Competences & rh

Mathématiques: Une filière pleine d’avenir... mais qui n’attire pas

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5109 Le 19/09/2017 | Partager
Le constat de l’université publique Cadi Ayyad
Alors qu’elle vient de se distinguer à l’international
Les raisons d’un désamour et celles d’un regain d’intérêt espéré
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L’université Cadi Ayyad à Marrakech vient d’intégrer le Top 300 des meilleurs établissements au monde dans la catégorie mathématiques. Une matière qui peine pourtant à intéresser les étudiants (Ph. Snufkin)

Entre les différents établissements réunis sous la bannière Cadi Ayyad (UCA), les quelque 120 mathématiciens enseignants chercheurs ont eu une surprise de taille. Le très sérieux classement de Shanghaï vient en effet de placer l’université dans le top 300 des meilleures au monde dans la catégorie mathématiques.

«La reconnaissance de beaucoup de travail et celle de grands chercheurs qui ont émergé de nos facultés», déclare avec émotion Hassan Hbid, doyen de Semlalia. «Malgré le peu de moyens dont nous disposons, ajoute-t-il. Lorsque avec les collègues, nous avons bâti les premiers groupes de recherches ou les premiers DEA, nous n’aurions jamais pensé en arriver là. Imaginez qu’au départ, nous n’avions même pas un ordinateur».

Depuis 1989 et le premier DEA de mathématiques dirigé à l’UCA, les événements se sont enchaînés. Issu de cette première promotion, Khalil Ezzinbi a été élu, en juillet dernier, meilleur chercheur africain au dernier Congrès panafricain des mathématiciens. Il y a donc les hommes, mais aussi les actions qui permettent de gagner, d’année en année, une belle réputation en dehors des frontières. Que ce soit les conférences internationales de recherche opérationnelle, en probabilité, en mathématiques appliquées à la biologie, en mathématiques et équations différentielles et systèmes complexes… tous ces rendez-vous sont le fruit du travail des petits groupes de mathématiciens de l’université.

Mais si la relève est assurée par de jeunes chercheurs talentueux, le hic est que les mathématiques intéressent de moins en moins les étudiants. Cette année, le nombre d’inscrits dans cette filière de l’établissement est faible. «En 2021, le Maroc aura besoin de plus de 1.500 enseignants chercheurs en mathématiques. Or, nous formons actuellement moins de 40% de ces besoins futurs» déplore Hbid. Par rapport à l’employabilité, la matière s’inscrit comme une issue, mais elle est pourtant désertée.

«Il ne s’agit plus d’une matière abstraite, comme on la connaissait avant, les mathématiques sont aujourd’hui le carrefour des sciences. Ce n’est pas si difficile que l’on peut le croire. Cela demande de la persévérance et du travail mais les méthodes s’apprennent comme toutes autres méthodes. Et les nouvelles technologies ont encore facilité l’apprentissage» essaye de convaincre le doyen. En France, les étudiants de Polytechnique, de l’Ecole centrale, de Normale Sup, se réinjectent dans la recherche scientifique, ce qui n’est pas le cas au Maroc.

«Je voudrais dire à nos brillants ingénieurs marocains qu’ils ont leur place dans la recherche scientifique, en particulier dans la recherche mathématiques, qui touche tous les domaines du développement» ajoute-t-il. Pour pallier ce manque d’étudiants et donc de futurs enseignants, il faudrait également faciliter le retour et l’insertion de ceux qui ont étudié à l’étranger.

Autre angle de travail pour Hbid, «ouvrir des postes à l’international. La mixité et la multiculturalité sont un facteur déterminant pour le développement de nos universités publiques marocaines. Dans les grands établissements étrangers, la majorité de leurs enseignants viennent d’autres pays. Nous devons commencer à avoir cette culture d’inviter des professeurs venus d’ailleurs, qui, par leurs expériences et leurs idées, pourraient pleinement enrichir le tissu universitaire marocain». 

Tous les laboratoires réunis dans un seul centre

L’ensemble des mathématiciens de l’UCA seront bientôt réunis au sein du Centre de mathématiques, installé à Semlalia. Opérationnel dans le courant de ce mois de septembre, il vise à initier un large dialogue entre tous les acteurs de l’université. Une union entre les différents groupes de travail pour plus d’efficacité «qu’il faut ménager avec beaucoup de doigté» avoue le doyen. En effet, ce regroupement vise à faire émerger chaque laboratoire suivant sa thématique. A condition donc de savoir gérer les susceptibilités et mesurer les envies de compétition.

 

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