Culture

Festival de Fès de la Culture soufie: Favoriser l’émergence d’une intelligence collective

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5129 Le 18/10/2017 | Partager
D’éminents experts revisitent la pensée des maîtres soufis
Objectif: reconnecter l’être avec soi-même et lutter contre les perturbations

Il est des endroits où l’élévation de l’être vers son créateur, sauveur et initiateur se fait à travers la pensée. La médersa Bouanania, cette école coranique du XIIIe siècle, se prête à ces voyages initiatiques. Qualifié d’un «livre en pierre», par la poétesse et ancienne députée Touria Ikbal, l’édifice accueille jusqu’au 21 octobre les tables rondes du festival de Fès de la Culture soufie.

Animées par d’éminents universitaires, politologues, et anthropologues de différents pays, ces rencontres nourrissent l’âme de divin. Le but est de sortir différent, à l’issue de chaque débat d’idées et de pensées soufies. Ici, les legs historiques d’Ibn Arabi, Jalal-eddine Rûmi, et bien d’autres sommités du soufisme, sont revisités par des penseurs d’aujourd’hui avec une perspective évolutive.

Dimanche, la table ronde dédiée à «Rûmi, Attar et Ibn Arabi… racines spirituelles de la civilisation de l’Islam» s’est déroulée à guichets fermés. Inhabituel pour une journée de repos, où l’être opterait pour une partie de golf ou une virée dans les souks de la médina. Mais voilà, les hôtes de cette 10e édition du festival sont très assidus aux rencontres de Faouzi Skali, initiateur du festival. Touria Ikbal leur dira en substance que «l’être a été créé pour vivre en harmonie avec sa nature, mais il a été dans l’oubli de son intériorité». L’idéal serait de trouver cette harmonie des sphères et des espaces.

Dans ces temps troublés, «notre esprit a besoin des modèles comme Ibn Arabi, Rûmi et Sidi Faouzi... pour nous reconnecter avec nous-mêmes et lutter contre les perturbations», renchérit la poétesse. Pour elle, «il est urgent de mettre en exergue les valeurs du soufisme, mettre à profit ce trésor immense qu’est le courant du «Tassawwof». En d’autres termes, il est grand temps de conjuguer les énergies des sages du VIIe siècle. «Cette époque constitue l’un des moments-phares de l’âge d’or de la civilisation arabo-islamique», souligne l’écrivain et éditeur Jaafar Al Kanssoussi.

Et de poursuivre: «Durant ce siècle des lumières, les maîtres du soufisme ont grandement apporté au monde, notamment en matière de pensée et de spiritualité». Dans cette quête,  le Maroc et l’Andalousie étaient bel et bien présents à travers des penseurs qui mettaient en liaison l’homme avec son créateur. Ces oulémas ont su répondre aux maux de leur époque prônant et inculquant le juste équilibre entre pensée et spiritualité.

A ce propos, Faouzi Skali déconseille «l’opposition entre la spiritualité et la culture, l’art, le chant et la musique...». Pour lui, «il y a une véritable crise identitaire qu’il faut combattre par la pensée objective». «Il faut se reconnecter avec la créativité du créateur, avec la religion, et s’imprégner de la capacité créative», ajoute-t-il.

Ainsi, se rapprocher du patrimoine soufi permettrait de refaire de nouvelles Bouanania atemporelles. Dans ce contexte, la civilisation de l’Islam permettrait de créer des œuvres de l’esprit. «Il faudrait créer également un enseignement valable pour le tout jeune âge afin d’avoir des chances pour évoluer avec cette perspective», conseille l’anthropologue. Enfin, être en interaction avec le patrimoine incommensurable de Rûmi, Attar… permettrait de toucher les racines du soufisme. Celui-ci est d’abord une expérience vécue et un savoir-vivre. Lequel permet la connaissance de soi vers plus de sagesse.

Dans ce processus humain, l’homme accompli doit vivre et s’améliorer sans cesse lors de son chemin de vie vers plus de sagesse. «Lors de nos rencontres, nous devons insister sur le rôle d’éducation et d’enseignement. Il s’agit d’un travail profond. Notre festival joue le rôle de mettre en liaison, créer des relais à tous les niveaux, et favoriser une intelligence collective et une interaction afin de faire grandir les espaces et ramener tout cela à la surface», conclut Skali.

Du chant aussi

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Organisé par l’Association du festival de la Culture soufie, en partenariat avec l’Association Fès-Saïss, le 10e festival de la Culture soufi aspire à conforter le positionnement du Maroc dans le dialogue interculturel en jetant un pont entre l’Orient et l’Occident. L’événement offre  une plateforme d’expression aux artistes, marocains et internationaux, qui se sont engagés dans une démarche spirituelle. C’est ainsi que la scène du jardin Jnane Sbille a accueilli dimanche un concert de l’ensemble Al Firdaus de Grenade (Espagne) avec la participation de l’artiste engagée Ihsane Rmiki. Le programme d’hier mardi prévoyait deux tables rondes sur «Le soufisme, art et poésie», et «Le soufisme et dialogue inter-religieux». Le spectacle de la soirée a invité pour sa part la Tariqa Rissouniya.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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