Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Pari réussi pour la 10e édition

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5132 Le 23/10/2017 | Partager
Haj Bajddoub, Hajji, Chraïbi… enchantent à la clôture
Sites historiques et festivaliers habités par l’âme de Fès
Le spectacle a réuni le top 50 des voix du samaâ
culture-soufie-festival-fes-032.gif

Une conclusion en apothéose. La soirée de clôture du 10e festival de Fès de la culture soufie a réuni le top 50 des voix du samaâ, avec la participation de Haj Mohamed Bajddoub, Marouane Hajji et Saïd Chraïbi, entre autres (Ph. YSA)

Le rideau est tombé, samedi dernier, sur le 10e festival de Fès de la culture soufie. L’événement qui a habité la médersa Bouanania, le jardin Jnane Sbille et autres sites historiques a passionné les festivaliers pendant 10 jours. Ce 21 octobre, le spectacle de clôture se tenait à la place Bab Al Makina.

Au menu de cette dernière soirée, l’on pouvait déguster à la Tariqa Khalwatiya de Cheikh Nur Fatih et les derviches tourneurs (Turquie), en première partie, et le top 50 des voix des meilleures voix du samaâ, en deuxième partie. Ce spectacle a été conçu et mis en scène par le prêcheur d’exception, Moulay Abdallah Ouazzani. «J’ai réuni un plateau des ténors du samaâ et de la musique andalouse, à l’image de Haj Mohamed Bajddoub, Marouane Hajji, Saïd Chraïbi, El Harrak, El Bouzidi, et d’autres voix de Safi, Marrakech, Tanger, Fès…

Bref, tout le Maroc était représenté», explique Ouazzani. Son spectacle s’est produit devant un public venu nombreux (3.000 personnes environ). Dans les premiers rangs, l’on pouvait remarquer la présence des ministres Lamiae Boutaleb, en charge du Tourisme, et Mohamed Benabdelkader, ministre chargé de la Réforme de l’administration et de la Fonction publique, ou encore l’ancien secrétaire général du gouvernement, Driss Dahak, et le président de l’Association Fès-Saïss, Moulay Driss Mdaghri Alaoui, partenaire de l’événement.

La soirée a duré près de 3 heures au grand bonheur des mélomanes qui ont voyagé dans le temps et l’espace. Les participants aux conférences de cette 10e édition affichent également une grande satisfaction. Pendant 10 jours, les conférenciers les ont transportés dans «un voyage mythique du Maroc vers l’Inde». Ils ont découvert, en chemin, la joie de vivre d’Ibn Arabi, Jalal-Eddine Rûmi, Rabiâ Al Aâdaouiya, et autres personnages du soufisme.

Tenu sous la thématique: «Le soufisme à la rencontre des sagesses du monde, la route du soufisme du Maroc vers l’Inde», ces rencontres se sont fixé comme but de conter l’une de ces aventures possibles d’un voyage du Maroc vers l’Inde. Ainsi, lors de la dernière journée du colloque du festival, avant l’après-midi de synthèse qui a eu lieu au sein de la médersa Bouanania, deux tables rondes ont été dédiées aux thématiques «Peut-on enseigner aujourd’hui le soufisme en tant que culture» et «Rûmi et la religion de l’amour: poétique du cheminement spirituel».

De nombreux intervenants dont Touria Iqbal, Souada Maoulainine, Eric Geoffroy, Cherif Ibrahim Tijani, Carol Ameer et Thami Harraq ont abordé la question de l’enseignement du patrimoine et de la culture du soufisme, en particulier dans les cursus scolaires et universitaires. Il faut en cela faire la différence entre le soufisme en tant que pratique spirituelle et la découverte et la connaissance de ses grandes productions littéraires et philosophiques.

Cette culture du soufisme s’exprime également avec une très grande richesse dans les traditions orales. Cet enseignement peut avoir lieu sous forme de contes ou plus tard de récits philosophiques. Mais aussi sous une forme artistique par la pratique, comme cela se faisait traditionnellement au Maroc, de la poésie chantée du samaâ. La calligraphie, dans une perspective artistique et spirituelle, est aussi un enseignement qui doit avoir lieu dans les premières années d’apprentissage et qui peut se révéler particulièrement fructueux.

Dans la deuxième table ronde, Leili Anvar, une spécialiste de l’œuvre de Rûmi et enseignante à l’Institut des langues orientales de Paris, et Mohammed Abdou, un chercheur et écrivain égyptien, ont à la fois présenté l’œuvre de Rûmi mais aussi sa place dans la culture contemporaine. Les panélistes de cette finale ont tracé et synthétisé «le chemin de la foi en Dieu que propose la religion, celui de la méditation, l’ouverture, la tolérance et l’amour divin… loin de l’indivision et des extrémismes». «C’est tout ceci l’âme de Fès et son vivre-ensemble», conclut Faouzi Skali, président du festival.

Sur les traces de la religion de l’amour

Pour Mohammed Abdou, «Rûmi est devenu pour la première fois populaire dans le monde arabe, suite notamment à la traduction du livre best-seller d’Elif Shafak «Soufi, mon amour». Cet intérêt, selon lui, est concomitant aux déceptions de l’après-printemps arabe qui ont conduit de nombreux jeunes à s’éloigner des idéologies qui étaient alors prédominantes et qui se sont révélées infructueuses. De son côté, Abdelilah Benarafa, écrivain et chercheur marocain, a voulu rendre hommage à Abu Al Hassan Shustari qu’il a appelé le «Rûmi de l’Occident». Né en Andalousie, Al Shustari a ensuite séjourné au Maroc avant d’entreprendre de longues pérégrinations avec ses disciples qui l’ont conduit jusqu’en Egypte où se trouve son mausolée. Il s’agit d’un poète d’origine princière qui s’est adonné sous la direction spirituelle d’Ibn Sabyine et d’Abou Médiane Al Ghawt à cette même voie que Rûmi, de la «religion d’amour».

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc