Société

La recette de Tamek pour réintégrer les détenus

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5115 Le 28/09/2017 | Partager
Lutter contre l'extrémisme rampant en inculquant une spiritualité modérée
Humaniser, encadrer pour réussir la réintégration
L’université d’automne de la prison de Ras El Ma, une des actions dans ce sens
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Mohamed Saleh Tamek et Driss El Yazami veulent humaniser les établissements pénitentiaires. La prison doit être l’école de la deuxième chance, une occasion pour réintégrer et réinsérer les détenus… (Ph. L'Economiste)

L’intégration des détenus est une nécessité. C’est ce qui ressort en effet de l’université d’automne organisée dernièrement à la prison de Ras El Ma. Initié par la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), l’événement a connu la participation d’universitaires, dignitaires et autorités locales.

Le choix de la thématique de cette rencontre s’est porté sur «la qualification spirituelle des pensionnaires des établissements pénitentiaires... Quel rôle dans l’immunisation et l’élévation de l’esprit?». Deux jours durant (20 et 21 septembre), les débats et réflexions se sont déroulés dans un cadre agréable, où prisonniers ont côtoyé universitaires, experts et artistes.

Pour Mohamed Saleh Tamek, «la lutte contre les idées obscurantistes est une priorité». Le délégué général de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion a souligné l’importance des valeurs sociétales universelles inculquées aux détenus. Selon lui, «la lutte contre le fondamentalisme et les idées obscurantistes, portées par nombre d’extrémistes, nécessite de recourir à la culture, à la science et aux valeurs sociétales universelles en tant que référence principale dans l’interprétation des textes religieux et dans l’adoption du code de conduite dans nos sociétés modernes».

Devant une centaine de pensionnaires de la prison de Ras El Ma, bénéficiaires de programmes de formation, Tamek a mis l’accent sur l’approche de la chose religieuse dans la société et surtout ce qui s’y rapporte en termes de relations sociales et humaines basées sur la différence constructive, la coexistence et la compréhension mutuelle.

«Cette thématique choisie pour cette édition tire sa pertinence de la gravité des problèmes dus à la recrudescence de l’extrémisme violent dans nos sociétés et qui pose des interrogations sur l’approche à suivre pour y faire face et promouvoir la tolérance et l’esprit des lumières», estime le délégué. Concrètement, ce dernier s’active pour améliorer l’encadrement des détenus, à travers des actions ponctuelles comme l’université d’automne de la prison de Ras El Ma, ou encore le festival culturel, tenu mi-septembre, à la prison locale de Khouribga au profit des pensionnaires d’origines africaines, en partenariat avec la Fondation du festival du cinéma africain de Khouribga.

Ces actions reflètent une dynamique renouvelée et un nouveau genre de programmes adoptés par la DGAPR, axé sur une pédagogie d’approche par compétences dans les programmes d’insertion, aussi bien culturels que d’enseignement. Et c’est de cette manière que l’on pourrait combler le fossé entre les pensionnaires et l’environnement extérieur.

Pour Driss El Yazami, président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), «Outre sa mission de mettre en application les décisions de la justice, dans le respect des règles de droit établies par les principes internationaux et les législations nationales, les établissements pénitentiaires sont appelés à combler ce fossé en assurant la qualification du détenu et le préparant à y vivre en toute harmonie». Ainsi, la qualification des pensionnaires des établissements pénitentiaires touche aux volets spirituel, professionnel, culturel, sportif et d’enseignement.

El Yazami encourage à étudier la catégorie visée avant d’envisager la mise en œuvre des programmes de qualification. Même son de cloche auprès de Azzedine Belmahi. Le coordinateur général de la fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus a noté que la Fondation qu’il représente «apporte attention et conseils spirituels aux personnes, en combattant les idées négatives qu’elles portent et en les encourageant à prendre leur destin en main, estimant que ces idées naissent souvent d’un sentiment de rejet».

Pour y remédier, les intellectuels et les hommes de religion doivent jouer leur rôle de diffusion des idées des lumières et du juste milieu, propose Belmahi. Et de poursuivre: «l’institution religieuse influe positivement sur la promotion des valeurs de modération et de diversité, loin de toute politisation…». L’humanisation des conditions au sein des établissements pénitentiaires n’est pas en reste. En fait, la prison doit être l’école de la deuxième chance pour les détenus.

A leur sortie, la responsabilité de leur réinsertion socio-professionnelle incombe à tous les secteurs gouvernementaux, aux entreprises et à la société toute entière, souligne Belmahi. «La conjugaison des efforts de toutes les parties permettra de mieux faire face au surpeuplement dans les centres pénitenciers, réduire le nombre de dossiers devant les tribunaux, réduire l’enveloppe budgétaire réservée aux prisons et former de bons citoyens contribuant au développement de leur pays», conclut-il.

Deux morts dans la prison Toulal 2

Malgré les efforts de la DGAPR, beaucoup reste à faire à Fès. En témoigne l’incident enregistré, lundi dernier, à la prison locale Toulal 2 à Meknès. Ici, un détenu classé «très dangereux» a commis un acte atroce avant qu’il ne soit abattu. Ce 25 septembre, tout a commencé vers 10h15min, au moment de la sortie pour la promenade, quand le détenu en question a montré une attitude agressive envers un groupe de fonctionnaires. Il a mortellement poignardé le chef de quartier. Pour le neutraliser, un autre fonctionnaire de la prison a fait usage de l’arme à feu. Au final, le prisonnier a succombé à ses blessures tout comme le chef de quartier. Aussitôt, la DGAPR s’est expliquée sur cette affaire. «Les tentatives de neutraliser le détenu ayant échoué et vu le danger que représentait son attitude agressive et criminelle et sa force physique hors du commun et les blessures profondes à la tête et au visage qu’il a causées au chef de quartier, avec des blocs de pierre qu’il a extraits du mur de sa cellule, en plus de l’agression subie par d’autres fonctionnaires, un membre du staff de l’établissement s’est trouvé contraint, conformément aux dispositions légales, de procéder à des tirs de sommation», lit-on dans un communiqué de la DGAPR.

 

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