Société

Women in Africa: Aller bien au-delà du micro-business

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5116 Le 29/09/2017 | Partager
Place à des projets plus ambitieux
Un appel à candidatures lancé aux dirigeantes africaines
Porteuses de projets d’investissement de plus de 5 millions d’euros

Efficacité et diversité. Les maîtres mots des laboratoires de réflexion, qui ont été les temps forts de la 1re édition du sommet annuel Women in Africa, qui vient de baisser le rideau à Marrakech. Destinés à définir des feuilles de route sectorielles précises, ces «labs» ont porté sur six sujets clés pour l’Afrique: l’agriculture, l’énergie, l’entrepreneuriat, la finance, la nutrition et l’eau. Ils étaient plus de 150 à unir leur force pour plusieurs centaines d’idées générées.

Sur cette profusion de propositions, 17 initiatives ont été sélectionnées et 6 ont été succinctement présentées en clôture du WIA. Une condition: qu’elles soient duplicables partout dans le monde. Les participants à ces groupes de travail ont d’ailleurs souligné la franchise des consultants, qui n’ont pas hésité à rejeter toute solution non réalisable.

Dans quelques mois, des événements baptisés «Back from Morocco» (une idée volée à Davos) seront organisés pour diffuser les résultats de ces travaux dans plusieurs pays du continent et du reste du monde. L’objectif étant d’élargir cette communauté de compétences et d’engager la mise en œuvre de ces recommandations, en précisant les indicateurs pour surveiller et évaluer leur réussite. En parallèle, WIA travaille en partenariat avec des institutions pour présenter des rapports trimestriels et des études sur le leadership des femmes en Afrique.

Le premier laboratoire consacré à l’énergie a opté pour 3 solutions dédiées au transport, à l’accès à l’électricité et à la cuisson. Cet accès à l’énergie étant l’une des clés de libération des femmes. Celui concernant la nutrition a pensé à des outils pour calculer l’impact de l’investissement dans la nutrition sur les budgets étatiques. Définir un investissement gagnant garanti qui pèse sur tous les axes du développement durable. Dans ce groupe de travail, tous ont déploré l’absence criante d’une prise de conscience des gouvernements sur ce sujet.

Pour l’eau, il a été question de mettre en place une plateforme digitale réunissant l’ensemble des acteurs en Afrique dans ce domaine, de créer un incubateur pour des femmes championnes sur la bonne gestion de cette ressource, ou encore de rédiger une charte pour les institutions afin qu’elles s’engagent à promouvoir les femmes dans cette gouvernance.

Quant au «lab» sur l’entrepreneuriat, les participants ont planché sur des modèles de financement dédiés aux femmes entrepreneures, mettant en avant celles qui ont réussi dans leur business et qui se sont engagées à soutenir d’autres femmes et leurs petits projets pour en faire des entreprises exportatrices dans le monde entier. Car se limiter à la microfinance et à un micro-business, dès lors que cela concerne les femmes, fait grincer des dents. Elles entendent clairement aller plus loin.

Plusieurs convictions ont été soulevées en ce dernier jour. La première étant qu’il ne faut pas attendre l’aide des gouvernements, mais se retrousser les manches pour une Afrique plus prospère. Enfin, pour elles toutes, la principale ressource du continent sont les femmes, et la principale opportunité des femmes sont les autres femmes. Se faire confiance, se soutenir pour arriver à un cercle vertueux émaillé de modèles, connus et reconnus bien au-delà des frontières africaines.

Appel à candidatures

Organisé par WIA en collaboration avec One2five advisory, un appel a été lancé aux dirigeantes africaines porteuses d’un projet d’investissement d’un montant supérieur ou égal à 5 millions d’euros, tant pour la création que le développement de sociétés existantes. Outre leur solidité commerciale, les projets sélectionnés devront démontrer leur mise en valeur de la femme africaine au niveau économique, social et managérial. Les lauréates bénéficieront d’une adhésion de droit au WIA Club, d’un accompagnement en 2018-2019 pour mener à bien leur projet, ainsi que d’autres prix et récompenses. Pour la fondatrice de l’événement, Aude de Thuin, «les femmes africaines ont réussi le pari de la microfinance. Il est temps à présent de soutenir des projets plus ambitieux et c’est le sens de notre initiative». Aux côtés de la banque d’affaires One2five advisory, des partenaires comme BNP Paribas, OCP, Roland Berger, GreenWish, ou Essec Business School.

                                                                        

Verbatim

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■ Aude de Thuin, fondatrice du Women in Africa
«Sans les quotas, aujourd’hui obligatoires en France, nous aurions mis 170 ans pour atteindre la parité».

 

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■ Nadira El Guermai, gouverneure-coordinatrice de l’INDH
«Au départ, la représentativité féminine au sein de la gouvernance de l’INDH était de 6%, aujourd’hui nous sommes arrivés à 22%. La population marginalisée pour laquelle nous travaillons a mis du temps à nous faire confiance. Nous y sommes arrivés en les impliquant pleinement dans nos actions, car il n’est pas question de décider à leur place».

 

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■ Binta Toure Ndoye, PDG Orabank Mali
«En tant que femme banquière, j’ai le devoir d’octroyer des crédits, de prioriser tous les outils pour les femmes entrepreneures, car c’est le seul moyen pour elles de gagner en liberté».

 

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■ Eveline Tall, ex-DG adjointe Groupe Ecobank, Sénégal  
«Les femmes ont vu en moi la possibilité de gravir les échelons. Je viens tout juste de quitter Ecobank où j’ai travaillé pendant dix-sept ans. J’ai fait la preuve que l’on peut se hisser dans un milieu masculin, très masculin à mon époque. Cet héritage est essentiel».

 

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■ Lorenzo Pavone, coordinateur, Emerging Markets Network, OCDE
«L’importance des quotas est une évidence. Cela permet une participation bien meilleure des femmes. Pour autant, ce n’est pas suffisant pour arriver à ce qu’elles participent pleinement à la vie économique et politique. Il faut aller plus loin».

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■ Hafida Benghada, sénatrice en Algérie
«La mondialisation a tout changé. Nous les femmes avons accès au reste du monde maintenant. Cette ouverture permet surtout de faire évoluer les mentalités, et nous permet de nous rendre de plus en plus visibles dans nos sociétés actuelles».

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■ Nayé A. Bathily, consultante à la division de la communication de la Banque mondiale à Washington
«Nous avons besoin d’une réforme globale de nos politiques avec les femmes au centre du processus de décision».

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■ Takunda Chingonzoh, fondateur Techvillage, Zimbabwe
«J’ai vécu entouré par des femmes de caractère, ce qui m’a très tôt convaincu de leur force. L’intelligence est disponible pour tout le monde, alors que la réalité est bien différente. Nos sociétés patriarcales ne stimulent pas le travail des femmes, mais le changement est possible, à condition d’en avoir la volonté».

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■ Fatoumata Ba, fondatrice Jumia IC
«Les nouvelles technologies sont une formidable opportunité pour mettre les femmes en lumière, les rendre visibles. Nous menons des projets d’aide aux jeunes femmes pour les accompagner, par la formation, à développer leur petite affaire».

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