Entreprises

Les médecins privés menacent d’une grève

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5127 Le 16/10/2017 | Partager
Les syndicats contestent le manque de concertation de la tutelle
Ils comptent saisir la Primature

Le Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP), l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) et le Collège syndical national des médecins généralistes libéraux (CSNMGL) pointent du doigt le manque de concertation du ministre de tutelle qui, selon eux, va à l'encontre de la Constitution et des recommandations du chef de gouvernement. «Nous n'avons à aucun moment fermé la porte du dialogue.

C'est plutôt la tutelle qui ne répond pas», prenant en exemple une lettre de proposition de reprise du dialogue de mai 2017 restée sans suite. A la veille d'une assemblée générale le 12 octobre, le collectif a précisé que la riposte à l'attitude de la tutelle relève des prérogatives de l'assemblée générale souveraine des trois instances. Contacté par L'Economiste au lendemain de l'assemblée, Dr Saâd Agoumi précise les décisions à l’issue de la réunion.

«L'AG nous a demandé de saisir en urgence la Primature. L'assemblée a surtout donné toute latitude de décision aux bureaux des 3 instances, pour décider de la conduite à tenir et des actions à mener si la porte du dialogue reste fermée». En somme, toute décision de grève, sit-in ou autre action, relève des bureaux, par transfert de compétence de l'assemblée générale. Les bureaux vont donc saisir pour la énième fois la Primature.

«Nous allons lui accorder un court délai (une semaine, maximum 15 jours). S'il n'y a pas de réaction allant dans le sens de l'assainissement de la situation dans sa globalité, il y aura certainement des grèves à répétition, des blocages de services, cliniques, fermetures de cabinets... et peut-être à des sit-in répétés. Nous n'allons pas baisser les bras, parce que la situation est très critique», explique Dr Saâd Agoumi. Autant dire que la tutelle aura du pain sur la planche pour apaiser la corporation.

Le collectif formule une série de griefs parmi lesquels on peut noter le déséquilibre de l’offre de soins entre le privé et le public... Les syndicats pointent du doigt les facilités accordées aux investisseurs non-médecins dans le secteur de la santé. «Ils n’ont jusqu’à ce jour effectué aucun investissement dans les zones éloignées souffrant de déficit de soins.

Ce qui va à l’encontre des déclarations du ministre lors de la préparation de la loi 131/13», regrettent les syndicalistes. Dans le même élan, ils lancent l’appel pour la mise en place d’un Conseil supérieur de la santé et des assises de la santé. «Nous plaidons pour la tenue d’assises nationales non politisées. Qui réfléchissent sur le long terme à une stratégie sur 10 ans, voire 20 ans, et non sur 5 ans, en fonction d’enjeux politiques ou d’élections», soutient Jaâfar Heikel, syndicaliste.

Au cœur des protestations

Au centre des revendications de ce collectif syndical, figure la revalorisation des tarifs des prestations médico-chirurgicales. En effet, les tarifs ont été gelés depuis 2006 pour l'AMO et 2002 pour la CMIM et la FMSAR. Situation que déplorent les médecins et cliniques privés. «Nous souffrons de ce blocage et sommes obligés de considérer le coût réel des prestations avant de les facturer, opération que le ministère de la Santé et l'ANAM ont toujours contestée. Ce que les patients considèrent comme surcoût de facturation vient en fait de ce gel», explique Saâd Agoumi, président fondateur du CSNMSP. En attendant, le citoyen est le premier pénalisé. Il débourse de sa poche 54% de la dépense en soins. Tandis que l'AMO ne lui rembourse pas plus de 40% en moyenne.

 

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