Culture

Casa Drawing: Le dessin dans tous ses états

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5128 Le 17/10/2017 | Partager
Une manifestation pour ancrer la discipline dans l’art contemporain
10 artistes du Maroc, de la France et de la Tunisie
Des univers différents et une liberté de ton audacieuse
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A travers ses créatures burlesques, Yassine Balbzioui dénonce les travers d’une société, sans jamais se départir de son humour (Ph. A.Bo)

Une exposition, des ateliers, des visites didactiques…  une manifestation entièrement dédiée au dessin. Deux agitateurs culturels y ont pensé et l’ont réalisée. Casa Drawing en est à sa deuxième édition  sous le commissariat de Bechar El Mahfoudi et Yassine Balbzioui. L’exposition qui a investi les murs de la Fondation Slaoui à Casablanca laisse voir, du 11 octobre au 11 novembre, les travaux de dix artistes du Maroc, de la France et de la Tunisie. Débarrassé de sa rigueur académique, le dessin prend ici toute la liberté et l’audace que lui permet l’art contemporain. Liberté du trait, d’abord, qui flirte entre l’abstraction et la figuration, liberté de supports, de techniques…

Résultats des travaux très étonnants, parfois ludiques, expressifs, reprenant tantôt les billboards du cinéma, tantôt les esquisses d’antan, empruntant aux autres disciplines des techniques de collage, de photographie ou d’installation. Le dessin n’est définitivement plus ce qu’il était. Il a gagné de nouveaux médiums, de nouveaux supports et de nouvelles matières. Il s’est augmenté, réinventé avec un lot d’aventures et d’expériences de création, d’imaginaire, de possible… qui en font aujourd’hui une discipline artistique contemporaine à part entière.

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Les dessins très délicats de Amina Benbouchta sont souvent une allégorie à la femme, son incarcération et des luttes pour la libération (Ph. A.Bo)

Le dessin qui ne pouvait se concevoir que comme une esquisse, un croquis, une ébauche donnant lieu à l’œuvre définitive, plus «noble» et qui ne pouvait être qu’une toile, se découvre aujourd’hui de plus en plus d’adeptes et surtout d’amateurs. Comme en témoignent les multitudes d’événements, d’expositions ou de foires dédiés à la discipline à travers le monde, depuis un peu moins d’une décennie. «Si le dessin existe depuis la préhistoire, de tout temps, l’homme a eu besoin de s’exprimer par le trait, mais il a été pendant longtemps assujetti à d’autres disciplines artistiques comme la peinture, la sculpture et l’architecture.

Le dessin est alors considéré comme une technique préparatoire (croquis, esquisse et étude) à l’œuvre principale.  Aujourd’hui, il devient un art autonome, grâce à la liberté que prennent certains artistes. La place accordée au dessin sur le champ de l’art contemporain international et sa popularité sont grandissantes, notamment grâce à la multiplication de salons et de foires dédiés à cette discipline», précise Bechar El Mahfoudi. Pour cette  seconde édition de Casa Drawing, les deux commissaires ont souhaité élargir, au maximum, le champ des possibles en présentant le travail de deux générations d’artistes aux univers très différents. Parmi eux, les Marocains Badr El Hammami, Amina Benbouchta, Nafie Ben Krich, Mounat Charrat, Simohammed Fettaka, Jamila Lamrani, les Françaises Catherine Poncin et Julie Bernet-Rollande, et le Tunisien Othmane Taleb.

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Le Royaume où la poule est reine. Nafie Ben Krich s’interroge sur la vie moderne, l’urbanisation, la mondialisation en s’inspirant de l’univers de son enfance (Ph. A.Bo)

Installations, superpositions, natures mortes détournées… le dessin se fait avant tout prétexte pour interroger sans cesse les contours des disciplines de chaque artiste. A l’image d’une Amina Benbouchta  qui propose des dessins d’une grande délicatesse dans l’exécution, mais qui questionnent les limites de la peinture, de la sculpture ou de l’installation, avec son regard toujours scrutateur de la complexité de la structure sociale de la vie contemporaine. Quand Simohammed Fettaka, dans son univers aussi décalé qu’authentique, s’inspire du monde cinématographique expérimental, pour nous questionner, à travers ses dessins, sur les rapports que nous entretenons avec la politique, Nafie Ben Krich, lui, nous emmène, avec beaucoup d’humour, dans un royaume où la poule est reine. 

Dans son travail, on retrouve une expérimentation à travers plusieurs médiums, tantôt par le biais de techniques traditionnelles telles que le dessin, la peinture ou encore la sculpture, tantôt à travers des installations et de l’art vidéo. Ben Krich s’inspire de son milieu, de son quotidien et des éléments côtoyés depuis son enfance, des textures, des matériaux et des formes qui lui sont familiers tels que l’os, les plumes de poulet… inspiré du magasin de son père, commerçant de poulets à Tétouan. Le tout pour s’interroger sur la vie moderne, l’urbanisation et la mondialisation.

De l’humour également dans le travail de Yassine Balbzioui, co-comissaire de l’évènement et exposant. «Dans l’art contemporain, on ne rigole pas assez», déclare l’artiste, qui préfère dénoncer, par le rire, les questions qui nous paraissent navrantes. Ses dessins facétieux et décalés, sont peuplés de personnages masqués et de créatures anthropomorphiques subtilement inquiétantes. Comme si Tom et Jerry s’étaient glissés dans un film d’horreur d’une série Z.

 

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