Culture

Tanjazz: Un cabinet de curiosité plus qu’un festival de têtes d’affiche

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5110 Le 20/09/2017 | Partager
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 Pour Philippe Lorin, fondateur et directeur du Festival Tanjazz, le grand public a une mauvaise idée du jazz parce que des personnes ont construit des chapelles autour de cette musique (Ph. Fondation Lorin)

Le Tanjazz a clôturé sa 18e édition dimanche dernier. Le rendez-vous tangérois des amoureux de jazz a fait le choix, difficile, de miser sur les nouvelles voix. Des artistes, jeunes pour la plupart, inconnus du grand public pour certains, représentant une nouvelle génération d’artistes talentueux, parmi lesquels figurent les stars de demain.

Un pari risqué, au milieu d’une flopée de festivals rivalisant de têtes d’affiche et de paillettes, mais un pari réussi, au regard d’une programmation éclectique et rigoureuse. La ville du détroit a finalement offert à ses visiteurs 4 jours de jazz dans toute la diversité qui caractérise cette musique, au grand bonheur des puristes, des curieux et du grand public. Philippe Lorin, le fondateur et directeur artistique du festival, nous en parle.    

- L’Economiste: Vous avez pris le parti pour cette édition du Tanjazz  de ne programmer aucune tête d’affiche. Pourquoi ce choix?
- Philippe Lorin:
Nous avons rarement des têtes d’affiche dans ce festival, les grandes stars tournent pendant l’été dans tous les festivals européens. Une fois pour toutes nous nous sommes positionnés comme un festival de découverte. Même si nous avons eu Monty Alexander, Cécil Mc Lorin Salvan etc. mais nous allons de plus en plus pour l’idée de faire découvrir aux gens des choses qu’ils ne découvriront pas par eux-mêmes. Cette année en particulier on s’est concentré sur les voix, avec des artistes qui ne sont pas des débutants, qui ont déjà une notoriété, mais qui seront certainement les stars de demain. Le Tanjazz est en fait un cabinet de curiosité plus qu’un catalogue des grandes affiches.

- Comment se fait justement cette sélection? Comment choisissez-vous les artistes pour chaque édition?
- Nous travaillons pour cela toute l’année. Je passe mon temps à scanner le monde du jazz. Nous recevons déjà beaucoup de demandes, ce qui est normal puisque nous sommes un festival bien installé dans le circuit international. Le Maroc est également un pays très tentant, entre venir à Tanger ou à Limoges, je crois que les artistes font le choix de venir chez nous! Une première sélection donc à partir de ces demandes. Après je fais beaucoup de festivals, pour voir les artistes dans l’ambiance, sur scène. Ensuite je me balade beaucoup sur le Net et j’ai des alertes quotidiennes sur les nouvelles sorties… Ce qui me donne une connaissance assez précise sur ce qui se passe dans le monde, et au moment où ça se passe.

- Comment situer aujourd’hui le Tanjazz dans le circuit des festivals internationaux?
- Nous avons aujourd’hui une notoriété qui dépasse largement les frontières du Maroc. Pour la première fois, nous avons installé un système d’achat en ligne. Ce système nous permet de connaître l’origine de notre public. Et nous nous sommes aperçus que nous avons beaucoup de personnes qui viennent  de Berlin, de Hanovre, de Madrid, de Barcelone, de Paris et même de Bangkok. C'est-à-dire qu’il y a indépendamment du public étranger qui a ses habitudes depuis 15 ans, un nouveau public  d’étrangers, plus jeunes. Vous savez, nos meilleurs ambassadeurs sont les musiciens qui ont joué au Tanjazz. Ce sont eux qui en parlent le plus partout dans le monde et qui racontent l’ambiance particulière de ce festival.

- Est-il facile d’organiser aujourd’hui un festival de jazz, sans tomber dans la facilité de la pop, pour attirer plus de monde?
- Oui on peut parfaitement le faire à condition de rester modeste dans ses ambitions. Si nous avions programmé une vedette de pop à l’ouverture, nous aurions eu plus d’un millier de personnes. Mais c’est un choix! Malheureusement, les gens ont encore une mauvaise idée du jazz, qui a été construite par des personnes qui ont créé des chapelles autour du jazz! Je crois qu’il faut laisser vivre cette musique librement, sans dire que c’est du jazz, laisser les gens apprécier et ils se rendront compte tout seuls qu’ils aiment ce genre de musique.  La preuve, les premières années du festival, nous avions 70% du public qui avait plus de 50 ans, aujourd’hui on est à 45% de jeunes alors qu’ils sont taxés d’être plus attirés par le Rap ou l’Electro. Il faut tenir compte de ces nouvelles tendances. C’est pour ça que nous allons introduire l’année prochaine de l’Electro-jazz. Ce qu’on appelle le Nu-jazz avec ses harmonies ou instrumentations jazz, funk, issues de la musique électronique et de l'improvisation libre, parce qu’aujourd’hui cela existe et que le jazz est en perpétuelle renaissance.
Propos recueillis par
 Amine BOUSHABA

 

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