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Résultats financiers: Managem portée par la reprise des métaux de base

Par Franck FAGNON | Edition N°:5110 Le 20/09/2017 | Partager
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La marge brute d'exploitation du groupe Managem s'est améliorée de 4 points au premier semestre à 35%. Hors impact de la mine de Bakoudou au Gabon, elle aurait dépassé 40%. «C’est ce niveau de performance qu’il faudra maintenir dans la durée pour pouvoir soutenir les investissements futurs», relève Imad Toumi, PDG de Managem (Ph. Fadwa Al Nasser)

Propulsés par la reprise des cours des métaux, les revenus de Managem ont également bénéficié de la bonne orientation de la production en particulier de l'argent. La situation est un peu plus contrastée pour le cuivre, mais les volumes sont quand même en progression de 3%. Les performances sur ces métaux compensent la baisse de la production d'or au Gabon, la mine de Bakoudou arrivant en fin de vie cette année. D'autres projets vont prendre le relais pour assurer une production cible de 250.000 onces d'or à l'horizon 2020.
Par ailleurs, le deal avec Wanbao Mining en RDC restera l'un des faits marquants du premier semestre. Le partenariat avec le  groupe chinois a permis d'absorber l'impact négatif de la mine de Bakoudou et de réduire l'endettement de 32%. Managem en a aussi profité pour dénouer un certain nombre de couvertures dollar/dirham dont l'impact est évalué à 100 millions de DH sur l'année. La restructuration des permis du groupe en RDC a un impact de 500 millions de DH sur les bénéfices semestriels.  

- L'Economiste: Vous sortez d'un premier semestre assez faste. Quelle est votre analyse?
- Imad Toumi:
C’est la première fois que nous franchissons la barre de 2,5 milliards de DH de chiffre d’affaires sur un semestre. Cela nous met en bonne position pour atteindre notre objectif de 5 milliards de DH sur l'année. Nos revenus ont augmenté de 26% au premier semestre grâce à une conjonction de cours favorables et une production qui est au rendez-vous. Notre priorité est d'augmenter nos volumes de production sur les différents métaux autour des mines existantes. C'est ce qui va nous donner une assise assez solide et nous permettre de dégager le cash-flow pour préparer l’avenir. Notre croissance  des productions sur l’argent et le cuivre nous a permis de profiter de la hausse des cours et de faire face à la baisse de production de la mine d'or de Bakoudou au Gabon.
La marge brute d'exploitation s'est établie à 35% à fin juin. En retraitant les changements à Bakoudou, elle dépasserait 40%, un niveau similaire au benchmark à l'international. C’est ce niveau de performance qu’il faudra maintenir dans la durée pour pouvoir soutenir les investissements futurs.

- Pensez-vous que les cours soient repartis sur des bases solides?
- Tout dépend des métaux. La reprise des métaux de base est soutenue par des fondamentaux globalement bons. Sur le cuivre par exemple, il existe un décalage au niveau des stocks notamment de la Chine, ce qui porte les cours au-dessus de 6.000 dollars actuellement. Le cobalt est lui aussi dans une période assez exceptionnelle. Avec les changements réglementaires envisagés dans le secteur automobile en Europe et l'essor des voitures électriques, ce métal est revenu en grâce chez les constructeurs automobile. Les prix sont passés de 10 dollars/lb(1) en moyenne  au premier semestre 2016 à 22 dollars en moyenne sur la même période en 2017. Je n'ai pas de boule de cristal, mais je pense que derrière la reprise des cours du

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Chiffres clefs 1er semestre 2017

La hausse des cours combinée à une augmentation de la production ont permis au groupe minier d'améliorer ses revenus de 26% au premier semestre. Hors plus-values nettes de cession d'actifs en RDC, les bénéfices ont quand même doublé par rapport au premier semestre 2016

cuivre, du cobalt ou encore du zinc, il y a des fondamentaux solides. Cela nous conforte dans notre stratégie de croissance et dans les différents projets que nous comptons lancer sur les métaux de base et le cobalt.
Sur les métaux précieux, l'évolution des cours est très liée au contexte géopolitique. Nous pouvons constater que l'or se maintient depuis un bon moment au-dessus de 1.200 dollars l'once. Notre stratégie sur l’or ou l’argent est d’aller vers des projets à des cash-cost assez faibles. Le cours actuel de l'or nous convient bien. Mais l'on n'est pas à l'abri de retournement.

- L’on vous prête des discussions avec des Japonais et des Américains pour investir au Maroc et à l’étranger. Où en êtes-vous?
- En termes de développement, nous poursuivons deux objectifs importants: renforcer notre activité sur le cobalt et les métaux de base comme le cuivre et développer notre position sur l'argent et l'or. Pour cela, nous explorons des projets de partenariat dans l’or en Afrique de l’Ouest notamment. L'idée étant de renforcer notre production à court terme à travers l'acquisition d'actifs de qualité et créateurs de valeur. En plus du projet Tri-K en Guinée, il faudra d’autres pour atteindre l’objectif de 250.000 onces à l’horizon 2020. C’est la raison pour laquelle nous discutons avec des partenaires pour des joint-ventures ou pour des rachats d’actifs. Des discussions sont à un stade avancé, nous espérons faire une annonce d’ici la fin de l’année.

- Quel impact aura le changement du code minier en République Démocratique du Congo pour Managem?
- C’est typiquement le genre de difficultés que nous pouvons rencontrer dans les pays où nous intervenons. Nous sommes dans des régions qui ne sont pas faciles et exposées à des changements de code minier par exemple. Avec Wanbao Mining, nous avons un peu restructuré l’ensemble de nos actifs sur place. Dans ce partenariat, nous sommes minoritaires avec 20%. Wanbao Mining est déjà établi dans le pays et détient des actifs en production. Il a le poids financier pour investir et l’impact politique pour mener des négociations,  notamment dans le cadre de conventions minières, dans les meilleures conditions. Nous avons fait un choix judicieux qui nous permet dans un pays difficile de nous appuyer sur un partenaire fort. Dans le même temps, cette opération nous a permis de dégager du cash pour investir ailleurs. Au total, c’est près de 100 millions de dollars (environ 1 milliard de DH) qui ont été apportés par ce partenariat plus un engagement de Wanbao Mining à financer le projet futur. La restructuration des actifs en République Démocratique du Congo a un impact de 500 millions de DH sur le résultat net du premier semestre et permet en partie de diminuer l'endettement du groupe de plus de 30%. Avec en plus l'augmentation de capital que nous avons réalisé, Managem renforce sa structure financière pour mieux accompagner ses investissements et son plan de développement.

La montée en puissance du cobalt

La flambée des cours du cobalt et les perspectives prometteuses à moyen et long terme poussent Managem à revoir sa stratégie sur ce produit. «Nous sommes en discussion active avec des partenaires autour du cobalt», révèle le président. Le cobalt est utilisé dans la fabrication de batteries des voitures électriques. «Nous avons à Bou-Azzer une des rares mines de cobalt primaire et il intéresse beaucoup d'industriels en particulier des Japonais», confie Toumi.  «Le fait d'avoir une mine qui produit depuis 1928 rassure certains industriels sur notre capacité à les approvisionner sur une longue durée», ajoute-t-il. Sur le cobalt, l'objectif du groupe minier est double: se positionner en amont en fournissant la matière première aux industriels et investir dans le recyclage des batteries. La société le fait déjà pour des clients japonais entre autres. Managem produit actuellement 1.500 tonnes de cobalt par an et recycle 500 tonnes. L'objectif à l'horizon 2020 est de recycler 1.500 tonnes, ce qui va porter la production globale à 3.000 tonnes. Aujourd'hui, le cobalt représente 20% du chiffre d'affaires de Managem et autant en marge. Ces parts vont sensiblement augmenter d'ici 2020. «Le cobalt sera un des tout premiers contributeurs au chiffre d'affaires et à la marge du groupe dans les prochaines années», anticipe Imad Toumi.

Propos recueillis par Franck FAGNON

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(1) Livre environ 454 grammes

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