Culture

Faces project: Le manifeste anti-selfie de Badr Bouzoubaâ

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5101 Le 07/09/2017 | Partager
Une série de portraits sans artifices pour «capturer l’essence de l’être»
Une aventure ouverte à tous sans casting ni intérêt commercial
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Des clichés d’hommes et femmes libérés de tout artifice pour dénoncer les images factices, les portraits ultra-léchés et autres selfies qui inondent la toile (Ph. Badr Bouzoubaâ)

Que celui qui n’a jamais pris un selfie, smartphone à bout de bras, jette la première pierre aux 62 millions de personnes qui ont publié les leurs sur Instagram (près de 40 milliards de selfies postés par an sur l’ensemble des réseaux sociaux).

Dans un monde dominé par l’image, traduisant le nombriliste, l’exhibitionniste et le narcissisme d’une société de plus en plus décomplexée, prendre le cliché parfait, qui nous fait espérer le maximum de «likes» et de commentaires, semble devenir un sport, transcendant toute génération ou catégorie sociale.

Un véritable phénomène qui gagne anonymes, grandes stars, hommes politiques et chefs d’Etat… Une sur-représentation de l’individu que le photographe Badr Bouzoubaâ dénonce à travers son projet «Faces project», démarré en février 2017: «Nous connaissons actuellement une sublimation constante de nous-mêmes à travers nos selfies et nos «moments» postés de manière régulière, voire obsédante, sur les réseaux sociaux. Instagram, Twitter, Facebook, Snapchat, la génération 2.0 ne jure que par ça pour exister dans une société en pleine mutation.

Des filtres par-ci, des effets par-là… Bref, tout ce qui peut nous montrer au meilleur de notre forme physique et psychique», précise le photographe. Le projet consiste en une série de portraits en noir et blanc  de personnes connues ou inconnues sans aucun artifice ni fioriture, un décor minimaliste. Badr Bouzoubaâ fera fi de tous ces nouveaux codes devenus la règle pour une photographie réussie.

Point de tête penchée, de regard en biais, de bouche arrondie, esquissant un baiser, exit la fameuse duck face ou «visage de canard», le regard est frontal, le traitement brut, avec comme force principale un travail sur la lumière: «Des yeux rivés sur l’objectif, une expression neutre afin de laisser échapper ce qui est indicible, ce qui est incontrôlable en nous.

Tout ce que nous voulons voiler dans la société, qui nous dicte quoi faire, comment agir, sort de manière instinctive. Il en résulte des clichés d’hommes et femmes libérés de tout artifice», indique Bouzoubaâ. Capturer ce qui fait défaut à ces millions de clichés et d’autoportraits qui inondent la toile, c'est-à-dire l’âme à travers sa série de photos pour aller, dit-il  «vers l’essence de l’être humain et le mettre à nu». Quelque 200 portraits sont déjà réalisés et exposés sur le site de l’artiste, en attendant une exposition-performance, où le public pourra se faire tirer le portrait et participer à l’aventure.

Une aventure humaine qui reste ouverte à tous, sans casting, ni intérêt commercial tiens à préciser Badr Bouzoubaâ.

 

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