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Colonies de vacances: Des marchés à prendre

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5107 Le 15/09/2017 | Partager
Les appels d’offres pour la construction de 18 sites en cours de lancement
Un budget de 500 millions de DH pour cette opération
La restauration des enfants sera externalisée
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«L’objectif est de réhabiliter les colonies de vacances en améliorant leur attractivité. Ce qui poussera davantage les Marocains à y envoyer leurs enfants. Ce chantier est prioritaire parce qu’il s’agit d’améliorer les conditions d’hébergement et d’encadrement de nos enfants», a souligné Rachid Talbi Alami, ministre de la Jeunesse et des sports (Ph. Bziouat)

Les vacances scolaires sont certes terminées mais le ministre de la Jeunesse et des sports est monté sur le pont tout de même. Par anticipation, Rachid Talbi Alami s’apprête à lancer les appels d’offres pour la construction de chalets en dur et en bois pour abriter les prochaines colonies de vacances. Le budget consacré à cette opération s’élève à 500 millions de DH. Les 18 sites retenus pour l’heure sur les 48 que compte le pays diffèrent d’une région à une autre.

A Harhoura, près de Rabat, par exemple, la colonie de vacances s’étale sur 10 hectares et le projet à construire devra abriter 1.500 lits. L’objectif de cette programmation est de préparer, dès maintenant, la prochaine édition de l’été qui devra démarrer dès la fin de l’année scolaire. Pour ces sites, le département «impose de nouveaux standards afin d’améliorer les conditions de séjour et l’ambiance récréative et épanouissante». Le modèle choisi consiste à bâtir des chalets en dur et en bois, démontables, et respectant les normes d’environnement. L’éclairage y sera solaire pour économiser sur la consommation d’énergie, affirme une source proche du dossier.

Dans la même lancée, il est question de renouveler les literies et le matériel de couchage. Selon les informations remontées au ministre, des parents se sont plaints de la présence de poux dans plusieurs sites. Le lavage du linge des enfants sera externalisé.

Et pour cause, les enfants étaient pénalisés en restant avec les mêmes habits pendant toute la période du séjour! Là encore, un appel d’offres pour choisir une blanchisserie par ville, pour prendre en charge cette activité, sera lancé. Le but est de réhabiliter les colonies de vacances en améliorant leur attractivité. Ce qui poussera davantage les Marocains à y envoyer leurs enfants. Pour le ministre, «ce chantier est prioritaire parce qu’il s’agit d’améliorer les conditions d’hébergement et d’encadrement de nos enfants». Mine de rien, chaque été, les différents sites accueillent 250.000 jeunes, âgés de 8 à 15 ans.  Cette capacité peut être augmentée par la suite. Chaque colonie sera placée sous un thème, qui sera décliné dans les équipements. Pratique de théâtre, renforcement des langues, équipements équestres,…

Jusqu’ici, les colonies de vacances se déroulaient selon un mode qui a montré ses limites. Le ministère consacrait 25 millions pour l’achat des tentes et le matériel nécessaire pour préparer les sites qui doivent accueillir ces activités. A l’avenir, les tentes, qui avaient d’ailleurs provoqué il y a quelques années la mort de sept enfants, à cause d’une bougie laissée allumée, vont désormais disparaître.

A l’exception de quelques sites comme celui de Saïdia, le reste des colonies est dans un état déplorable, avec des toilettes dégradées et des cuisines improvisées et sales. Le comble: les colonies de vacances ne disposent pas d’équipements sportifs alors que c’est la fonction originelle du ministère de tutelle. Pire, comme les sites du ministère ne suffisent pas, les organisateurs se tournent vers ceux du département de l’Education.

Rachid Talbi Alami est déterminé à remédier à toutes ces lacunes. Cette activité doit être réglementée en instaurant des normes pour l’organisation des colonies de vacances. La gestion de ce domaine a ses règles et le nouveau ministre promet d’être intraitable sur ces questions. Lors de la saison écoulée, l’obligation de contracter une assurance pour couvrir les enfants, instaurée depuis 2009 n’était pas systématiquement suivie par des associations. Ceux qui ont voulu jouer avec cette contrainte en ont eu pour leurs grades. Les oreilles du délégué de Fkih Bensalah ont sifflé lorsque le ministre a appris que les enfants n’étaient pas assurés.

Le contrôle de la gestion a permis au ministère de blacklister plusieurs associations qui ont fait preuve d’abus de confiance et de détournement de biens publics. Idem pour l’achat des produits nécessaires à la nourriture des enfants. Dans la colonie de Sefrou, l’affaire a atterri devant les tribunaux. Un fonctionnaire a écopé de 4 mois avec sursis, le boucher et un fournisseur, chacun un an avec sursis.

Donc afin de «stopper ce trafic avec la santé des enfants», Rachid Talbi Alami a décidé d’externaliser cette activité. Un appel d’offres sera bientôt lancé pour recruter des sociétés spécialisées dans la restauration. Le modèle sera arrêté sur la base de 25 DH par jour et par enfant. En tout cas, ce sont des spécialistes de la nutrition, qui calculent le nombre de calories pour les enfants. Rachid Talbi Alami a déjà expérimenté cette formule en introduisant Sodexo pour la restauration au Parlement.

Les acteurs ne sont pas en reste. Le ministre est conscient de la nécessité d’octroyer plus de moyens financiers aux associations qui opèrent dans le domaine. En parallèle, il sera question de renforcer la Fédération nationale des colonies de vacances, à l’instar de ce qui se fait pour les différentes fédérations sportives. Dans la foulée, de nouveaux critères de répartition des colonies par provinces seront élaborés.

Restera la faille de l’adoption d’une loi qui organise les colonies de vacances. Valeur aujourd’hui, cette activité est encadrée par un seul décret datant de 1957. Les 28 ministres qui se sont succédés à la tête du département de la Jeunesse et des sports l’ont promis sans être arrivés à le faire. Rachid Talbi Alami fera-t-il l’exception?

Qui gère

Dans la pratique, les colonies de vacances ne sont pas gérées par le ministère de la Jeunesse et des sports. Ce département se contente d’organiser et de financer l’opération. Ce sont les associations, dont les plus importantes sont affiliées à la Fédération nationale des colonies de vacances, qui prennent en charge le séjour, la restauration et le déplacement des enfants vers les sites. Chaque association se charge d’un quota et l’enfant participe de manière symbolique (entre 400 à 500 DH). Par le passé, la période de séjour des enfants était de 15 jours, réduite par la suite à 12 jours. A préciser que les colonies de vacances sont organisées  en montagne (près de 22%) et en bord de mer. Ce dispositif est complété par des colonies organisées le printemps pour les adolescents, âgés entre 15 et 17 ans. Cette formule attire près de 40.000 jeunes.

Une deuxième vie

En dehors des colonies de vacances, les équipements qui seront construits pourront être exploités par les personnes du 3e âge. La réflexion est en cours au ministère de la Jeunesse et des sports. Surtout que ces chalets resteront fermés pendant une période de 9 mois, et peuvent donc être mis à la disposition des associations des retraités de la Fonction publique ou bien ceux du secteur privé. L’avantage est de permettre de garder en vie ces équipements pendant cette période.

La parenthèse El Gahs

Mohamed El Gahs, Secrétaire d’Etat en charge de la Jeunesse, pendant le gouvernement de Jettou (2002-2007) avait marqué les esprits et le secteur. Il avait vite compris que l’essentiel de son activité devait concerner cette frange de la société que les gouvernements successifs avaient quelque peu négligée. En outre son mérite est d’avoir placé les «colonies de vacances pour tous» sous les projecteurs. «Vacances pour tous», «Université populaire», la lecture, autant d’initiatives qui ont disparu avec son départ à cause de l’absence d’assises juridiques. Au début de son mandat, Mohamed El Gahs était  rattaché à Habib El Malki, camarade au sein du parti de l’USFP. Mais, son dynamisme a fini par faire de l’ombre à son aîné qui lui a créé des problèmes. Le Premier ministre Driss Jettou avait réagi en plaçant le Secrétariat d’Etat sous sa tutelle.

 

 

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