International

La Banque mondiale s’inquiète de la «crise de l’apprentissage»

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5114 Le 27/09/2017 | Partager
L’école devient une «grande injustice» dans les pays du tiers monde
L’éducation ne joue plus son rôle d’ascenseur social
La volonté des dirigeants est nécessaire

Sans apprentissage, la scolarisation est une «grande injustice». C’est le constat dressé par la Banque mondiale dans son rapport «Apprendre, pour réaliser la promesse de l’éducation», publié hier. C’est surtout le cas des pays à revenu faible et intermédiaire. Des millions de jeunes élèves vivant dans ces régions se voient desservis dans leurs écoles primaires et secondaires des formations qui leur font courir le risque de rater l’opportunité de décrocher des postes valorisants et bien rémunérés.

Le rapport évoque même une «crise de l’apprentissage» qui empêche l’éducation de réaliser sa promesse d’élimination de la pauvreté et de promotion des mêmes chances. «Même après avoir passé plusieurs années sur les bancs de l’école, des millions d’enfants ne peuvent ni lire, ni écrire, ni effectuer des opérations de mathématiques élémentaires», constate la Banque mondiale. Cette crise de l’apprentissage observée dans les pays du tiers monde fait que l’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social.

Plusieurs élèves de troisième année du primaire, issus du Kenya, de Tanzanie et d’Ouganda ont été récemment interrogés par l’institution. L’enquête a fait ressortir que les trois quarts d’entre eux ne savaient pas reconnaître le sens d’une simple phrase, que ce soit en anglais ou en swahili. Les disparités ressortent encore plus en Inde. «Près de trois quarts des élèves de troisième année du primaire n’ont pas pu faire une opération de soustraction à deux chiffres.

En cinquième année du primaire, la moitié en était toujours incapable», observe la Banque mondiale. Même le Brésil, dont le système éducatif a considérablement évolué, a encore un long chemin devant lui. «Les Brésiliens âgés de 15 ans n’atteindront pas la note moyenne en mathématiques des pays riches avant 75 ans», indique le rapport. Il leur en faut encore beaucoup plus pour être bons au niveau de la lecture (263 ans).

Au volet des recommandations, le rapport propose d’adopter des évaluations «biens conçues» de manière à aider les enseignants à orienter les élèves. Ces évaluations éclairent également les choix stratégiques et permettent de mesurer les progrès réalisés. La formation des enseignants doit aussi être améliorée.

Ces derniers doivent pouvoir enseigner «en tenant compte du niveau de l’élève». La Banque mondiale préconise aussi de créer «une volonté politique en faveur de la réforme de l’éducation», afin d’associer toutes les parties concernées, y compris l’environnement des affaires, dans le développement de l’école.

Il suffit de le vouloir

Selon le rapport, les normes en matière d’éducation peuvent être considérablement améliorées si «l’apprentissage pour tous devient une priorité pour les pays et leurs dirigeants». La Corée du Sud en est un parfait exemple. Ce pays était déchiré par la guerre et avait un très faible taux d’alphabétisation au début des années 50. En un temps record (1995), la Corée du Sud a pu achever une scolarisation universelle dans un système d’enseignement de qualité jusqu’au secondaire. Ses jeunes sont classés au plus haut niveau par les évaluations internationales des performances scolaires. Le Viêt Nam a également amélioré significativement son éducation. Les élèves vietnamiens du second cycle du secondaire ont réalisé en 2012 des résultats au même niveau que les élèves allemands en mathématiques, sciences et lecture (Test PISA), alors que le Viêt Nam est un pays nettement plus pauvre. Le Pérou est un exemple plus récent. Le pays «a enregistré un des taux de croissance les plus rapides des résultats scolaires globaux entre 2009 et 2015» grâce à une action concertée des pouvoirs publics.

 

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