Analyse

Dur réquisitoire du Médiateur du Royaume

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5131 Le 20/10/2017 | Partager
Il épingle les administrations dans un rapport remis au Souverain
«L’usager n’est ni un mendiant ni un adversaire»
Plaidoyer pour le droit d’accès à l’information
benzakou_abdelaziz_031.jpg

Le Médiateur du Royaume, Abdelaziz Benzakour, a réceptionné près de 60.000 plaintes et doléances entre 2011 et 2016. Dans 80% des cas, les saisines des citoyens et des entreprises ne relèvent pas de sa compétence (Ph. Bziouat)

Un véritable réquisitoire contre l’administration a été remis au Souverain. Le Médiateur du Royaume y exprime son coup de gueule contre l’inertie récurrente des ministères, des collectivités locales et des établissements publics. Ses recommandations ne sont pas traduites en circulaires, lois ou règlements pour immuniser la gestion administrative contre ses failles. «Ce constat a été relevé pourtant dans nos précédents rapports d’activité.

Raison pour laquelle l’institution se trouve obligée d’intervenir pour résoudre des plaintes déjà traitées par le passé», note avec regret le Médiateur, Abdelaziz Benzakour. Son intervention se base en plus sur «la bonne application de la loi», «la jurisprudence constante» de la Cour de cassation et «les principes de justice et d’équité». Le Médiateur ne cache pas son étonnement.

Même si des «directeurs d’administration réclament à certains départements l’exécution de nos recommandations, ces derniers ne réagissent pas dans un délai raisonnable». Comment expliquer cette sourde résistance? Cette attitude administrative «démontre que le changement» tant promu par l’Exécutif n’est pas à la hauteur des attentes.

L’Instance constitutionnelle estime que «la cadence du changement au sein de l’administration n’est pas à la hauteur» des ambitions politiques affichées. «Le passif négatif et la pratique actuelle constituent une forte barrière pour les citoyens. C’est pourquoi les usagers sont indulgents y compris face aux erreurs (de gestion) involontaires», analyse l’ex-Diwan Al Madalim.

La gestion calamiteuse des affaires publiques peut avoir des répercussions inattendues sur la stabilité du pays. Faut-il rappeler les manifestations d’Al Hoceïma lancées depuis octobre 2016 et l’enquête que mène la Cour des comptes sur instruction royale. Les investigations de la juridiction financière sont toujours en cours.   

«Nous n’acceptons pas, en tant que citoyens ou administrateurs, que l’administration continue à être au banc des accusés... Car son rôle est de veiller sur la sécurité administrative et la qualité des prestations», insiste le Médiateur. Pour l’institution, créée en mars 2011, «l’usager n’est ni un mendiant ni un adversaire de l’administration». Il est en droit de «s’attendre à un service de qualité qui trouve sa légitimité dans les lois et les règlements inspirés de la Constitution».

Chaque bilan annuel «doit être l’occasion d’une remise en cause (...) aussi bien pour l’administration que pour notre institution», souligne son représentant. Abdelaziz Benzakour, un ancien bâtonnier du barreau de Casablanca, voit dans sa mission «une concrétisation du droit d’accès à l’information qui permet au citoyen de jauger le rendement de ses administrations».

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc