Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Un «Davos spirituel» est né

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5130 Le 19/10/2017 | Partager
Un appel à intégrer les démarches spirituelles islamiquement correctes
L’Economiste félicité pour la couverture «précieuse» et de référence
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Au quotidien, L’Economiste livre une couverture d’exception du 10e Festival de Fès de la culture soufie. Faouzi Skali, président de l’événement, a tenu hier à féliciter publiquement le groupe Eco-Médias pour son accompagnement et sa couverture «précieuse» (Ph. YSA )

Alors que les ruelles de la médina se réveillent doucement le matin, les «voyageurs spirituels» de la Bouanania sont déjà embarqués dans «le bel agir et l’amour pour l’autre». Ils remontent le temps pour retrouver l’Islam, le vrai, celui de la paix du Tassawwof. Après avoir survolé le Maroc, l’Andalousie, l’Orient, durant les quatre premières journées du Festival de Fès de la culture soufie, hier, ils esquissaient la route de la soie.

Deux tables rondes étaient au menu de ce mercredi 18 octobre. Sous l’intitulé des «Cultures soufies d’Asie centrale» et «le soufisme, un patrimoine vivant», les «agoras» d’hier réunissaient un public particulièrement international, autour d’un panel illuminé par la présence de Cheikha Nur, l'un des leaders de la Tariqa Mawlawiyya de Rumi en Turquie.

D’emblée, Faouzi Skali, initiateur de ces rencontres, a invité les participants à suivre le cheminement de ce forum dans les colonnes de L’Economiste. Le président du festival «a félicité la couverture précieuse et de référence de notre quotidien». A n’en point douter, indique-t-il, les «mourides» du «Davos spirituel» de Fès sont transcendés par la «baraka» et le «rêve véridique» qui vise à propager la civilisation de l’Islam du Maroc vers l’Inde.

En chemin, ils rencontrent la Tariqa «Chichtiya» qui, grâce à 40 disciples seulement, a ramené l’enseignement de l’Islam vers l’Asie centrale. «Il y a là un creuset très fort et très fructueux qui a duré des siècles que nous découvrirons. Nous découvrirons ainsi nos racines», explique Faouzi Skali. De son côté, Cheikh Younous, un spécialiste du soufisme, a rappelé «la transparence du soufisme prôné par Ibn Arabi… en Irak du IXe siècle». Face aux turbulences de nos jours, il a appelé à «intégrer les démarches spirituelles islamiquement correctes». Ceci, afin de préserver une modalité cruciale: «la sincérité avec Dieu» et éviter les «actes blâmables» comme celui du «voleur des hammams».  

La journée du mardi 17 octobre était pleine d’enseignements. Elle a été dédiée à deux thématiques: «soufisme, art et poésie» dans la matinée et «soufisme et dialogue interreligieux» dans l'après-midi. Comme d'habitude, dans ce cadre exceptionnel de la merdersa Bounania, les deux panels étaient particulièrement riches par la qualité et la diversité des intervenants. Un large public  national et international était, comme les jours précédents, au rendez-vous.

Saida Bennani, Carole Ameer, Eric Geoffroy et Touria Iqbal ont exposé la signification que peut revêtir la notion d'art à notre époque et en l'occurrence celle d'art islamique.
Ils ont souligné que l'art et la poésie sont indissociables de toute pédagogie spirituelle et qu'une éducation, dès le plus jeune âge, à cette quête esthétique du beau est indispensable si l'on veut former des nouvelles générations qui accomplissent au mieux leurs valeurs et potentiel d'humanité.

Pour Geoffroy, il est essentiel que cette éducation ait lieu aussi dans des quartiers défavorisés, et que c'était là l'une des priorités de la Fondation de l'Islam de France. Il a lu des passages de son livre «Un éblouissement sans fin» consacré à la poésie spirituelle du Cheikh du début du XXe siècle, Ahmed Alaoui. Touria Iqbal a évoqué, elle, la notion du «statut des lettres» chez Ibn Arabi et la conception de l'univers comme l'expression d'un cosmos structuré selon une composition poétique.

Saida Bennani a exposé de son côté des poésies de Mohammed Iqbal, un penseur pakistanais du XIXe siècle, chez lequel la fonction poétique  et spirituelle était également indissociable de la réforme de la pensée et de l'action au cœur de la société.
François Xavier de Tilliette, consul général de France à Fès, a ouvert les débats de l'après-midi par le compte rendu d'un exposé d'un colloque qui s'était tenu à Rome entre trois éminents représentants des traditions abrahamiques, lorsqu'il était lui-même diplomate auprès du Vatican.

Il a souligné par ailleurs la fonction de la laïcité en France dont la neutralité permettait justement de préserver les droits d'expression et de coexistence pacifique de toutes les religions. Enfin, Driss Fassi-Fihri, imam de la mosquée Qaraouiyyine, vice-président de l'université du même nom et docteur en théologie, a fait un exposé éloquent sur les règles de courtoisie, selon le Coran et les Hadiths, du dialogue interreligieux et la nécessité, dans ce dialogue, de rechercher avant tout  une «parole commune» et des points de convergence.

Françoise Atlan raconte son expérience

Lors de ce forum des civilisations, Françoise Atlan, une artiste à l'aura internationale, spécialiste du répertoire judéo-arabe, a souligné la fascination avec laquelle elle avait découvert, lorsqu'elle entreprenait ses recherches avec Mohammed Briouel, la proximité des deux traditions islamique et juive, dans les expressions poétiques et musicales de leur spiritualité. Pour sa part, le chercheur et écrivain Milan Otal a livré un témoignage émouvant de la mort récente de son grand-père kabyle, arrivé au début du siècle dernier en France, pour finalement connaître un destin exceptionnel, traversé par sa soif de découvrir et de connaître différentes sagesses et religions du monde. Il mourra dans sa Kabylie natale entouré de la confrérie soufie du Cheikh Khaled Ben Tounes dont il a été très proche.

 

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