Entreprises

Dirham: Les banques n’ont jamais spéculé

Par Franck FAGNON | Edition N°:5105 Le 13/09/2017 | Partager
Les salles de marché ont exécuté les ordres de leurs clients
Le président du groupe BP rejette les accusations du gouverneur de la Banque centrale
L’application de la norme IFRS 9 sera effective à partir de janvier 2018
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En attendant les conclusions des missions de contrôle de Bank Al-Maghrib et de l’Office des changes sur les soupçons de spéculation contre le dirham, le président du groupe BP réagit: «Les explications derrière les volumes de couverture de change avant la migration sont purement techniques. Ce qui est important à retenir, c’est que dans ce processus jamais les banques n’ont agi pour leur propre compte» (Ph. Jarfi)

- L’Economiste: Bank Al-Maghrib a reproché aux banques d’avoir fait capoter la réforme du régime de change en poussant les clients à spéculer contre le dirham. Que répondez-vous?
- Mohamed Benchaâboun:
Le processus de migration vers le régime de change flexible a été conduit de manière concertée entre la Banque centrale et les principaux acteurs concernés dont les banques. La flexibilisation progressive du dirham s’est imposée du fait de l’évolution de l’environnement économique et de la volonté du Maroc d’exporter son savoir-faire, notamment au niveau du continent. Maintenant, les explications derrière les volumes de couverture de change (ndlr: 19 milliards de DH en juin) avant la migration sont purement techniques. Ce qui est important à retenir, c’est que les banques ne réalisent pas d’opérations de couverture pour leur propre compte. Elles agissent, systématiquement pour le compte de leurs clients.
Les couvertures sur l’euro/dollar qui ne donnaient pas lieu à des sorties de devises ont pour l’essentiel été remplacées par des opérations de couverture entre l’une des deux devises et le dirham. Ces dernières se traduisent par des sorties de devises. Mais, ce sont des sorties provisoires. Elles correspondent aux positions que les banques prennent pour le compte de leurs clients de sorte à réduire l’impact des fluctuations du change sur leur marge.

- Qu’est-ce qui ressort des missions d’inspection de la Banque centrale et de l’Office des changes?
- Elles sont toujours en cours. Nous verrons ce à quoi elles vont aboutir. Mais, ce qui est à souligner, c’est que les banques ont toujours agi pour le compte de leurs clients.   

- Sur quoi les trois grandes banques se sont-elles accordées avec les autorités monétaires pour la mise en œuvre de l’IFRS 9?
- L’application de l’IFRS 9 sera effective à partir de janvier 2018 comme ce qui est prévu pour les banques européennes. En revanche, nous avons demandé que son entrée en vigueur ne coïncide pas avec de nouvelles mesures réglementaires qui étaient en cours d’examen par la Banque centrale (ndlr: circulaire 19/G sur la classification et le provisionnement des créances). L’idée est de digérer d’abord toutes les modifications qui découlent de l’IFRS 9, avant d’implémenter les règles que Bank Al-Maghrib souhaite mettre en place avec la révision de la circulaire 19/G.

- Avez-vous estimé le coût de ces changements au niveau du groupe?
- Nous échangeons avec la Banque centrale sur les simulations que nous menons. Mais, aujourd’hui, rien n’a encore été arrêté pour qu’on puisse déterminer l’impact réel.

- Ces évolutions réglementaires sont-elles de mesure à peser sur le financement de l’économie?
- Les banques marocaines ont vu le dispositif réglementaire et prudentiel se renforcer progressivement et de façon soutenue durant les dix dernières années. Concernant l’IFRS 9, les banques marocaines sont quasiment au même niveau de supervision bancaire que leurs homologues européens. Je pense qu’elles sont prêtes pour les changements préconisés par Bank Al-Maghrib.

- Fitch Ratings affirme que le secteur sous-estime les créances en souffrance et que le provisionnement ne serait pas au niveau auquel il devrait être. Où se situent les limites de la réglementation actuelle?
- Nous avons un taux de couverture des créances en souffrance par les provisions de 78%. De l’autre côté, nous avons un provisionnement anticipatif pour toutes les créances sensibles. La Banque centrale travaille en concertation avec les banques pour étendre les critères de ce type de créances pour lesquelles nous constituons des provisions pour risques généraux. Les organes d’administration et le management du groupe considèrent que nous sommes bien dotés en matière de provisionnement pour parer aux difficultés qui pourraient survenir demain.

- La demande de crédit a accéléré depuis juin. Cette trajectoire serait-elle confirmée sur le reste de l’année et en 2018?
- Nous sommes optimistes pour les mois à venir d’abord parce que nous avons eu une bonne campagne agricole. Cela devrait avoir un impact sur l’économie dans son ensemble. Les prévisions des organismes de conjoncture sont plutôt positives. Nous espérons donc que le quatrième trimestre sera porteur de projets intéressants pour le pays et l’activité économique dans son ensemble.

- Comment expliquez-vous la robustesse de la marge sur commissions dans le contexte actuel?
- Le groupe reste dynamique au niveau de la banque de détail et donc continue à recruter beaucoup de clients. Cela se reflète sur l’évolution proportionnelle de la marge sur commissions. Par ailleurs, la banque d’affaires et les filiales à l’étranger ont enregistré des commissions importantes vu leur dynamisme sur le marché des corporate.

- Pourquoi les PME ne profitent pas assez de la baisse des taux d’intérêt?
- Les PME ont profité de la baisse des taux d’intérêt comme les autres catégories de clientèle. La marge d’intérêt de la banque a baissé de 3%, malgré une augmentation de 6% du volume de crédits distribués. Ce sont bien les entreprises qui ont profité de cette baisse.

Propos recueillis par Franck FAGNON

 

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