Société

Jbel Irhoud: L’ancêtre de l’Humanité n’a pas encore tout dit…

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5132 Le 23/10/2017 | Partager
Le site est généreux et d’autres découvertes ne sont pas à écarter
Il sera classé patrimoine national et mondial sous peu
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Les professeurs Abdelouahed Ben-Ncer (à droite) et Jean-Jacques Hublin auteurs de la découverte de Jbel Irhoud (Ph. MPI)

Le site de Jbel Irhoud, devenu depuis juin dernier le berceau de l’humanité, n’a pas encore livré tous ses secrets. C’est là qu’ont été découverts les restes les plus anciens de celui que l’on considère aujourd’hui comme l’ancêtre de l’être humain, l’homo sapiens.

«Les restes actuels ont été trouvés sur un petit rayon et une partie du site n’est pas encore fouillée. D’autres découvertes sont très probables», note Abdelouahed Ben-Ncer, professeur à l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP), auteur de la découverte avec Jean-Jacques Hublin, de l’Institut allemand Max Planck. Malgré tout, les trouvailles qui ont valu à l’équipe en juin la Une de la prestigieuse revue Nature, référence en la matière, a de quoi être fière.

Les techniques de datation perfectionnées menées avec rigueur par les équipes des deux professeurs ont permis de porter les origines de cette sous-espèce de l’homo à près de 300.000 ans, soit 100.000 de plus que les restes les plus anciens découverts en Afrique de l’Est. «L’homo sapiens y prend un véritable coup de vieux», note sans humour le professeur Ben-Ncer qui était de passage à Tanger pour parler de sa découverte devant un parterre de passionnés, invité par la Société d’histoire et d’archéologie de Tanger. Avant, c’est en Ethiopie que les restes les plus anciens ont été retrouvés. Mais maintenant, toute l’attention du monde scientifique est tournée vers le Maroc.

La richesse du site (découvert en 1960), que Ben-Ncer qualifie de généreux, a failli rester méconnue. Le premier crâne découvert à l’époque avait été attribué à l’homme de Néandertal, très commun en Afrique du Nord. L’environnement dans lequel les restes ont été identifiés, que les scientifiques qualifient de «Moustérien», allait dans ce sens.

«Jusque dans les années 80, toute découverte de ce type était classée par la communauté scientifique comme étant liée à l’homme de Néandertal, une règle que les restes de Jbel Irhoud ont cassé», nuance Ben-Ncer. En effet, certains éléments ne concordaient pas et ont mis la puce à l’oreille des chercheurs. Homo sapiens et Néandertal partageaient beaucoup d’éléments en commun dont un grand volume encéphalique mais des éléments spécifiques au sapiens manquaient dans les crânes trouvés et la datation ne concordait pas avec les restes de faune et flore trouvés avec les ossements.

Une nouvelle datation fut menée et la barre des 300.000 ans était franchie. «Nous n’avons pas cru nos yeux. Une deuxième datation a été menée qui confirmait nos premiers résultats», raconte avec fierté le professeur Ben-Ncer. Les premières datations qui se basaient sur la mesure de la radiation n’avaient pas pris en considération celle de l’environnement immédiat du site, ce que les équipes des professeurs Ben-Ncer et Hublin se sont empressés de faire dès 2004.

Au total, trois crânes d’adulte, un pelvis d’adolescent et un humérus d’enfant ont été trouvés. Ces ossements nous ont aidé dans notre recherche. «S’il s’avançait tête couverte parmi nous, on aurait de la peine à l’identifier», explique le co-auteur de la découverte. «Ses traits n’ont pas trop changé depuis, l’évolution a eu dans son cerveau», indique Ben-Ncer.

Les restes trouvés ont permis d’en savoir un peu plus sur lui comme son alimentation qui était en grande partie composée de chair de gazelle et de ses outils, très perfectionnés par rapport à l’époque et qui ressemblaient à ceux trouvés dans d’autres sites en Afrique. Mais c’est son évolution qui intrigue le plus.

Elle lui a permis de naviguer parmi les dédales de la Préhistoire et de survivre aux changements climatiques et aux aléas de la vie de l’époque, une adaptabilité qui a fait la force de l’homo sapiens et de son esprit développé, selon le scientifique, et qui lui a permis d’être actuellement le seul représentant de l’espèce homo.

                                                                   

Jbel Irhoud: La sauvegarde est en cours

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Le site de Jbel Irhoud, à mi-chemin entre Safi et Marrakech, s’est avéré être le berceau de l’humanité avec les plus anciens restes d’homo sapiens connus à ce jour datés de 300.000 ans (Ph. MPI)

Le site le plus important du Maroc et du monde, Jbel Irhoud, a besoin de protection. Actuellement, des efforts sont menés pour sa préservation. Sa déclaration comme site d’intérêt national est en cours, elle devrait être annoncée de manière imminente, indique Ben-Ncer. Une première enveloppe financière a été allouée à ce site pour sa sécurisation, chose faite depuis ce mois ainsi qu’à la mise en place d’une clôture. Le site se verra doté prochainement d’un centre d’interprétation qui sera chargé de mieux faire connaître les découvertes aux visiteurs et de divers aménagements annexes comme la mise en place d’un circuit touristique, l’aménagement du lac mitoyen et la création d’une réserve de gazelles. «Mais notre objectif est de faire de Jbel Irhoud un patrimoine mondial», note Ben-Ncer, une mesure qui aiderait à mieux le préserver.

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