Analyse

Ce qui fait fuir les touristes

Par Amin RBOUB | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager
Accueil, hygiène, insécurité, harcèlement...
L’argument conjoncturel ne tient plus la route

Le Maroc a le plus mauvais rating de la Méditerranée sur le tourisme de croisière. L’activité a baissé de 80% en 2017 et les prévisions des arrivées de croisiéristes sont encore plus alarmantes pour 2018. Les paquebots décommandent la destination. Les accidents de la circulation (selon une étude de Deloitte), l’accueil aux ports et aéroports, la qualité de services, les faits divers (tels que l’affaire de viol dans un bus), l’incivisme, l’insécurité, les faux guides, les marchands ambulants, les mendiants, le manque d’infrastructures... sont autant de critiques fondées qui reviennent de plus en plus dans les avis de touristes ayant visité la destination Maroc.

«Le harcèlement est aussi une forme de terrorisme», soutient Fouzi Zemrani, voyagiste et vice-président de la CNT. Ce sont là les multiples raisons pour lesquelles le Maroc peine à attirer 10 millions de touristes, dont 4,5 millions de MRE. Un objectif pourtant fixé pour 2010. Les expériences de touristes sont tellement mauvaises que le taux de retour ne dépasse pas les 10%. Les commentaires de regrets sur des sites tels que TripAdviser ne sont guère rassurants (mauvaises expériences dans l’hébergement, souvent dans des hôtels surclassés, piètre qualité dans la restauration, arnaque de tous genres dans les bazars, manque d’hygiène, détritus dans les rues...).

Le tout sur fond de déperditions énormes sur la Vision 2020 qui est en pleine refonte. «Il va falloir réajuster la Vision 2020 et dépasser les obstacles qu’a connus le secteur depuis quelques années. Nous devons nous armer de conviction, de détermination et de priorisation. Nous n’avons pas l’ambition de tout réussir. Il faut rétablir la crédibilité de la destination Maroc, la confiance et l’esprit de concertation et de dialogue avec l’ensemble des acteurs du secteur. Nous avons déjà identifié des pistes de relance», tient à préciser le ministre de tutelle Mohamed Sajid.

De l’avis d’experts, le problème des arrivées et des recettes n’est guère lié à la conjoncture. «Le problème est plutôt interne. C’est tout de même assez scandaleux d’expliquer le manque de touristes par la crise économique. Comme par hasard, la crise ne touche pas les pays européens, mais juste le Maroc, dont le niveau de vie est inférieur à celui des Français ou des Espagnols», analyse Tahar Benjelloun, chroniqueur. Si c’était la faute à la conjoncture, des destinations comme la France (en tête des arrivées mondiales avec 84 millions de touristes), l’Espagne (75,5 millions avec +10%) ou encore l’Italie (52 millions) auraient accusé d’importantes baisses...

Selon l’OMT, l’Espagne  enregistre 60 milliards de dollars de recettes, la France réalise 42 milliards de dollars. Or, le Maroc peine encore à dépasser les 10 millions d’arrivées avec quelque 63 milliards de DH de recettes. Sur les 7 premiers mois de cette année, le Maroc a réalisé 34 milliards de DH. Pour rappel, l’objectif est d’arriver à 20 millions de touristes en 2020. Mission impossible!

Stations balnéaires

Les maillons faibles sont multiples. A lui seul, le plan Azur est un cas d’école en termes de déperditions. Selon le voyagiste et membre dirigeant de la Confédération du tourisme (CNT), Fouzi Zemrani, «la stratégie balnéaire du Maroc a été bien pensée, bien réfléchie au départ. C’est sa mise en exécution qui a posé problème puisque 14 ans plus tard, tous les chantiers entamés peinent à voir le jour... Quid de Saïdia, de Mogador, de Lixus, de Mazagan et de Plage Blanche? Certaines n’ont de station que le nom, car la capacité hôtelière fait toujours défaut, au profit d’une capacité immobilière qui ne séduit personne faute d’animation, de restauration, d’infrastructures touristiques, bref de vie…».

 

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