Analyse

Filière oléicole: La recherche au service d’un climat changeant

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5110 Le 20/09/2017 | Partager
Mettre au point des variétés tolérantes aux conditions du climat, l’objectif majeur
Démarrage du nouveau programme
Il intègre la participation active de l’interprofession
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Stimuler le secteur agricole passe par une meilleure maîtrise des changements du climat. Les projections futures au Maroc, établies par le ministère de l’Agriculture, la FAO, l’INRA et la Direction de la météorologie nationale, montrent que l’on peut raisonnablement s’attendre à voir la température moyenne augmenter de 1,1 à 1,6 °C d’ici à 2030, alors que les précipitations pourraient diminuer de 14% dans moins de 15 ans

Le Programme de recherche à moyen terme sur olivier 2013-2016 est dans la boîte. Au sein de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), la filière oléicole est l’une des plus importantes. Alors s’enchaînent les programmes régionaux suivant les objectifs, qui reposent depuis peu sur l’intégration de l’interprofession afin de prendre en compte les doléances des agriculteurs eux-mêmes.

«Cette nouvelle collaboration a deux buts, le premier étant de présenter aux professionnels les acquis de 4 ans de recherche, mais aussi recueillir l’expérience de terrain pour préparer le prochain programme (2017-2020). Dans ce nouveau processus, les administrations ne travaillent plus en vase clos», explique Lhassane Sikaoui, coordinateur pour la recherche sur l’olivier à l’INRA. De cet échange, l’idée première ressortie concerne l’amélioration génétique et la conservation des ressources génétiques. Ici, de nouvelles variétés ont été mises au point, issues de croisements entre les variétés marocaines et étrangères. Deux sont actuellement en cours de diffusion par l’intermédiaire de contrats passés avec des pépiniéristes.

«Nous leur donnons le matériel génétique, moyennant bien évidemment le paiement de royalties à l’Etat», développe Sikaoui. La principale demande des professionnels est donc la diversification du matériel génétique et ainsi des produits, pour échapper au changement climatique. En effet, lorsque la floraison est regroupée sur une même période, les incidents, régulièrement constatés, peuvent anéantir toute une récolte. «Nous ne sommes plus sur une recherche qui repose uniquement sur des critères conventionnels de sélection, comme la production ou le rendement, mais qui repose surtout sur des variétés tolérantes aux conditions du climat, avec la sécheresse en ligne de mire», ajoute-t-il.

L’année dernière, la production nationale a été particulièrement touchée par le choc thermique ressenti en avril et en mai, en pleine période de floraison, faisant chuter la totalité des fleurs. Un autre constat est mis en avant par le Maroc et la Tunisie. Les contraintes du temps agissent sur les oliviers plantés dans les zones du sud qui sont alors de moins en moins productifs.

Les limites sud étant en train de remonter vers le nord, en raison d’une pluviométrie en baisse ou des niveaux aquifères qui descendent. Ce qui ne change pas en revanche, d’un programme à l’autre, ce sont les axes de travail suivis par les chercheurs, comme celui concernant l’irrigation et la fertilisation.

«Les apports de ces intrants vitaux se faisant de manière arbitraire, il s’agit de travailler sur l’économie de l’eau, mais aussi sur des apports en fertilisants au moment adéquat et en quantité raisonnable pour éviter les pollutions des eaux souterraines», confie le coordinateur. Et d’ajouter, «nous avons sur ce thème des résultats préliminaires, et nous continuons à démontrer aux agriculteurs tout l’intérêt que ces avancées représentent». Un axe qui englobe également le contrôle des maladies et ravageurs et la récolte mécanique en raison de la cherté de la main-d’oeuvre.

La qualité est elle aussi au programme pour caractériser toutes les huiles marocaines et pour défendre les normes de qualité à l’international. «Un passage obligé, car nous ne pouvons pas marcher avec les normes européennes, nos conditions étant très différentes», confirme le chercheur.

La collection de l’olivier au Maroc, source de la recherche

Les travaux de l’INRA se nourrissent de la collection mondiale de l’olivier dans la région de Marrakech-Safi, qui regroupe près de 600 variétés issues de 14 pays méditerranéens, sur les 1.200 variétés attendues selon l’inventaire mondial. «Ici, il s’agit d’étudier le comportement des cultures en fonction des différents climats et zones géographiques, que ce soit à l’est, au nord ou au sud où les conditions sont les plus difficiles», déclare Sikaoui. Cette collection, qui intéresse tous les pays, est la plus importante au monde, avant celle de Cordoue en Espagne (la plus ancienne) et une troisième récemment lancée à Izmir en Turquie, approvisionnée par le Maroc.

 

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