Economie

Dialogue social: Les bonnes intentions ne suffisent plus

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5122 Le 09/10/2017 | Partager
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«La flexibilité réclamée par le patronat permettra au chef d’entreprise de licencier plus facilement sans même verser les indemnités de licenciement qui sont à caractère dissuasif» (Ph. Jarfi)

El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT, prévient que les organisations syndicales attendent des mesures concrètes en particulier par rapport à l’amélioration du pouvoir d’achat. Il demande au gouvernement de changer d’approche vis-à-vis du mouvement syndical en garantissant la liberté et les droits syndicaux.

- L’Economiste: Quelles propositions concrètes attendez-vous du dialogue social qui s’ouvre aujourd’hui?
- El Miloudi El Mokharek:
Nous sommes pour  un dialogue sincère qui aboutit à des résultats concrets. Nous avons expliqué au chef de gouvernement  que nous attendons des réponses à nos revendications, lesquelles sont connues.
L’invitation officielle du chef de gouvernement précise deux points:  un exposé sur les grandes orientations du projet de loi de finances et les demandes des syndicats et de la CGEM. Nous sommes face à un choix: soit refuser l’invitation puisque le gouvernement n’avait pas tenu compte de nos exigences, soit accepter puisque le projet de la loi de finances intéresse les salariés. Surtout que nous revendiquons une baisse de l’IR, une augmentation générale des salaires des fonctionnaires et l’amélioration du régime indemnitaire. Ces dossiers ne peuvent être discutés que dans le cadre de la loi de finances…
 - La présentation des orientations du projet de la loi de finances aux syndicats   annonce-t-elle un changement dans les rapports avec le gouvernement?
- Cet exercice est prévu dans l’accord du 26 avril 2011 conclu avec le gouvernement El Fassi. Au moins deux réunions par an doivent être organisées. Une en octobre pour examiner les éventuels changements à apporter au projet de loi de finances. Et la deuxième au mois d’avril pour annoncer les augmentations de salaire ou des mesures en  faveur des salariés à la veille de la fête du travail. C’est une bonne initiative. Mais c’est  la prise en compte de nos demandes qui constituera un signe de bonne volonté.

- Une refonte de la grille IR paraît difficile surtout que le gouvernement serait sur le point de réaménager l’IS?  
- Avec le gouvernement Benkirane nous étions sur le point de parvenir  à un accord pour baisser l’IR de 2 points. Le ministre des Finances avait même  présenté des simulations techniques. Nous avons estimé qu’une baisse de 2 points était une bonne chose mais qu’elle devait être accompagnée par un réaménagement des tranches. Nous allons réitérer cette demande car la pression fiscale sur les salaires est élevée comparativement  aux revenus professionnels. Nous demandons aussi la déduction des frais de scolarité de l’assiette de l’IR pour les ménages.  Ils paient les impôts mais en face  ils n’ont pas droit aux services qu’il faut. Ils sont donc doublement pénalisés. Le ministère des Finances avait réalisé une étude sur cette mesure. Elle est possible et réalisable.

- Vous restez toujours focalisé sur les augmentations de salaire au détriment de la formation par exemple.
- Le but de toute organisation syndicale est la défense du pouvoir d’achat des salariés.  Nous avons des revendications liées à l’amélioration des conditions de vie et à la formation  tout au long de la vie.
Nous estimons par exemple que l’indemnité pour perte d’emploi a été détournée de son objectif, la réinsertion professionnelle des salariés ayant perdu leur emploi. Et ce via  leur inscription à l’Anapec, la réalisation d’un bilan de compétences et la prise en charge par l’OFPPT. Au prochain conseil d’administration de la CNSS, nous allons poser le problème et conditionner le versement de l’IPE par la formation et prise en charge par l’OFPPT. Nous voulons de la vraie réinsertion professionnelle.
- Vous êtes toujours opposés à la loi sur les syndicats?
- Ce texte n’a été revendiqué par personne. C’est de l’excès de zèle d’un ministre de l’Emploi qui voulait s’aligner sur la loi sur les partis politiques. Les syndicats sont gérés par un texte datant de 1957 et  le code du travail compte un titre dédié à leur fonctionnement. C’est de l’ingérence  dans les affaires syndicales et dans leur fonctionnement. Ce n’est pas dans l’intérêt du pays de museler les  organisations syndicales. Il faut laisser les syndicats indépendants et forts pour qu’ils puissent jouer leur rôle d’encadrement des travailleurs.
- Peut-on parler d’indépendance alors que vous dépendez financièrement de subventions de l’Etat?
- Nous gardons notre entière indépendance dans la prise de décision. La subvention de l’Etat permet aux organisations syndicales de jouer leur rôle sur le plan international . N’oublions pas qu’au niveau international, les syndicats sont faiseurs d’opinions. Nous devons être présents dans toutes les conférences  internationales, africaines et arabes pour défendre les intérêts du Maroc. Nos ressources viennent aussi des cotisations de nos adhérents. Ceci étant, nous recevons également une subvention lors des élections professionnelles. Et un rapport avec les justificatifs est remis à la Cour des comptes.

Flexibilité

Souhaitée par le patronat, la flexibilité est rejetée par les syndicats.
«Nous sommes contre le licenciement déguisé sous l’appellation flexibilité et opposés au remplacement des contrats à durée indéterminée  par des CDD», souligne le secrétaire général de l’UMT.  Il explique que le code du travail compte 15 mesures sur la flexibilité.  Et donc une entreprise en difficulté peut mettre en place un plan social. Les conventions collectives peuvent également  fixer les modalités «d’allégement de la masse salariale de l’entreprise».

Aucune mesure en faveur des salariés

«Nous jugeons le gouvernement par les actes et décisions prises vis-à-vis des salariés». Pour le patron de l’UMT, il est regrettable de constater que le bilan des 100 jours ne compte  aucune  mesure en faveur des salariés. La mesure sur la légalisation reste un acte administratif «des plus simples qui pouvait être  pris par un arrêté du ministre de l’Intérieur».  L’UMT  recommande au gouvernement de changer  d’approche vis-à-vis du mouvement syndical et des salariés.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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