Tribune

Agression des femmes dans les transports publics: Une affaire d’entreprise aussi

Par François FATOUX | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager

François Fatoux est un ancien membre du Haut Conseil de l’égalité femmes/hommes. Il est également fondateur de l’Observatoire français de la RSE (ORSE) et consultant égalité des genres et crèches d’entreprise au Maroc (Ph. JK)  

L’agression sexuelle d’une jeune fille dans un bus de Casablanca au mois d’août a suscité de multiples réactions aussi bien sur les réseaux sociaux que dans l’ensemble des médias marocains et internationaux. Ce qui est terrible est que cette situation de violence n’est pas nouvelle.

Toutes les études qui traitent de la condition des femmes au Maroc évoquent les violences qu’elles subissent aussi bien dans l’espace public, dans le monde du travail que dans la sphère domestique. Le rapport publié en 2013 par le Bureau international du travail «Inégalités de genre et pratiques d’entreprise au Maroc» évoque la question des transports domicile-travail dans les termes suivants: «Les transports en commun sont très peu disponibles en dehors des grands centres urbains.

Pour les ouvrières habitant souvent dans des banlieues pauvres et éloignées des centres économiques, des transports en commun irréguliers et peu sécuritaires (au plan de leur intégrité physique) représentent des obstacles majeurs à leur accès à l’emploi. D’autres rapports abondent dans le même sens (voir nos deux encadrés) Des femmes se sont exprimées très légitimement dans les médias. Mais les hommes sont restés globalement plutôt discrets.

Comment peuvent-ils accepter que leur épouse, leur fille, leur mère, leur collègue, leur proche soit traitée d’une manière aussi violente, humiliante dans une impunité qu’autorisent ou que tolèrent les différentes institutions publiques, privées et religieuses? Les décideurs publics sont restés avares de solutions. Si les autorités publiques, notamment les institutions judiciaires et policières ont été interpellées, les signataires de cet appel souhaitent que les entreprises prennent leur part de responsabilité pour permettre aux femmes de trouver leur place sur le marché du travail et plus largement dans l’espace public.

Aujourd’hui que font les entreprises au Maroc pour prévenir ces agressions physiques et verbales quasiment quotidiennes qui concernent leurs femmes employées quand elles doivent se rendre chaque jour sur leur lieu de travail? Quelle est la politique mise en œuvre par les entreprises qui se disent socialement responsables car bénéficiaires du label RSE de la CGEM? Quels sont les engagements des entreprises au quotidien qui disent ne pas faire de discrimination car ayant signé des engagements nationaux (Charte de la diversité marocaine) ou internationaux (Pacte mondial de l’ONU, charte éthique, WEP’s(1))? Ont-elles conscience des difficultés que peuvent rencontrer leurs employées, et ce à tous les niveaux de responsabilités, notamment pour celles qui ne peuvent disposer de leur propre voiture personnelle? Il ne peut y avoir de solution toute faite.

Il appartient aux entreprises de s’interroger, d’en débattre avec leur personnel, d’engager le dialogue social avec les syndicats de travailleurs. Comme la question de la garde des enfants, le dialogue social pourrait prendre une dimension beaucoup plus opérationnelle, qui soit en phase avec les préoccupations quotidiennes de ceux et celles qui travaillent au Maroc mais plus largement qui y vivent. L’un des 7 principes porte sur la santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs des deux sexes. Les entreprises s’engagent: «En consultation avec les employés, à identifier et s’attaquer aux problèmes de sécurité, y compris pour les femmes se rendant au bureau ou en rentrant, ou bien effectuant des voyages d’affaires».

C’est un sujet pour lequel tout le monde a à gagner. En premier lieu les femmes, mais aussi les hommes qui ne supportent plus cette culture du machisme et qui aspirent à une société marocaine plus pacifique, où chaque être humain serait regardé pour ce qu’il est et non en fonction de sa tenue vestimentaire, de son sexe, de son apparence, ou de sa catégorie sociale.o (1) ONU Femmes propose aux entreprises qui veulent s’engager sur l’égalité des genres à souscrire à 7 principes: les «Women’s Empowerment Principles». De nombreuses multinationales sur un plan mondial ont signé les WEP’s et de fait, ces engagements sont applicables à leurs filiales présentes au Maroc.

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(1) ONU Femmes propose aux entreprises qui veulent s’engager sur l’égalité des genres à souscrire à 7 principes: les «Women’s Empowerment Principles». De nombreuses  multinationales sur un plan mondial ont signé les WEP’s et de  fait, ces engagements sont applicables à leurs filiales présentes au Maroc.

Plus de 40% de femmes victimes de violences

En 2009, le HCP(*) publiait les conclusions de son enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes (ENPVEF). Sur une population de 5,7 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, 2,3 millions, soit 40,6% ont été victimes au moins une fois d’un acte de violence, sous une forme ou une autre, dans un espace public de leur ville durant les douze mois. Le HCP souligne que cette violence s’exerce aussi sur les lieux de travail. Près d’une femme active occupée sur cinq en milieu urbain sont victimes de violence psychologique.

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(*) Rapport du Haut-commissariat au plan de 2009.

                                                                            

Taxis, bus: Une mixité problématique

Dans le cadre d’une étude comparative sur les conditions de déplacement des femmes dans différents pays du Moyen-Orient, la Banque mondiale(**) s’était intéressée aux conditions de transport des femmes à Casablanca.
Extrait du rapport: chapitre sur la mixité dans les transports en commun:
 L’acceptation de la mixité dans les transports publics devient un problème. La surcharge des bus crée une proximité très préjudiciable dans les moyens de transport en commun. Ce sont les caractéristiques les plus désagréables du transport par bus et par taxi que les femmes n’aiment pas. Dans les bus surchargés, les femmes souffrent effectivement d’attouchements par les hommes, quels que soient leurs âges. Dans les grands taxis, avec quatre places derrière, les femmes déclarent retrouver ce problème plus accentués surtout si les voyageurs sont corpulents. Comme l’évoque un des auteurs du rapport, «Les femmes qui vivent dans les banlieues de Casablanca, à la croissance rapide, sont confrontées à des difficultés pour se rendre jusqu’aux usines textiles qui recrutent. L’étude montre que la population féminine souhaite travailler, mais que le système de transport et ses piètres performances ne les y aident pas… Quand on habite certains quartiers de la ville, il est compliqué de se rendre dans les zones industrielles.

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(**) Rapport de la Banque mondiale sur les transports à Casablanca de 2010.

 

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