Tribune

Création d’un ministère délégué chargé des Affaires africaines: Une exigence pour la politique étrangère du Maroc

Par Abdelhafid OUALALOU | Edition N°:5129 Le 18/10/2017 | Partager

Abdelhafid Oualalou est acteur politique et associatif et vice-président de l’IMRI (Institut marocain des relations internationales) et du Centre d’études et de recherches Aziz Belal (CERAB) (Ph. A. O.)  

En présidant l'ouverture de l'actuelle session parlementaire, SM le Roi a décidé de la création d'un ministère délégué chargé des Affaires étrangères, africaines, et plus particulièrement de l'investissement, ainsi que la mise en place de deux cellules de suivi, l'une au ministère de l'Intérieur et l'autre aux Finances.

Sa principale mission sera axée sur la dynamique d'investissement dans le continent et le suivi continu de l'état d'avancement des projets communs portés à plus de 980 conventions de coopération entre le Maroc et plusieurs pays africains lors des nombreuses visites royales. Depuis quelques années, cette dynamique royale a permis de relancer la coopération avec ces Etats.

Le Maroc se positionne en tant que premier investisseur en Afrique de l’Ouest, avec plus de 24 milliards de DH. Il est aussi le 2e investisseur au niveau du continent. De grands projets publics et privés marocains comme l'OCP, les banques, les assurances, les laboratoires pharmaceutiques et les télécoms nécessitent un accompagnement et un suivi permanent de la part de l'Etat marocain.

Evaluation rigoureuse et intègre

Face à l'importance de ces projets communs et structurants touchant plusieurs domaines comme l'énergie, l'agriculture, les engrais, les infrastructures ou encore l'habitat, cette coopération exige une bonne gouvernance, un suivi de l'application des conventions dans les délais fixés mais aussi une évaluation rigoureuse et intègre de la transparence financière et le respect des lois et règlements en vigueur dans les pays africains.

Le nombre important de ces projets et de ces accords bilatéraux ainsi que les conditions techniques et financières pour leur mise en œuvre exige un cadre institutionnel de coordination et d'accompagnement entre les différents opérateurs et acteurs publics et privés intervenant dans ces projets.

Cette nouvelle institution ministérielle couplée à une cellule ministérielle de liaison et de coordination aura une dimension transversale vu la diversité et la nature des projets petits et grands au niveau des ministres concernés et opérateurs économiques. Comme elle sera appelée à aller sur place pour le suivi de ces projets, des visites de travail et de concertation avec les partenaires africains.

C'est d'ailleurs le but des différents voyages entrepris par la secrétaire d'Etat auprès du ministère des Affaires étrangères, Mounia Boucetta, sur le continent. L'occasion de se pencher sur l'état d'avancement des travaux et des chantiers en cours de réalisation. Ces visites ont justifié la nécessité de ce nouveau ministère afin de consolider l'intégration africaine dans le cadre de la Coopération Sud-Sud.
     

Donner plus de crédibilité à la coopération stratégique

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Les tournées royales en Afrique ont donné un véritable coup de fouet à la dynamique des échanges entre le Maroc et le reste du continent. La décision du Souverain de créer un ministère délégué chargé des Affaires africaines constitue une consécration de l’orientation du Maroc vers l’Afrique  (Ph. MAP)

Cette décision royale a été vivement souhaitée lors du débat sur la nouvelle architecture de l'actuel gouvernement par plusieurs chercheurs et acteurs politiques. Personnellement, j'avais publié une contribution à ce débat national dans un quotidien national de langue française le 2 novembre 2016 pour recommander de renforcer les capacités et compétences du ministère des Affaires étrangères par la création d'un ministère délégué chargé des Relations africaines et de la Coopération Sud-Sud ayant pour objet l'application des centaines de conventions signées lors des visites royales avec les pays africains.

Après le retour du Maroc à l'Union africaine fin janvier 2017 et juste après sa volonté d'adhérer à la Cedeao en février dernier, cette demande a été entérinée officiellement par le sommet africain de ce groupement régional en juin dernier. Ces événements et ces acquis pour le Maroc justifient largement cette décision royale qui est venue à point nommé. C'est un message fort pour donner plus de crédibilité à notre coopération stratégique, à notre engagement pour l'émergence de l'Afrique.

Déjà, le secrétariat chargé de la Formation professionnelle avait, ces derniers jours, décidé de créer une nouvelle direction dédiée à la Coopération africaine pour le suivi de ses projets en cours de réalisation dans ce domaine très sollicité par les jeunes Africains et leurs gouvernements. L'éducation et la formation étant la priorité et l'un des défis majeurs pour l'Afrique. D'autres ministères seront appelés à suivre de près leurs interventions et les accords signés avec leurs homologues africains.

A notre avis, ce ministère ne sera pas de trop. Tout dépendra de ses compétences, de ses ressources humaines, de son approche participative et de sa bonne gouvernance pour mener à bien ses missions mais aussi de sa volonté de renforcer la diplomatie publique c'est-à-dire de son ouverture aux différents acteurs nationaux: publics, privés, et aux différentes composantes de la société civile. Pour créer une telle synergie dans cette politique africaine, il serait souhaitable et même bénéfique pour tous d'associer des chercheurs des think tank, des experts et universitaires nationaux sans oublier les médias, les collectivités territoriales et les deux Chambres du Parlement.       

Depuis que le Maroc a retrouvé sa place sur la scène africaine, qu'il ait devenu un véritable hub pour le transport et la logistique, une plateforme pour le commerce international ou encore un acteur incontournable dans la lutte contre le terrorisme en Afrique et au Sahel, plusieurs pays ont exprimé leur volonté de construire des partenariats triangulaires avec le Maroc et le continent africain comme la Chine, la Russie, l'Inde, le Japon et les pays de l'Union européenne entre autres. Ce type de coopération tripartite exige une bonne gouvernance, un suivi des accords régionaux de libre-échange selon les règles de l'OMC pour une intégration africaine comme objectif majeur de l'Union africaine.

Coup de fouet à la dynamique des échanges

Sur une dizaine d’années, les échanges avec l’Afrique subsaharienne ont enregistré une croissance annuelle moyenne de 9,1%, selon les statistiques de l’Office des changes. Les tournées royales en Afrique ont donné un véritable coup de fouet à la dynamique des échanges entre le Maroc et le reste du continent. La balance commerciale est en faveur du Maroc, avec un excédent de 11,9 milliards de DH en 2016 contre 1,3 milliard en 2008. L’un des principaux atouts de la politique africaine du Maroc est aussi le dynamisme des entreprises qui ont joué un rôle fondamental dans le déploiement du nouveau paradigme des relations maroco-africaines. Elles ont flairé les opportunités qu’offre le continent, 2e pôle de croissance mondiale après l’Asie. Et elles sont en phase avec les orientations stratégiques du Royaume.

 

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