Société

Hôpital du 20 Août 1953, un établissement «friendly»

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5130 Le 19/10/2017 | Partager
L’établissement a organisé une journée portes ouvertes
Une mission: réconcilier le citoyen avec l’institution
Un centre hospitalier ultra moderne et un pôle de compétences
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En blouses blanches, des enfants jouant au docteur. Des exercices de premiers soins ont été proposés aux élèves des écoles venus visiter l’hôpital (Les visages ont été modifiés - Ph. A.Bo)

Une nuée de blouses blanches, très affairée, circule entre les allées de l’hôpital du 20 Août 1953, à Casablanca. En cette matinée du mercredi 18 octobre, une partie du personnel: médecins, infirmiers, techniciens… sont sur le pied de guerre pour accueillir les visiteurs. C’est que l’institution organise, pour la première fois, une journée portes ouvertes.

Le fait est assez inédit pour attirer l’attention. L’intention est louable, mais probablement pas assez pour rompre la méfiance que le citoyen marocain a développé envers les structures de santé en particulier et l’administration en général, dans le pays. Et c’est justement à cette suspicion que compte s’attaquer le Pr. Laila Benhmidoun, directrice de l’hôpital du 20 Août, qui, depuis sa prise de fonction il y a un an, s’est lancée dans un combat qui promet d’être de longue haleine, à savoir réconcilier l’hôpital public et les citoyens marocains. «Nous avons les meilleurs compétences médicales du Royaume, des pôles d’excellence, des centres référents nationaux, des équipements de pointe qui ne cessent de se moderniser…

Et pourtant, nous souffrons d’un véritable déficit de communication avec les patients et leur entourage», affirme la jeune (42 ans à peine) et dynamique directrice. «Communiquer avec les usagers, les écouter, les informer sur les missions et valeurs de l’hôpital, rendre hommage aux professionnels, aux partenaires de la société civile impliquée activement dans le domaine de santé et s’ouvrir encore plus sur l’environnement externe», précise le document d’introduction de la manifestation. 

Le ton est donné et la volonté de «mieux faire» est, d’emblée, affichée. Il faut dire que le système de santé au Maroc n’a pas bonne presse. Carence en ressources financières, en équipements, en personnel, état catastrophique des structures de soins sont régulièrement dénoncés par les médias, ou même les réseaux sociaux. Les chiffres sont alarmants: 5 médecins pour 10.000 habitants, dont 44% d’entre eux sont implantés entre Rabat et Casablanca.

Selon le rapport du Réseau marocain pour le droit à la santé, publié en février dernier, au moins 7 hôpitaux sur 10, à travers le pays, ne sont pas en condition de recevoir les patients. Le rapport note également que 95% des personnes disposant d’une couverture médicale préfèrent les cliniques privées.

Une répartition inégale entre le public et le privé, qui fait que 82% des dépenses des compagnies d’assurances vont au secteur privé, alors que seuls 6% de ces montants finissement dans les caisses des hôpitaux publics. Une situation catastrophique qui est loin d’être ressentie quand on visite l’hôpital du 20 Août. L’établissement, d’une architecture pavillonnaire des années 30, s’étale sur plusieurs hectares de parc et offre un cadre de vie plutôt agréable. 

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Des ateliers de dessins, des contes pour enfants, des mini-concerts ont été proposés aux visiteurs mais également aux jeunes patients de l’hôpital (Les visages ont été modifiés - Ph. A.Bo)

Faisant partie du CHU de Casablanca, l’hôpital offre des prestations médicales et chirurgicales hautement spécialisées, accueille les malades en urgence 24h/24, développe les alternatives à l’hospitalisation classique avec notamment les activités ambulatoires. L’établissement est également le seul hôpital à offrir des soins ophtalmologiques pour enfants, à disposer de ses propres urgences et du seul service de médecine informatique au Maroc.

Plus de 650 personnes veillent au grain dont 31 professeurs, 194 médecins résidents et quelque 827 externes. Un hôpital qui fait l’objet d’une bien heureuse exception, même si le discours de la directrice du 20 Août se veut plus global et plus consensuel: «Cette initiative dénote encore une fois de la volonté de tous les acteurs du secteur de la santé d’améliorer la qualité de l’accueil et de la communication avec le citoyen dans une perspective de construction et de consolidation d’une “relation soignant-soigné” basée sur l’écoute, la confiance, la disponibilité et le respect mutuel». Une nouvelle approche de la communication et de l’accueil, qui passe par  une démystification de l’institution.

Des activités ludiques ont à cet effet été organisées tout au long de la journée. Conférences scientifiques, ateliers de dessins pour enfants, initiation aux gestes de premiers secours pour les plus petits, contes, street arts, mini-concerts… pour rendre l’institution hospitalière plus sympathique.

Un peu d’histoire

Créé en 1930, l’hôpital militaire «Janvial» est riche d’une longue histoire et a été le témoin privilégié de toutes les mutations et réorganisations qu’a connues la cité depuis la période coloniale jusqu’au temps présent. Initialement destiné aux soins des militaires du protectorat, il a vécu les évènements de la Seconde Guerre mondiale en accueillant le corps expéditionnaire des Etats-Unis et de ses alliés lors de la conférence de Casablanca. Après l’indépendance, il a été baptisé 20 Août 1953, en mémoire de la déposition du sultan Mohammed V qui signera le début de l’insurrection des Marocains contre le protectorat français. La même année, les hôpitaux Maurice Gau et Jules Colombani ont fusionné sous le nom de l’Hôpital Ibn Rochd. Après la création de la faculté de médecine de Casablanca en 1976, ces formations furent intégrées dans le cadre du Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd. L’hôpital de par son architecture particulière est aujourd’hui classé dans la liste du patrimoine national.

 

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