Analyse

Cigarette: Le poids de la contrefaçon et des marques blanches

Par Amin RBOUB | Edition N°:5128 Le 17/10/2017 | Partager
Nouveau mode opératoire dans le transport et la répartition des volumes
Le port de Jbel Ali, une plaque tournante pour l'export de marques illicites
Les nouvelles techniques de «contrebande de fourmis»
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Certes il y a eu une nette réduction des volumes en provenance de l'Algérie, mais les flux empruntent d'autres routes à travers le Niger, la Libye... via la Mauritanie

Pire que la contrebande, la cigarette de contrefaçon gagne aussi le Maroc. Ce type de produit est encore plus nocif du fait qu'il n'y a aucune traçabilité ni sur les process de production, ni sur les substances et les dosages utilisés, encore moins sur la qualité et le respect de normes en vigueur, voire les conditions de conservation et autres manipulations en cours de route. Selon un producteur, des quantités importantes de ce produit sont écoulées au Maroc.

Elles proviennent essentiellement de Chine et des pays de l'Asie du Sud-Est, ou encore l'Europe de l'Est. Autres pays producteurs, le Vietnam, les Philippines... Généralement, la marchandise transite via le port de Jbel Ali (Emirats arabes unis), qui est une zone franche, une plaque tournante à la réexportation à l'échelle mondiale. Ce type de contrefaçon imite essentiellement des produits de Philip Morris, a fortiori les Marlboro, ou utilise des appellations et un design similaires à ceux des marques légales. Parmi ces marques, figurent Mikado, Dunston...

Parallèlement à ce phénomène qui évolue dans le faux et usage de faux, il y a ce que les spécialistes du tabac manufacturé appellent «l'illicit Whites» (traduction: les marques blanches illicites). Il s'agit là, selon le cabinet KPMG, de «cigarettes généralement fabriquées dans un pays ou marché, mais qui passent sous forme de contrebande en cours de transit vers le marché destinataire et sont vendues sans paiement de taxes, ni droits de douane».

Les marques blanches sont commercialisées dans des paquets qui ont souvent un étiquetage type «Duty Free». C'est-à-dire des produits détaxés et sans droits de douane ou un étiquetage non identifiable, précisent les consultants. On en trouve des cartons à Casablanca, commercialisés par des détaillants, surtout dans la vieille médina à Bab Marrakech, Hay Mohammadi, Derb Soltane, voire ailleurs.

En plus des nouvelles voies qu'empruntent désormais les réseaux de contrebandiers, il y a également un changement dans le mode opératoire. Si par le passé, des volumes importants transitaient via des convois de camions et non sans complicités de tous bords... Aujourd'hui, des changements de fond sont opérés au niveau de la logistique, le transport et des combines mises en œuvre par les trafiquants. Selon KPMG, d'importantes cargaisons de marchandises illicites sont de plus en plus réparties en différents petits colis.

Ils sont transportés via une nouvelle formule dite «petite quantité et fréquemment» pour échapper à toute détection. Ce faible volume et cette méthode de la fabrication élevée adoptent un modus operandi différent appelé: «la contrebande de fourmis». En clair, le recours à des véhicules plus petits, plus discrets et en petits paquets banalisés, voire avec des noms de produits locaux.

Et pour échapper à la détection, certains réseaux enfouissent la marchandise à proximité des frontières et fournissent à leurs homologues transfrontaliers les coordonnées via GPS. Ce qui démontre la sophistication des méthodes et le niveau élevé de coordination entre réseaux.

L'essor du commerce illicite

Selon le cabinet KPMG, les cigarettes, en premier lieu, ont longtemps fait l’objet de contrebande au Maghreb. Légères et faciles à transporter, tout en conservant la demande constante des consommateurs, au cours des dernières décennies, elles ont été le produit de prédilection des contrebandiers. La région du Maghreb a été une filière de contrebande de plusieurs types de marchandises pendant plusieurs siècles. Depuis quelques années, un éventail de produits fait l’objet de contrebande dans une région caractérisée par de grands espaces, peu peuplés et des frontières fermées. Les cigarettes, ainsi que les produits subventionnés tels que le carburant et les denrées alimentaires, représentent la majeure partie de cette activité, entraînant ainsi des variations en termes de prix et de disponibilités. Autre constat non moins important, le commerce illicite est en plein essor car le commerce transfrontalier licite est asphyxié par la bureaucratie et les frontières fermées. Il s’agit ici de la production illicite, du transport ou de la vente d’autres produits licites... Le contexte de crises géopolitiques à la suite des transitions agitées du printemps arabe ont modifié la dynamique politique, économique et sécuritaire, l’ouverture des itinéraires et marchés existants.

 

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