Economie

Women in Africa: Cap sur l'économie sociale et solidaire

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager
Pour y parvenir, mobiliser l’intelligence collective
95% de l’économie mondiale est entre les mains des hommes

La mixité a tout pour plaire. C’est à la fois une égalité des droits humains et l’assurance d’une meilleure performance. Economiquement, ça devrait tomber sous le sens. Pourtant, suivant les données de la Banque africaine de développement, si les femmes du continent occupent 40% des emplois formels, 15% seulement des entreprises ont à leur tête une femme. Seuls 15 pays sur les 54 que compte l’Afrique ont mis en place des lois contre la discrimination à l’embauche.

Du coup, le Programme des Nations Unies pour le développement estime que les inégalités hommes-femmes à l’emploi coûtent 95 millions de dollars par an en Afrique subsaharienne, soit 6% du PIB de la région. Alors pour son premier sommet, le Women in Africa (WIA), qui se tient à Marrakech jusqu’au 27 septembre, compte bien s’attaquer au problème en mobilisant l’intelligence collective (hommes et femmes) pour une meilleure représentation des femmes au sein de l’économie africaine. Car «elles produisent jusqu’à 65% des biens économiques du continent, mais elles ne représentent que 8,5% des emplois non-agricoles. WIA souhaite contribuer à changer la donne», explique Aude de Thuin, à l’origine du sommet.

Cette plateforme mondiale pour les voix et les opinions des femmes a réuni très exactement 394 personnes de 41 pays dont 18% d’hommes. Parmi eux, l’actuel ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l'Artisanat et de l'Économie sociale, Mohamed Sajid. Pour la pré-ouverture, les organisateurs du WIA ont choisi de parler de l’économie sociale et solidaire au sein de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.

«Un secteur en développement, pour Sajid, qui ne nécessite pas de gros investissements, mais du capital humain». Et ça, le Maroc n’en manque pas. Sauf que la prise de conscience d’un changement de paradigme, déjà engagé, n’est pas encore effective. «L’économie comme nous la connaissions laisse place à une économie circulaire, sociale et solidaire, que le droit peut renforcer avec l’obligation de reporting RSE des grands groupes», explique l’avocate Patricia Savin.

«Ce qui devrait les obliger à s’y intéresser et donc motiver cette prise de conscience encore frileuse» continue-t-elle. Mais peut-être que le fait que près de 95% de l’économie mondiale soit entre les mains des hommes n’y est pas étranger. La touche «multinationale» est posée par Alexandra Palt, directrice RSE du groupe L’Oréal, venue décrire le procédé de leur collaboration au Maroc. «Pour nos cosmétiques, nous utilisons différents dérivés de l’argan.

Ce qui nous a amené à accompagner les femmes marocaines, qui récoltent le fruit, pour qu’elles sortent de cette logique de survie. Via leurs coopératives, elles ont pu financer leur système de santé, mais aussi des cours d’alphabétisation». Les actions de l’INDH ont aussi été mises en avant, thématique oblige. «Si au démarrage, nous avons fait face à pas mal de résistance, aujourd’hui, les populations marginalisées expriment leurs besoins plus facilement», confie la gouverneur et coordinatrice nationale, Nadira El Guermai. Entre autres initiatives, ce sont 7.000 projets menés sur le volet éco nomique et social au bénéfice de 52.000 femmes.

Le sommet des femmes africaines continue de poser le décor. Savin tient à rappeler que «les mots ont un sens». Et que certains excluent. «C’est le cas des droits de l’Homme, même avec un grand “H”. Une erreur historique. En 1789, lors des délibérations, il était question d’appeler ces droits, les droits des hommes et des femmes. Mais certains s’y sont opposés prétextant que la femme est dénuée de raison.

Voilà pourquoi aujourd’hui l’Unesco veut imposer le nom de droits humains». Enfin, rappelons que Aude de Thuin a fondé le WIA suite au refus de sa candidature en 2000 à Davos, le rassemblement des plus hauts dirigeants d’Etat, de gouvernement et d’entreprise. Etre une femme est souvent une pénalité. «Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir, dit-elle, mais de le partager. Nous les femmes représentons 50% de l’humanité, mais n’oublions jamais que nous sommes les mères des 50% autres».

Les piliers de la WIA Initiative

WIA Institute: producteur et catalyseur d’études sur les femmes dans l’économie africaine. L’objectif est de produire des indicateurs d’évolution des actions.
Les WIA Labs, laboratoires de réflexion sectorielle et thématique, initient la rédaction de rapports, recommandations, et plans d’action.
WIA Club: une communauté de membres, qui se réunit toute l’année, avec un programme RH pour la recherche et les placements de talents et l’identification de femmes africaines pour les boards internationaux.
WIA Philanthropy: un fonds de dotation pour encourager et soutenir la création d’entreprises par de jeunes femmes africaines.

 

 

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