Culture

Festival de Fès de la Culture soufie: Al Shustari, Rumî, Attar… ressuscités à Jnane Sbille

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5127 Le 16/10/2017 | Partager
Marwane Hajji, Abir El Abed, Farida Parveen…enchantent à l’ouverture
Des pensées collectives et tolérantes à la Bouananya aussi
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La rencontre originale entre Farida Parveen et l’ensemble des chants du samaâ de Fès a ressuscité Al Shustari, Rumî, Attar… à Jnane Sbill. La création est signée Abdallah Ouazzani (Ph. YSA)

La 10e édition du festival de Fès de la Culture soufie a démarré, samedi dernier, dans la spiritualité, l’ouverture, la tolérance et la communion… Loin de la peur suscitée ce 14 octobre par l’arrestation de présumés terroristes dans la capitale spirituelle, l’événement de Faouzi Skali donne des solutions aux extrémismes en s’inspirant de la civilisation de l’Islam clairvoyant qui a transcendé l’Orient, venant du Machrek au Maghreb, et imprégnant l’Occident et l’Inde parmi d’autres horizons.

Pour le président du festival, «le soufisme s’enracine et se renforce au fil de siècles d’histoire et constitue de fait la trame vivante, et sans cesse renouvelée, de la civilisation de l’Islam». Cette dernière a pris plusieurs colorations, d’abord en épousant différents «terroirs» culturels, ainsi que par ses rencontres avec d’autres religions et spiritualités.

Cette même trame culturelle et spirituelle du soufisme fut sans doute à l’origine de la symbiose particulière entre les trois traditions abrahamiques. Cette heureuse union fut celle de l’Andalousie qui, pendant près de huit siècles, a transmis une part importante de son patrimoine au Maghreb, et plus particulièrement au Maroc, dont la culture actuelle porte encore les traces de cet héritage.

Lors de sa 10e édition, le festival de la Culture soufie promet de revisiter l’époque du grand mystique Ibn Arabi, ou encore Ibn Battuta et son voyage de la «Futuwwa» (corporations basées sur la notion de la chevalerie spirituelle) reconnus pour leur hospitalité légendaire. En chemin, les festivaliers rejoignent, par la pensée et les chants soufis, un autre voyageur, Al Biruni, qui a dédié un livre magnifique à ses relations de voyages en Inde, mais aussi les personnages d’Abdelkader  Al Jilani, Attar, Rumî et d’autres «saints» qui ont forgé l’histoire de la culture soufie.

C’est ainsi que le festival, sous le thème: «Le soufisme à la rencontre des sagesses du monde: la route du soufisme du Maroc vers l’Inde», a débuté samedi dans la somptueuse medersa Bouananya. Organisé en partenariat avec l’association Fès-Saïss et le groupe Eco-Médias, l’événement qui est placé sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, réunit des experts de divers horizons. Parmi ces derniers, Courtney Erwyn, une avocate et islamologue américaine, mais aussi Rbatie, habituée aux rencontres de Skali, pour qui «dans une conjoncture dominée par l’individualisme, le Maroc, et Fès en particulier, représente aujourd’hui un havre de spiritualité et d’ouverture».

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Le jeune artiste Marwane Hajji, surnommé ambassadeur du samaâ, a enchanté le public de Jnane Sbill à l’ouverture du festival. Il s’est produit devant près de 1.000 festivaliers (Ph. YSA)

Selon la jeune femme, qui parle couramment l’arabe, «le soufisme a trouvé au Royaume un terreau fertile. Il a dans son essence cette capacité de promouvoir la culture de la spiritualité, de jeter des ponts entre les peuples et les civilisations». Même son de cloche auprès de l’écrivain britannique Andrew Harvey, qui propose de «replonger dans les sources profondes de la religion pour apporter des réponses aux dangers qui guettent l’humanité».

Outre la réflexion, le festival confectionne des rencontres autour d’un langage universel qu’est le chant et la musique. En ce sens, la paix de l’âme, la convivialité et le voyage spirituel des grands savants comme Shustari, Rûmi et Ibn Arabi ont été contés lors d’un spectacle-création imaginé et mis en scène par l’éminent prêcheur, Abdallah Ouazzani.

Ce dernier a invité à sa création «Hommage à Al Shustari: souffles de l’amour divin, du Maroc vers l’Inde», Marwane Hajji, Abir El Abed, Farida Parveen et des musiciens andalous. Ce fut un spectacle d’une grande qualité. Il a accueilli près de 1.000 mélomanes marocains et beaucoup d’étrangers.

Programme

Du 14 au 21 octobre, tous les jours auront lieu une conférence la matinée et une autre l’après-midi. Des conférenciers du Maroc et d’ailleurs débattront du soufisme et ses multiples aspects. Côté chant, le public aura rendez-vous tous les soirs avec les différentes Tariqas du Maroc: Qadiriya, Darqawiya, Harraqiya, Naqshbandiyya, Sharqawiya, Wazzaniya et Sqalliya se succèderont sur scène. Le programme de ce lundi prévoit ainsi deux conférences sur «La place du soufisme dans la culture arabe contemporaine», et «L’interprétation du Coran dans une perspective spirituelle». Le spectacle du soir sera animé par Farida Parveen et la Tariqa Qadiriya Boutchichiya.

 

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