Dossier Spécial

Reconnaissance du privé: Le vrai match démarre

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5106 Le 14/09/2017 | Partager
Une carte pour étoffer l’avantage concurrentiel
Le cahier des charges obéit à des critères draconiens parfois incompréhensibles
In fine, le juge de paix est le marché de l’emploi
public_monte_006.jpg

La part des étudiants du privé marque un recul d’année en année, passant de 7,1% en 2011-2012 à 4,6% en 2015-2016. Pendant ce temps, le public voit, quant à lui, ses effectifs augmenter

Si la reconnaissance des établissements privés par l’Etat (conférant de droit l’équivalence des diplômes avec les titres de l’enseignement public)  est récente, le principe lui, ne l’est pas. Inscrit dans la loi 01-00, il aura en effet fallu 16 ans pour qu’il soit traduit sur le terrain.  De longues années à élaborer un cahier des charges draconien et complexe.

Dix établissements font partie de ce club très fermé ayant décroché ce label : l’Ecole Centrale de Casablanca, l’Ecole d’architecture de Casablanca, l’Université internationale de Casablanca (UIC), l’ESCA Business School, Universiapolis (Agadir), l’Université privée de Marrakech (UPM), l’Université Mohammed VI des sciences de la santé de Casablanca, l’Université internationale Abulcasis des sciences de la santé de Rabat, l'Université internationale de Rabat (UIR), Euromed de Fès, l’université Mohammed VI Polytechnique. Cette dernière regroupe trois établissements: l’école d’ingénieurs Emines à Benguérir, l’African Business School basée à Casablanca et la Faculté de Gouvernance, d’Economie et de Sciences Sociales à Rabat.

Pour leurs étudiants, un diplôme privé reconnu équivalent du titre public signifie une ouverture aux opportunités d’emploi du secteur public même si c’est d’abord le privé qui reste le principal pourvoyeur d’emplois du pays. Ils deviennent ainsi qualifiés aux concours de recrutement de grandes administrations -Douane, Impôt, Justice,…et peuvent avoir accès aux professions ayant le statut d’auxiliaire du Trésor (transitaires) par exemple qui ne sont ouvertes qu’aux titulaires d’un diplôme d’Etat ou reconnu équivalent. Pour ceux qui veulent poursuivre la recherche, les portes du cycle doctoral de l’université sont également ouvertes.

Dans ce tableau, une réserve tout de même est soulevée: la non rétroactivité de la loi, jugée injuste par certains lauréats. En effet, depuis l’ouverture des candidatures en 2015 et l’annonce de la première liste d’établissements, le processus n’a pas toujours été bien compris par les étudiants. Interrogé à ce sujet, Mohamed Abdellaoui, vice-président aux Affaires générales de l’UIR, explique que «c’est à la fois normal qu’il y ait des doléances, mais c’est aussi normal que la loi ne soit pas rétroactive». Lorsque l’établissement joue la carte de la transparence, parents et étudiants comprennent, insiste le responsable de l’UIR.

Cette reconnaissance que réclamait le secteur est perçue comme une bonne évolution. C’est une reconnaissance de la contribution du privé à l’effort de formation. Reste à la tutelle à préserver ses efforts de contrôle et de régulation afin de ne pas démonétiser le label. C’est une demande appuyée par ces structures reconnues qui craignent, qu’avec le temps, le processus se fasse moins sélectif et que son bénéfice soit dilué.

Alors que le secteur privé affronte le tassement, voire la baisse de ses effectifs, contrairement au  public, ce processus de reconnaissance pourrait aider à renverser la tendance. Une source à l’Université privée de Marrakech (UPM) confirme que «l’engouement a été ressenti dès le mois d’avril, la reconnaissance ayant été reçue le 31 mars dernier, avec une affluence de demandes de renseignements pendant le Salon de l’étudiant».

Il faudra tout de même attendre quelques années avant d’évaluer l’impact réel de cette mesure. Mais d’ores et déjà, il est clair que la reconnaissance par l’Etat des diplômes des établissements privés booste leur popularité, puisqu’elle représente, pour les étudiants comme pour leur entourage, le gage d’une formation plus qualitative.

Des critères parfois incompréhensibles…

Pour obtenir la reconnaissance des diplômes, les programmes de l’établissement postulant doivent tous être accrédités par le ministère de l’Enseignement supérieur. Ensuite, obéir à des conditions draconiennes du cahier des charges : Avoir au minimum 3 ans d’ancienneté, assurer 60% du volume horaire annuel du programme par des professeurs permanents (critère que certains établissements dans le public ne remplissent pas);
Si le ratio sur le volet administratif est de 1 pour 100 étudiants, sur le plan pédagogique, il faut aussi 1 enseignant pour 10 étudiants dans le domaine de la santé, 1 pour 25 en gestion (peu de facultés d’économie sont capables de remplir ce critère que l’on impose au privé) et 1 pour 20 en ingénierie.
Autre critère, posséder des structures, un budget et un plan d’actions de recherche. Un des plus controversés de ces critères prévus dans le cahier des charges est de justifier d’un effectif minimum de 400 étudiants. Au ministère de tutelle, personne n’est en mesure d’expliquer l’origine de ce plancher.

                                                                            

«Cette clarification était nécessaire»

mohamed_abdellaoui_006.jpg

Mohamed Abdellaoui, vice-président de l’UIR (Ph. UIR)

- L’Economiste : Comment cette reconnaissance par l’Etat a été accueillie par vos étudiants?
- Mohamed Abdellaoui:
Tout s’est simplement clarifié dans leur esprit et dans celui de leurs parents. Avant, le processus était flou. Quelle était la différence entre autorisé, accrédité et reconnu? Tout ceci était difficile à comprendre pour nos étudiants. Aujourd’hui, ils savent qu’ils décrochent le même diplôme que n’importe quelle université publique marocaine. Les jeunes s’inscrivent chez nous en architecture, en médecine dentaire ou en filière ingénieur en sachant qu’ils peuvent faire valoir leur diplôme aussi bien sur les marchés de l’emploi privé que public. La compréhension est très nette depuis. Nos étudiants comme leurs parents ont été rassurés surtout.

- Quel effet ce label peut-il avoir sur la demande?
Nous sommes chaque année dans une logique de croissance à 2 chiffres. Nous avons en effet senti un petit plus en termes de demandes, mais l’image de l’UIR était déjà relativement correcte. Quant aux exigences imposées, elles restent les mêmes à partir du moment où les critères sont remplis. La reconnaissance dure 5 ans, ce qui permet au ministère d’opérer un contrôle régulier et approfondi.
Nos premiers diplômes reconnus pour l’année 2015/2016 ont été co-signés par le président de l’université Mohammed V et distribués en décembre dernier. Il s’agit du temps nécessaire au ministère de tutelle pour vérifier que les étudiants diplômés ont bien suivi le cursus chez nous, et soient bien déclarés chaque année. La procédure est à la fois simple et stricte. Nous avançons ensemble et en toute confiance.

Propos recueillis par S.J.

                                                                            

Diplômes: Fini la dichotomie public-privé

thami_ghorfi_006.jpg

Thami Ghorfi, PDG du groupe Esca Ecole de Management (Ph. L’Economiste)

THAMI Ghorfi, PDG du groupe Esca Ecole de Management, décrypte les implications de la mesure la plus structurante depuis 15 ans dans le secteur de l’enseignement supérieur privé. La reconnaissance des établissements et de droit, celle des diplômes délivrés par les écoles privées change la donne. Cette réforme privilégie l’excellence académique. La dichotomie public-privé aura donc tendance à disparaître laissant la place aux critères de qualité académique. Les lauréats des établissements reconnus bénéficient de plusieurs avantages, entre autres, l’opportunité d’accéder à la fonction publique, à un doctorat national ou encore l’exercice d’une profession réglementée.
 Cette réforme devrait clarifier les statuts -autorisé, accrédité, reconnu- pour le grand public. Ce dernier ne fait pas forcément la différence entre ces statuts, mais les appellations sont bien choisies et ont un sens bien clair. Un établissement autorisé est un établissement qui a le droit d’exercer dans sa ou ses disciplines et qui peut offrir un service d’enseignement en réponse à des normes pédagogiques et logistiques élémentaires.
L’accréditation concerne seulement les filières ou programmes d’un établissement lorsqu’ils sont conformes aux cahiers des charges académiques du ministère de l’Enseignement supérieur avec des critères plus poussés au niveau académique et logistique. Une école peut par exemple accréditer un ou plusieurs de ses programmes. L’accréditation dans ce cas certifie la qualité d’enseignement pour le ou les programmes accrédités seulement.
La reconnaissance quant à elle consacre l’établissement dans son ensemble dont les programmes sont tous déjà accrédités. Elle signifie que l’établissement reconnu répond à des exigences académiques très élevées mises en place par l’Etat avec des critères de qualité supérieurs aux précédents, notamment l’exigence d’assurer 60% du volume horaire global par  programme des enseignants permanents, dont 50% doivent être docteurs.  Une attention particulière est également portée à la recherche scientifique et à l’employabilité de ses diplômés.
A.S.

                                                                            

S’adapter aux entreprises, un impératif absolu!

mohamed_derrabi_006.jpg

Mohamed Derrabi, directeur de TBS (Ph. L’Economiste)

Le devoir de l’école est de former des diplômés capables de répondre aux besoins des entreprises. Pour ce faire, elle doit être à l’écoute des entreprises et développer des partenariats avec le monde des affaires.
La dimension relation avec l’entreprise «corporatelink» est un pilier fondamental de la qualité des diplômés et la pertinence de la formation. C’est un des standards les plus déterminants qui est évalué par les agences d’accréditation internationales.
A TBS nous avons mis en place un «Advisoryboard» composé de personnalités du monde académique et de l’entreprise.  Sa mission principale est de cadrer les choix stratégiques de l’école en matière d’enseignement et de recherche et de s’assurer que ces choix sont au service de l’employabilité de l’étudiant.
Cette structure conseille l’école sur les orientations académiques et professionnelles des programmes. Elle fait profiter l’école de son réseau personnel et d’entreprise.
A la demande des entreprises ou sollicités par nos enseignants-chercheurs, responsables de programmes et/ou d’options professionnelles, nous offrons la possibilité aux employeurs d’être associés à l’élaboration de modules de formation.
Faire partager aux étudiants son expérience ou sa pratique professionnelle constitue un complément efficace aux apports académiques. Ces interventions permettent notamment d’apporter, au plus près des évolutions des métiers, des savoir-faire et des fonctions exercées en entreprise, une approche différente ou complémentaire des pratiques managériales.
Et enfin, l’internationalisation de l’expérience des étudiants et la préparation de ces derniers pour relever les défis de la compétitivité liée au monde complexe de l’ère de la globalisation.
T.E.G.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc