Analyse

Tourisme: Les objectifs de la Vision 2020 hors de portée

Par Nadia DREF | Edition N°:5113 Le 26/09/2017 | Partager
Malgré les efforts, les nuitées restent concentrées sur Marrakech et Agadir
Des pistes de réflexion en cours pour apporter des réajustements à la stratégie
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Tous les indicateurs sont en deçà des ambitions. Les arrivées atteignent à peine 10 millions de touristes, loin des 20 millions visés

Contexte international difficile, bouleversements des modes de consommation, nouvelles tendances… Le secteur du tourisme donne encore du fil à retordre au gouvernement. Même si le secteur évolue de manière positive chaque année, nous sommes loin des objectifs fixés par la Vision 2020. Atteindre 20 millions de touristes et faire partie des 20 plus grandes destinations mondiales d’ici 3 ans s’avère une mission impossible.

A fin juillet dernier, les arrivées ont totalisé 6,5 millions de touristes en progression de 8% par rapport à la même période en 2016. Les prévisions pour 2017 sont peu reluisantes sachant que les réalisations de 2016 ont été très modestes. L’an dernier, le volume des arrivées a atteint 10,3 millions de touristes en hausse de 1,5% par rapport à l’année précédente. Le taux d’occupation a été de 40% stagnant par rapport à la même période en 2015.

Les recettes touristiques se sont élevées à 63,24 milliards de DH en 2016 contre 61,15 milliards de DH, un an auparavant en 2015, soit une augmentation de 3,4%. En analysant les statistiques fournies par la tutelle, il en ressort la prédominance de la configuration traditionnelle où Marrakech et Agadir concentrent 60% des nuitées. Là aussi, l’effet Vision 2020 n’est pas palpable sachant que rien n’a changé depuis le lancement de cette stratégie.

«Cette concentration géographique ne permet pas de mettre en avant toutes les potentialités du Maroc», se désole Mohamed Sajid, ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Economie sociale. Certes, la Vision 2020 a permis la création de huit territoires mais l’objectif de les doter d’une visibilité internationale et de les aider à accéder au statut de destination à part entière n’est pas encore atteint. «D’où la nécessité d’intégrer la composante tourisme dans les programmes de développement régionaux en cours d’élaboration par les territoires», fait valoir le ministre.

Pour réactiver les moteurs, Mohamed Sajid a décidé d’apporter des réajustements à cette vision pour l’adapter au contexte actuel. Et ce, «sans la remettre en cause» (Cf. L’Economiste du septembre 2017). Il ne rate aucune occasion pour en informer l’opinion publique et les opérateurs du secteur. Invité jeudi dernier par l’ISCAE, le ministre a tenu à préciser que le secteur a «d’énormes potentialités mais des réajustements de la vision sont nécessaires». Et d’ajouter: «Nous avons déjà commencé à identifier quelques pistes de relance».

Amélioration du taux d’occupation et du taux de fidélisation, renforcement de la connectivité aérienne de certaines régions, adaptation de la gouvernance à la régionalisation avancée, digitalisation, promotion, développement du capital humain… Tels sont les nouveaux leviers fixés par le département de tutelle. «Il y a d’énormes possibilités de booster le tourisme de façon pragmatique sans nécessiter de gros investissements. Nous devons utiliser les petits leviers dont nous disposons», insiste le ministre Sajid.  La tutelle mise également sur la concertation avec les professionnels du secteur.

Dans le cadre de ses tournées régionales, le ministre ainsi que la secrétaire d’Etat au Tourisme (Lamia Boutaleb) se sont entretenus avec les opérateurs de plusieurs régions. Ils ont pu prendre connaissance de la situation du secteur et de l’état d’avancement des différents chantiers sur le terrain. Le binôme Sajid-Boutaleb dit avoir pu cerner les attentes formulées des différents acteurs touristiques pour convenir d’actions urgentes et pragmatiques à mettre en place.

Pour encourager et réguler davantage l’investissement, Sajid promet un cadre incitatif fiscal à inclure dans la loi de finances 2018. Il veut également s’attaquer à la problématique du financement et vise surtout à rétablir la confiance du secteur bancaire. Ce qui n’est pas de tout repos.

                                                            

Miser sur l’aérien

LE cheval de bataille de Sajid n’est autre que le transport aérien. Ce département compte optimiser le transport afin de relier les différents aéroports aux grandes portes d’entrées touristiques: Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger. Ce n’est pas pour rien que le portefeuille de Sajid a intégré le transport aérien. «La capacité aérienne est en hausse mais elle doit être renforcée pour améliorer la fréquentation des destinations et leur rentabilité», soutient le ministre.

Il a d’ailleurs mis en exergue l’ouverture d’une liaison Casablanca-Essaouira ainsi qu’une ligne Fès-Marrakech. De futures connexions sont dans le pipe: Tanger-Marrakech, Marrakech-Ouarzazate-Errachidia, Tanger-Al Hoceïma, Casablanca-Tétouan-Al Hoceïma... Ces lignes internes contribueront à mettre en valeur et à promouvoir le tourisme du désert, sportif, et celui de l’arrière-pays. Au total, 44 compagnies étrangères et nationales desservent le Maroc avec 1.426 fréquences hebdomadaires pour une offre totale de 13,12 millions de sièges.

Royal Air Maroc est toujours en tête avec 6,13 millions de passagers en stagnation depuis 2014. En revanche, les compagnies low-cost continuent de grignoter plus de parts de marché. Ryanair arrive en deuxième place avec 1,66 million de passagers, contre 1,5 million en 2016, soit une amélioration de 9%. Pour sa part, Air Arabia est passé de 724.248 clients en 2016 à 1 million de passagers en 2017, soit une hausse de 40%. Pour bien amorcer ce tournant, le ministère a annoncé le lancement d’une étude sur la réforme du secteur dont l’aérien qui a été entaché par une polémique, impliquant la secrétaire d’Etat, Lamia Boutaleb.

 

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