Culture

Tanjazz 2017: L’édition de toutes les découvertes

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5108 Le 18/09/2017 | Partager
Une programmation essentiellement féminine
Une nouvelle génération qui fait déjà parler d’elle
Une ambiance toujours aussi magique
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Se balader entre les magnifiques salles d’apparats, les cours d’honneurs et les jardins du palais… apprécier les récitals intimistes, les jam-sessions ou les concerts sur la grande scène extérieure… c’est ce qui rend ce rendez-vous tangérois, si particulier. (Ph. Tanjazz)

Qui a dit que les cuivres étaient des instruments exclusivement masculins? Démenti formel lors de cette 18e édition du Tanjazz, avec des artistes femmes, jeunes et maniant avec beaucoup de talent, trompette, trombone, cornet ou même saxophone. C’est l’autrichienne Michaella Rabitsh, trompettiste, compositrice et interprète qui a ouvert le bal, le 15 septembre. Un jazz aérien, très élégant alternant subtilement jazz classique et sonorités africaines, espagnoles, cubaines tout autant que les mélodies des Balkans.

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La programmation éclectique était particulièrement féminine. Ici Samia Tawil, artiste genevoise d’origine maroco-syrienne propose une musique métissée entre Blues, rock et mélodies orientales (Ph. Tanjazz)

Accompagnée de son partenaire, le guitariste, Robert Pawlik, elle a offert un concert d’ouverture sous la devise «Diversité au lieu d’ignorance». A noter, l’hommage rendu au Maroc à travers un titre «Seven ways to Fez», inspiré par sa rencontre avec des musiciens marocains lors d’un précédent passage au festival «Jazz au Chellah» à Rabat. De la trompette et du trombone également lors du concert de la très jeune prodige, Rita Payes, 18 ans à peine, et une exceptionnelle maîtrise du répertoire jazzy. Entre mélodies lancinantes et jazz groovy, sous la houlette du grand magicien Joan Chamorro, à la contrebasse et patron du Sant Andreu jazz band.

Une véritable fabrique de talents qui a vu éclore une grande vedette du jazz vocal: Andréa Monti, qui a d’ailleurs fait une apparition très appréciée, en «guest star» pour soutenir sa jeune collègue. En tout ce sera plus d’une quarantaine de concerts sur 4 jours, dans le magnifique Palais des institutions italiennes, ancienne demeure du Sultan Moulay Abdel Hafid, qui contribue à donner une certaine magie aux performances nocturnes. Se balader entre les magnifiques salles d’apparats, les cours d’honneurs et les jardins du palais… apprécier les récitals intimistes, les jam-sessions ou les concerts sur la grande scène extérieure… c’est ce qui rend ce rendez-vous tangérois, si particulier.

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Rita Payes, à peine 18 ans et déjà une parfaite maîtrise du jazz vocal, en compagnie de Andréa Motis, en guest star, toutes les deux font partie du San Andreu Jazz Band, véritable incubateur de talents, sous la houlette de Joan Chamorro (Ph. Tanjazz)

Cette année, le festival a misé, sur la relève. Des artistes, jeunes pour la plupart, inconnus du grand public pour certains, mais au talent indéniable, formant la nouvelle et prometteuse génération du jazz. Une programmation éclectique, mais toujours rigoureuse, entre Jazz classique, World music, Blues, Swing, Rock et même Pop qui a ravi le public, sans pour autant frustrer les puristes. De découvertes en surprises, dans un univers singulièrement féminin, nous avons particulièrement apprécié la voix étonnante de La Négra, aux inflexions rauques d’une diva du flamenco, qui n’est pas sans rappeler une autre des plus belles voix hispaniques: Concha Buika, découverte et coup de foudre, du Tanjazz 2014.

De l’énergie quasi guerrière, une beauté farouche, une voix sensuelle, animale et envoûtante, la réunionnaise Morgane Ji a également été l’une des plus belles attractions de cette édition. Avec un univers fantastique, un monde de sonorités brutes et hypnotiques à la fois, accompagnée de son banjo, Morgane JI aura été le coup de foudre musical de cette

édition. Une fusion judéo-arabe, qui se mêle à la pop contemporaine et aux sonorités de jazz, c’est le projet de deux mezzo sopranos, la maroco-hollandaise Teema et l’israélienne Noam Vazana, dont c’est la troisième participation au Tanjazz.

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La performance la plus surprenante du festival; sans aucun instrument les Vocal Tempo donnent l’illusion d’écouter un orchestre complet à la force de leurs voix  (Ph. Tanjazz)

Un concert en duo qui revisite les traditions musicales du Moyen-Orient, de la Syrie à l’Egypte en passant par l’Andalousie qui s’additionnent à des références de jazz influencées par des icônes américaines telles que Nina Simone ou Elle Fitzgerald. Une rencontre douce, appréciée par le public, mais qui n’a pas été du goût de tout le monde. Une trentaine de personnes manifestaient, à l’extérieur du Palais, pendant le concert, accusant les programmateurs de normalisation avec Israël. Pas de quoi perturber la suite du festival qui s’est clôturé, hier, dimanche 17 septembre avec une autre dame: Filomena Campus. Une performance, là aussi, particulière, jonglant entre jazz vocal, théâtre et poésie.

Du côté des hommes, car il y en avait également, on notera le show déjanté du crooner David Costa Coelho. Dans la plus pure tradition du swing des années 40/50, du talent, de l’humour et un dynamisme scénique exceptionnel. Le Vocal Tempo, groupe de 5 jeunes chanteurs cubains, a probablement présenté la plus surprenante performance du festival. Avec l’illusion d’écouter un orchestre au complet, sauf que le hic, c’est qu’il n’y a aucun instrument de musique. Un chorus de trompette, un solo de contrebasse, un set de batterie… le tout à la force de la voix qui s’égrène comme du cristal pur.

 

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