Economie

ALE Maroc-Canada: «Pourquoi nous y croyons fortement»

Par Amin RBOUB | Edition N°:5126 Le 13/10/2017 | Partager
Energie propre, mobilité durable, aéronautique, intelligence artificielle, services...
C'est un accord progressiste qui intègre les jeunes, le genre, l'éducation, la société civile...
Prochaine étape: la signature des accords
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«Justin Trudeau, mon Premier ministre, m'a chargé de rendre le commerce international le plus inclusif possible, de façon à ce qu'il devienne plus accessible aux gens. Cela veut dire créer des emplois pour la classe moyenne, offrir aux consommateurs les meilleurs choix possibles au meilleur prix, permettre aux PME d'accéder au commerce mondial...», soutient François-Philippe Champagne, ministre canadien du Commerce international (Ph. Khalifa)

Après sa participation à la rencontre de l'OMC, tenue en début de semaine à Marrakech, François-Philippe Champagne, ministre canadien du Commerce international, fait le bilan de l'état d'avancement des négociations avec le Maroc, des procédures et formalités avant la signature de l'ALE Maroc-Canada.  

- L'Economiste: Après plusieurs rounds de négociations, êtes-vous avancés avec vos homologues marocains pour signer l'ALE?
- François-Philippe Champagne:
Alors là je vais commencer par un scoop: c'est bon pour l'ALE. Je viens d'avoir des échanges positifs avec le ministre marocain du Commerce. Il y a de multiples enjeux pour les deux pays. Pour nous, il est fondamental d'insister sur la modernisation de l'accord. Car il s'agit là d'un accord progressiste. C'est ainsi que l'on procède au Canada et cela permet d'avoir à la fois la dimension sociale et politique. Nous avons des agendas très ambitieux pour le commerce. Parmi les enjeux de cet accord-là, il y a des aspects liés notamment à l'égalité des genres pour promouvoir la place des femmes dans le commerce. En accordant toute la place à la femme aussi bien dans le milieu des affaires, le commerce que dans la société civile, l'on donne plus de sens et de vigueur à nos échanges. Avec ce type de standards dans les accords, nous en optimisons les retombées. Pour nous, la dimension inclusive est très importante. C'est aussi valable pour les jeunes, le commerce électronique, les PME...
- Pourquoi vous insistez sur les jeunes, la femme... dans les clauses des accords?
- La prise en compte des jeunes, des femmes, des petites et moyennes entreprises ou encore de la société civile... leur permettra de faire partie de ce grand agenda du commerce. L'enjeu est de les réconcilier avec le commerce international. Mon Premier ministre (ndlr: Justin Trudeau) m'a chargé de rendre le commerce international le plus inclusif possible, de façon à le rendre accessible aux gens. Cela veut dire créer des emplois pour la classe moyenne, offrir aux consommateurs les meilleurs choix au meilleur prix, permettre aux PME d'accéder au commerce mondial...

- Concrètement, à quelle échéance l'ALE sera opérationnel et quels en sont les enjeux pour les deux pays?
- La signature et la vitesse d'exécution dépendent aussi de nos homologues marocains. Il y a une étude qui a été réalisée sur les services et l'investissement, pour savoir comment le Maroc compte approcher ces questions-là. C'est un dossier que nous suivons de très près côté canadien. Mais nous avons aussi fait des propositions au Maroc sur l'aspect progressiste de l'accord.

- C'est à dire...
- Pour nous, un accord de ce type devra intégrer des éléments progressistes. Il s'agit d'aspects liés à l'environnement, le droit des travailleurs, les mécanismes de résolution des différends, le chapitre sur le genre... Ceci dit, je pense que c'est une opportunité unique qui s'offre au Maroc, puisqu'il sera le 1er pays d'Afrique à signer un accord progressiste de commerce avec un pays du G7.

- Le Maroc est signataire d'ALE avec 55 pays dont il ne tire pas suffisamment profit. C'est le cas avec les Etats-Unis, l'UE... Comment  éviter des échanges asymétriques avec le Canada?
- Justement, le monde d'aujourd'hui est plein d'invisibilité et d'imprévisibilités. Et le Canada demeure un partenaire de choix, car c'est un pays prévisible, stable, où les règles de droit sont bien établie, le système bancaire passe au travers des crises financières. Autre particularité, le Canada est une société inclusive qui chérit la diversité et la considère comme une richesse. Du côté du Maroc, il y a tellement d'opportunités dans les phosphates, l'agriculture, le tourisme, les grandes manufactures... Autant de facteurs qui inscrivent cet ALE dans une logique gagnant-gagnant. De plus, le Canada est un partenaire qui veut trouver des solutions et inscrire les échanges dans la durée.

- Comment optimiser l'offre exportable dans les deux sens?
- En plus des acquis, il y a un potentiel dans les manufactures de pointe, les partenariats, les joint-ventures... Il y a l'exemple de Bombardier dans l'aéronautique, le transport, le ferroviaire... Je pense que c'est une nouvelle frontière qui s'ouvre pour mieux partager la chaîne de valeurs. Nous attendons la visite d'une délégation ministérielle et d'hommes d'affaires marocains pour explorer de nouvelles niches au niveau des échanges. Il y a aussi un potentiel dans les services financiers, les IT. Montréal est le centre de l'intelligence artificielle. S'y ajoutent le potentiel dans les énergies renouvelables, le green business, la mobilité électrique...

- Le Canada accueille une importante communauté marocaine. Quel rôle peut jouer cette diaspora pour relayer des JV, des échanges...?
- C'est à partir de là où les échanges commencent. Il y a 100.000 ressortissants d'origine marocaine basés au Canada. Ce noyau qui connaît très bien le Maroc peut accompagner des joint-ventures, optimiser l'import-export, les échanges sur des matières premières. Il y a aussi tout un potentiel dans l'économie du savoir, ou encore le commerce sur le marché francophone. De plus, la RAM a une connexion directe avec Montréal, la porte d'entrée de l'Amérique du Nord. Il y a aussi près de 2.400 étudiants marocains inscrits dans des écoles et universités canadiennes. D'ailleurs, le ministre marocain du Commerce a fait ses études à l'Université de Sherbrooke.

Bombardier: «La vitrine»

«Bombardier Maroc est une expérience heureuse», insiste le ministre Champagne. Il faut toujours qu'une première entreprise puisse s'installer et prouver que la main-d'oeuvre qualifiée est là, que la qualité des produits est irréprochable... Le groupe Bombardier en a fait la preuve. Aujourd'hui, Bombardier, c'est 36.000 salariés dans le monde. L'écosystème aéronautique canadien assure 200.000 emplois, et pèse pour 300 PME. De surcroît, le Canada est le 3e centre de fabrication mondiale dans l'aéronautique. C'est un bon exemple de réussite.

Propos recueillis par Amin RBOUB

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