido, le complexe sportif de Zenata, le complexe de tennis, le complexe sportif de Moulay Rachid ou encore l’ancien marché de gros de fruits et légumes de Belvédère, qui fait l’objet d’un bras de fer entre la ville et le groupe Ynna Holding.

■ Casa Développement arrive avec ses grands sabots en 2015!

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Casadev est l’une des plus anciennes SDL à Casablanca. Lancée dès 2007, elle avait pour mission l’élaboration des études, la passation des marchés et la réalisation de projets. Cependant, elle est restée pratiquement une coquille vide durant plusieurs années. L’arrivée de Nabil Belabed à sa tête, début 2015, a permis de faire bouger les choses. Casadev a peu à peu récupéré les territoires des 2 sociétés délégataires (PAG Parking et Casapark) qui se partageaient les recettes du stationnement à Casablanca. Dorénavant, elle gère seule les parcmètres pour le compte de la commune urbaine de Casablanca. La SDL est arrivée tant bien que mal à s’affirmer sur ce secteur anarchique, malgré la résistance farouche des gardiens. Ce sont ses agents qui posent désormais les sabots aux contrevenants. Casadev doit reverser dès cette année 13% de ses recettes et 15% (en 2018). Pour le stationnement en surface (parkings), la part qui reviendra à la ville sera plus conséquente. En effet, elle est fixée à 25% (2017) et 30% (2018). Outre le stationnement, Casadev hérite aussi de la gestion des fourrières et du recasement des vendeurs ambulants.

 

 

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