Régions

Valorisation des déchets: Agadir cherche de nouveaux procédés

Par Fatiha NAKHLI | Edition N°:5132 Le 23/10/2017 | Partager
La région pourrait produire du biocarburant et de l’électricité grâce au procédé de la pyrolyse
L’ancienne décharge de Bikarrane, réhabilitée, sera convertie en jardin public
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Dans le CEV de Tamellast, l’étanchéité des fonds des casiers avec mise en place des géomembranes permet de protéger la nappe contre les infiltrations des lixiviats  (Ph. CUA)

La Région Souss Massa peut s’enrichir de ses déchets. Oui, c’est possible grâce à une bonne gestion et valorisation de ces mêmes ordures. C’est le constat sur lequel se sont accordés Aziz Rabbah, ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable, et Nezha El Ouafi, secrétaire d’Etat chargée du Développement durable lors d’une visite effectuée vendredi et samedi derniers dans le chef-lieu du Souss.

L’objectif est d’engager la réflexion sur les possibilités de mise en place des meilleurs procédés pour le traitement et la valorisation des déchets au niveau du Centre d’enfouissement et de valorisation (CEV) du Grand Agadir, en se référant aux centres internationaux dédiés. Et pour cela, il faut prendre en compte les caractéristiques des déchets marocains, composés à plus de 60% de matières organiques.

«Les déchets ménagers du Grand Agadir devraient être gérés dans un CEV innovant dans lequel il y aurait une usine de pyrolyse et des alvéoles d’enfouissement», a proposé Nezha El Ouafi. Auquel cas, il faudrait procéder à une révision du schéma directeur de la préfecture d’Agadir Ida Outanane et d’Inezgane Aït Melloul en y intégrant le procédé de pyrolyse des déchets ménagers. In fine, cela permettra à la région de produire du biocarburant et de l’électricité à partir des ordures. Et d’éviter radicalement la production du lixiviat.

Une première visite sur le terrain a permis à la délégation de constater que l’ancienne décharge sauvage de Bikarrane, réhabilitée depuis 2009, a pu être intégrée dans son environnement naturel. Aujourd’hui, ce site qui s’étend sur 28 ha fait la fierté de la commune urbaine. Il a été reboisé avec plus de 8.000 arbres comprenant des arganiers, oliviers, caroubiers, lauriers roses et autres herbacés endémiques, irrigués grâce à un système de goutte-à-goutte.

Le suivi de l’évolution du biogaz généré par la fermentation des déchets a été effectué via les 47 puits de dégazage installés. Les résultats obtenus montrent que le biogaz est composé de 45 à 60% de (CH4), de 30 à 40% de (CO2) et de 1 à 3% (O2). Le système de dégazage a permis de réduire les émissions GES de l’ordre de 68.117.760 t équivalent CO2 entre 2009 et fin 2015, via une torchère. Pour le ministère de tutelle et la commune urbaine d’Agadir, la perspective pour l’ex-décharge de Bikarrane est de l’ouvrir aux visites en tant que jardin public.

Les ministres ont ensuite été conduits à la nouvelle décharge ou CEV de Tamellast relevant de la commune de Drarga dont l’exploitation a démarré en 2010. En six ans, ce site qui s’étend sur 41 ha, a reçu 2,24 millions de tonnes de déchets à raison d’un tonnage moyen de 850 t par jour. En effet, une dizaine de communes limitrophes à Agadir décharge sur ce site: Taghazout, Aourir, Inezgane, Aït Melloul, Dcheira, Tmsia, Laklia, Ouled Teima, Drarga et Agadir. A Tamellast, 5 bassins de rétention de lixiviats sont aménagés et un 6e est en cours. La quantité moyenne de lixiviats générée et stockée durant cette période est de 112.000 m3 à raison d’une production de 100 m3/jour.

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L’ancienne décharge sauvage de Bikarrane, réhabilitée depuis 2009, a pu être intégrée dans son environnement naturel. Dans l’avenir, elle sera accessible en tant que jardin public (Ph. CUA)

Pour rappel, le contrat de gestion déléguée de la décharge entre la société TecMed et la commune urbaine d’Agadir devait prendre fin cette année, toutefois, il a été prolongé jusqu’en 2018. «Cette année supplémentaire nous permettra d’être fixé sur les procédés à mettre en place pour procéder à la valorisation des déchets», explique Cheikh El Korchi, ingénieur et chef de la division Environnement à la commune urbaine d’Agadir. Un choix déterminant puisqu’il va permettre au Grand Agadir de se positionner en tant que leader dans la valorisation de traitement des ordures et dans le développement écologique durable.

Le développement minier est l’autre levier économique de création de richesse dans la région, mais c'est un secteur à double tranchant, se plaignent les élus. En générant de la croissance, l’exploration et l’exploitation minières impactent aussi lourdement l'environnement.

«Toutes les mesures nécessaires seront prises afin d’atténuer cette influence néfaste sur l’environnement et préserver le patrimoine naturel de la région», a promis Aziz Rabbah, qui a ajouté que l’exploitation minière est tributaire de la préservation des ressources hydriques et de la santé de la population. Un souci partagé par Nezha El Ouafi qui, elle, met l'accent sur l'obligation pour les investisseurs de respecter la loi 33.13 relative aux mines. Idem pour la procédure d’obtention de l’acceptabilité environnementale dans le cadre de la loi 12-03 concernant l’étude de l’impact sur l’environnement (EIE) qui prend en compte l’avis de la population via une enquête publique.

A l’issue de ces deux journées, une convention cadre a été signée entre le ministère de tutelle et le Conseil régional Souss Massa. Elle porte sur la réalisation de la cartographie géologique et minière de la région.

Pyrolyse, kézako?

La pyrolyse des déchets ménagers consiste à les chauffer à des températures généralement comprises entre 350 et 650 °C en l’absence d’oxygène pour les convertir en liquide (biocarburant) et en gaz (biogaz) combustibles, ce qui ouvre ainsi une multitude de voies de leur valorisation possible, dont la production d’électricité.

De notre correspondante, Fatiha NAKHLI

 

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