Culture

Exposition: L’art de mère en fils

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5132 Le 23/10/2017 | Partager
La Galerie Banque Populaire expose Rahma Laâroussi et Abdeslam Karmadi
Un face à face de deux artistes complets au-delà de toute filiation
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Scènes de vie, scènes de chasse, forêts verdoyantes, tapisseries…  L’univers de Rahma Laâroussi est inspiré de son enfance aux pieds des montagnes du Rif (Ph. DR)

L’artiste peintre Chaïbia disait de son fils Talal, qu’il avait tété l’art de son sein. Une belle métaphore de transmission de la fibre artistique que l’on peut transposer à plusieurs familles d’artistes. Et c’est à un couple «Mère et fils» que la Galerie Banque Populaire à Rabat a décidé de dédier sa troisième exposition.

Après Marcelin Flandrin, le photographe qui a le plus illustré le Maroc dans la première partie du 20e siècle et dont la Banque Populaire détient les fonds, puis l’artiste peintre Yasmine Hadni, la galerie a décidé de mettre en lumière Rahma Laâroussi et Abdeslam Karmadi. Une exposition mise en scène tel un «face à face» généreux, saisissant et instructif, au travers duquel, chacun de ces deux artistes, indépendamment de la filiation qui les unit, existe en tant qu’entité à part entière.

Née en 1944 à Beni Arouss, Rahma  Laâroussi aura un parcours qui ressemble à bien des égards à celui de Chaïbia. Même origine rurale, même quotidien,  de petite fille de leur époque faisant de la broderie et des tapis.  Même destin et mariage précoce. C’est à un militaire qu’elle fut mariée à  l’âge de 15 ans. Elle correspondra avec lui et lui fera passer ses messages sous forme de dessins.

Des années durant, l’artiste en herbe, utilisera tous les supports possibles pour «griffonner», ses souvenirs d’enfance, son vécu. Scènes de vie, scènes de chasse, forêts verdoyantes, tapisseries,… Tant de choses à raconter, à transcrire. Evidemment, il était hors de question que qui que ce soit découvre cette passion. Toute sa production trouvait refuge sous un matelas. Et ce n’est  que tardivement que ses enfants découvrent la cachette.

Libérée de son secret, il ne lui en a pas fallu plus pour se mettre à dresser des toiles et apprivoiser des couleurs. Elle expose pour la première fois ses œuvres à Rabat en 1992. Elle a 58 ans. Elle sera, par la suite, sollicitée pour prendre part à plusieurs expositions collectives ou à présenter des expositions individuelles.

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Abdeslam Karmadi est l’un des rares artistes mettant en scène le monde et les corps en donnant à l’un comme aux autres épaisseur et présence tout en sauvegardant leur part de mystère (Ph. DR)

Quelques collections publiques et privées s’intéresseront à son travail et l’introduiront dans ce cercle fermé et réservé aux artistes d’exception. Bercé dés l’enfance par l’art sous toutes ses formes Abdeslam Karmadi, développera très tôt une rigueur esthétique proche de l’ascétisme.

Des personnages aux visages sombres et imperceptibles, aux compositions chatoyantes, font dire à l’éditeur et critique d’art Alain Gorius  «De la peinture intuitive, allusive, qu’on a connue sombre en ses débuts (Karmadi semble être passé par une période de doute, d’angoisse, d’interrogation; un univers concentrationnaire a envahi pendant quelques années ses dessins). Aujourd’hui elle s’épanouit en volutes et en chatoiements; élégante et sensuelle, cette peinture s’inscrit dans la tradition arabe et que le détachement avec lequel Karmadi donne à voir les êtres et les choses rend très contemporaine».

Le critique décrit Karmadi comme «l’un des rares qui sachent dessiner, mettre en scène le monde et les corps en donnant à l’un comme aux autres épaisseur et présence tout en sauvegardant leur part de mystère». Depuis 1992, année où le jeune homme expose pour la première fois (à 27 ans) à l’Alliance franco-marocaine, l’œuvre de Karmadi évolue, en effet, et se confirme. L’artiste sera ainsi lauréat du 3e concours organisé par la Fondation Wafabank en 1993. La reconnaissance de la qualité de son travail lui vaudra un séjour de six mois à la Cité internationale des arts à Paris en 1997. 

A 53 ans, l’artiste présente aujourd’hui une œuvre qui respire et impose le respect, sobre et intense. A voir à la Galerie Banque Populaire, à Rabat, jusqu’au 6 janvier.

 

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