Culture

Palest’In&Out: Voir la Palestine autrement

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5118 Le 03/10/2017 | Partager
Le festival franco-palestinien délocalisé à Casablanca le temps d’un week-end
Une scène contemporaine, créative et audacieuse
Des rencontres avec des artistes marocains
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 L’exposition «Rebuild the bond», des lauréats et mentions spéciales en arts visuels du Prix Palest’In & Out des années précédentes. Une  création contemporaine où la thématique de l’occupation israélienne est traitée d’une manière beaucoup plus subtile que par les artistes de la génération précédente (Ph. Ahlam Maroon/L’Uzine)

C’est une Palestine jeune, créative, urbaine et contemporaine qui a investi les murs de l’Uzine, dans le quartier de Aïn Sebaa à Casablanca. Le centre culturel de la fondation Touria et Abdelaziz Tazi, accueillait ce week-end Palest’In&Out, le festival de l’art contemporain palestinien à Paris. Organisé par l’Institut culturel franco-palestinien (ICFP), le festival multidisciplinaire entend depuis 2015 «révéler la création palestinienne dans ce qu’elle a de plus contemporain, dans ses formes d’expressions, dans les sujets qu’elle aborde», affirme sa directrice Amina Hamshari.

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L’auteure compositrice palestinienne Kamylia Jubran, en master-class à l’Uzine, fait partie des artistes confirmés qui soutiennent l’initiative (Ph. Ahlam Maroon/L’Uzine)

Il s’agit d’une fenêtre ouverte sur la nouvelle génération des créateurs palestiniens. Contemporains, éclectiques, détonants et  surtout très audacieux, ils sont tous porteurs d’une nouvelle vision décalée et surtout plus distanciée du fait politique et de la cause nationale. Car si la production artistique de leurs aînés était essentiellement portée par l’idée d’un projet national servant de vitrine à la résistance et s’inscrivant dans un projet visant à soutenir la cause palestinienne, la nouvelle génération, elle, entretient un rapport beaucoup plus subtil, bien que très présent, avec cette même cause.

Les jeunes artistes n’hésitent plus à traiter de sujets universels, telles que les libertés individuelles, l’égalité homme/femme, ou la radicalisation de la jeunesse. Ils viennent de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem, des camps de réfugiés ou de la diaspora. Chacun, par le biais de sa propre expérience, porte un regard critique ou utopique sur son pays, mais tous tentent de changer le regard et de surmonter les stéréotypes qui affectent encore la Palestine. Point d’images sanglantes de guerre, donc, mais un questionnement poignant sur la réaffirmation de l’identité multiple et trop souvent niée, sur l’enfermement, l’exil intérieur, les notions de limites et de frontières qui parsèment la création palestinienne.

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Véritable phénomène de l’underground palestinien, Sama est la première femme dj palestinienne, Elle a importé le mouvement techno à Ramallah et performe aujourd’hui dans plusieurs scènes internationales (Ph. Ahlam Maroon/L’Uzine)

Des questions posées par des artistes qui peuvent rarement se rencontrer eux-mêmes du fait de la fragmentation du pays imposée par l’occupation israélienne. Photographie, cinéma, musique électronique ou acoustique, master class et tables rondes, la programmation  a alterné jeunes artistes et artistes confirmés, soutenant l’initiative.

C’est le cas de Kamylia Jubran, la doyenne de la chanson contemporaine palestinienne, venue partager avec le public casablancais, son parcours, ses inspirations, ses motivations… lors d’une master-class très fusionnelle. Des rencontres avec des artistes marocains, comme le percussionniste Mehdi El Kindi qui a partagé la scène avec Saied Silbak au piano et Akram Haddad au oud, dans un concert acoustique dans lequel les deux artistes palestiniens nous plongent dans les dilemmes sociaux et culturels au cœur de la société palestinienne. Parmi les temps forts de l’évènement, la performance de l’artiste emblématique de la communauté underground palestinienne, Sama, première dj femme en Palestine.

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Le caractère intime de la manifestation a permis de réels échanges entre le public, essentiellement composé de jeunes, et les artistes palestiniens (Ph. Ahlam Maroon/L’Uzine)

Indépendante, déterminée, celle qui a  importé le mouvement techno à Ramallah témoigne, derrière ses platines, par sa musique pétrie de deep house, de techno, de dubstep et d’expérimental, de l’irrépressible désir de liberté de la jeunesse de Palestine, mais aussi de l’émancipation des femmes dans la région. Elle s’est produite samedi 30 septembre avec le musicien amazigh, Youness Baami. Pendant ces trois jours, des séances de cinéma, des lectures de poésie, une exposition mais aussi une table ronde sur les arts visuels au Maroc, en Palestine et en Syrie avec les plasticien(ne)s Randa Maddah, Zineb Benjelloun et Simohammed Fettaka ont occupé les murs de l’Uzine.

Est-il facile d’organiser un évènement sur la culture palestinienne de cette ampleur? «Nous avons été confrontés à des difficultés administratives, dont un centre culturel ou une association pourraient bien se passer. Des œuvres ont été bloquées à la douane par exemple et puis surtout des difficultés qui illustrent parfaitement les obstacles auxquels sont confrontés les artistes palestiniens aujourd’hui et qui sont de l’ordre de la mobilité puisque plusieurs d’entre eux n’ont pas pu faire le déplacement.» précise Maria Daïf, la directrice de l’Uzine, qui, pas découragée pour autant, annonce adopter le principe de pays invité, pour chaque ouverture de la saison culturelle.

 

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