Economie

Alerte sur le déficit du compte courant

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5126 Le 13/10/2017 | Partager
Il pourrait frôler 5% du PIB en 2018
Moins d'emplois et croissance au ralenti
Les prévisions de la Banque mondiale
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Après la reprise, la croissance ralentira en 2018. La prévision la plus optimiste est celle du ministère des Finances: 3,2% contre  3,1% pour la Banque mondiale et 2,9% par le Haut-commissariat au plan. Ces prévisions montrent encore une fois que le rythme de croissance  manque de régularité et dépend du cycle agricole. Le PIB non agricole, dont la croissance est estimée à 3% en 2018 par l'institution internationale qui vient d'actualiser ses prévisions, ne suffira pas à accélérer la croissance économique.

Ce ralentissement s'accompagnera par une faible création d'emploi. Les postes qui seront créés par les nouveaux secteurs industriels et les services n’arriveront pas à absorber les entrants sur le marché.  A moins que la stratégie pour l'emploi du gouvernement ne produise des miracles, il faudra s'attendre à une hausse du chômage l'année prochaine. Au deuxième trimestre 2017 (derniers chiffres disponibles), le taux de chômage a augmenté de 2 points, passant à 9,3% et 4.000 postes ont disparu dans l'industrie.
Dans les villes en particulier, le chômage des jeunes et des femmes atteint des niveaux alarmants:  23,8% pour les femmes, 40,3% pour les 15-24 ans, 21,4% pour les 25-34 ans et 19% pour les diplômés. Le Maroc qui a fait le choix d'une politique budgétaire prudente sera également confronté à une augmentation du déficit courant. Même si les transferts des MRE  et les recettes touristiques restent dynamiques, le déficit financier restera élevé, à environ 5% du PIB. Deux éléments expliquent cette situation: la hausse de la facture énergétique et l'accroissement du rythme de développement des industries tournées vers l'export se traduisant par une augmentation des importations d'intrants.

Ce qui renvoit encore une fois à l'éternel débat sur le taux d'intégration. Les écosystèmes prévus par le Plan d'accélération industrielle pourrait à long terme limiter ces impacts. L'enquête du HCP sur les structures économiques a relevé que le taux d’intégration du tissu industriel  a atteint 65% en 2014 mais avec des disparités entre les différentes branches (cf. L'Economiste n° 5125 du jeudi 12/10/2017). Le plus faible taux est observé dans l’automobile: 33% et qui serait aujourd'hui à plus de 50, selon le ministre de l'Industrie. La fabrication d'équipements électriques est à 37% de taux d'intégration contre 86% pour les industries agroalimentaires et 69% pour le textile et cuir.

Dans son analyse sur la situation économique du Maroc, la Banque mondiale est revenue à la charge sur les risques et défis qui guettent le pays. Elle pointe les disparités spatiales en matière d’accès aux services et aux infrastructures: «Le développement économique inégal, combiné à une mauvaise coordination entre les organismes centraux et locaux, est à l’origine des retards qu’accusent de nombreuses régions dans le domaine de la prestation de services, en particulier les zones pauvres». Elle met en garde contre les risques d'accroissement «de la grogne sociale» en raison des retards dans la mise en œuvre des réformes clés, dont celles de nature budgétaire et structurelle.

De même la «longue transition» du taux de change impacterait les marchés et  pourrait «potentiellement abaisser les niveaux du compte courant et des réserves». Prévu pour le deuxième semestre 2017, le  passage à un régime de change plus souple a été reporté in extremis. Plusieurs raisons sont avancées: les tensions à Al Hoceïma,  les attentes d’une nouvelle détérioration des finances publiques et des équilibres macroéconomiques ainsi que la contraction des réserves en devises.

Les faiblesses du modèle de croissance

Le modèle de croissance au Maroc souffre de la faible productivité et du rendement de l'investissement. La Banque mondiale parle plus exactement «du faible rendement de l’accumulation de capital lié à l’inefficacité de l’investissement du secteur public». Depuis 2005, le lancement de nombreux projets d’infrastructures et d’équipements ont porté l’investissement public à environ 50% de la formation brute du capital fixe. La répartition de la main-d'œuvre par secteur est également mise en cause puisqu'elle fait obstacle  aux gains de productivité. En ce sens que les politiques publiques (incitations sectorielles par exemple)  peuvent être à l'origine de distorsions économiques dans les décisions  d’investissement du secteur privé et in fine à la réalisation de gains de productivité.
Pour l'institution internationale, le maintien de la croissance de la productivité nécessite un accroissement de la mobilité du travail et du capital des entreprises à faible valeur ajoutée vers celles à forte valeur ajoutée. La réaffectation du capital et de la main-d’œuvre des sous-secteurs agricoles stagnants vers des secteurs à productivité plus élevée est également recommandée. Autre point, la qualité de l’éducation, qui constitue l'obstacle aux changements, doit être améliorée.

 

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