Enquête

Tourisme dans le Nord/Al Hoceïma: Gros potentiel, petite mise en valeur

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5093 Le 25/08/2017 | Partager
Une nature vierge à couper le souffle
Mais qui reste mal exploitée et mal marketée
Manifestations, faiblesse des infrastructures, attentats en Europe… de lourdes contraintes
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Avec ses belles plages, Al Hoceïma pourrait attirer plus de touristes optant pour le balnéaire méditerranéen. Sur le site Mirador, qui jouit d’une vue imprenable sur la baie de la ville, des aménagements sont en cours pour la mise en place de la future corniche (Ph. Adam)

Al Hoceïma et son arrière-pays disposent de tous les ingrédients pour devenir une véritable destination touristique. Des paysages à couper le souffle, un littoral aux plages vierges avec de nombreuses criques et des plages parmi les plus belles du Nord forment l’atout de la ville qui repose entre les bras des montagnes du Rif. Mais les atouts naturels ne suffisent pas pour créer et faire vivre une destination. Encore faut-il qu’elle soit accessible.

La ville paie depuis quelques mois les frais du mouvement de protestation qui y couve. Sur tous les écrans, la destination a, il est vrai, été mise sur le devant de la scène. Mais son image de région balnéaire paisible en a pris un coup. Les nuitées de touristes internationaux ont plongé de 19% lors des cinq premiers mois de 2017. Le tourisme national (+13%) a permis de sauver les meubles.

A l’instar de toute la destination Maroc, Al Hoceïma pourrait aussi souffrir des retombées des récents attentats en Espagne. «Pour l’instant, nous n’avons senti aucun effet, il n’y a pas eu d’annulations, ni des réservations, ni des vols», précise Mustapha Boucetta, président du Conseil régional du tourisme de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

Le Rif, de manière générale, pèche, en outre, par un manque d’infrastructures et de connexions. Par voie terrestre, Al Hoceïma est reliée à Tanger, dont elle dépend administrativement, par la rocade méditerranéenne s’étendant sur près de 300 km. Une route côtière qui serpente à travers les falaises du Rif, avec des paysages merveilleux mais qui se prêtent mal à une exploitation touristique et commerciale. Cette rocade, malgré un élargissement des voies en 2012 reste trop sinueuse. Les travaux d’une deuxième connexion ont été lancés en 2010. Mais ils ne sont toujours pas achevés. Il s’agit d’une liaison devant relier Taza à Al Hoceïma, dont l’état d’avancement est de 70%.

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L’évolution de la capacité hôtelière de la région montre une nette préférence pour les 4 étoiles durant les six dernières années

Elle ne devrait pas entrer en service avant 2019. Si, actuellement, le trajet par voie terrestre nécessite plus de 5 heures, cette future voie express permettra de le ramener à 2 heures.  Au niveau aérien, les choses se sont nettement améliorées, avec un aéroport international, le Cherif Al Idrissi, capable de recevoir tous types d’avions. Face à la demande pressante des MRE, une liaison hebdomadaire en partance de la Belgique, ainsi que deux autres depuis la Hollande ont été instaurées. Elles sont actives pendant la haute saison. En 2016, une ligne Casablanca-Al Hoceïma via Tétouan avait été mise en place par RAM, suite à une convention avec le Conseil de la région.

Ce dernier s’était engagé à subventionner les vols et à prendre en charge les places vides. La ligne avait réussi à reconnecter Al Hoceïma au réseau aérien domestique. Le vol était, toutefois, très contraignant, vu qu’il durait près de 3 heures, soit l’équivalent d’un Casa-Paris. Début juillet dernier, avec la visite d’une délégation du ministère du Tourisme et du secrétariat d’Etat au Tourisme, venue au chevet des opérateurs, plusieurs mesures ont été prises. Parmi elles, la mise en place de deux liaisons aériennes vers la ville, au départ de Casablanca et de Tanger. Elles devraient permettre de relancer la destination.

Au niveau des infrastructures hôtelières, Al Hoceïma est mal lotie. Avec 2.020 lits classés, elle reste à la limite du minimum nécessaire pour attirer l’attention des grands opérateurs. Plus de la moitié des lits est située dans la catégorie des 4 étoiles, dont le Quemado, un hôtel géré par la chaîne Mercure. Cette catégorie a concentré l’essentiel des nouvelles créations depuis 2010 avec une part de 76%.  Trois ouvertures sur quatre sont ainsi des 4 étoiles. D’autres ouvertures sont prévues pour les prochaines années.

Le groupe hôtelier Kenzi a, par exemple, annoncé la signature avec la CDG d’un contrat de gestion pour le site de Souani. Considéré comme l’une des meilleures plages de la ville d’Al Hoceïma, le site devrait accueillir un hôtel et un village de vacances, dont l’entrée en activité est prévue en 2020, selon Kenzi. L’investissement est évalué à plus d’un milliard de DH. Il devrait mettre sur le marché plus de 2.000 lits supplémentaires, de quoi donner un coup de fouet à un segment très prisé.

Le digital à la rescousse de la région

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie digitale, l’ONMT vient de lancer un hashtag: #VisitAlHoceima. L’objectif est d’aider à faire connaître la ville et ses potentialités. L’Office a aussi mené un éductour dédié aux agents de voyages nationaux, ainsi qu’un projet de voyage découverte pour les voyagistes internationaux. Quant à l’opération Kounouz Biladi, lancée chaque été, elle devrait mettre en avant la ville d’Al Hoceïma. Même si la saison est largement entamée, tout effort en vue d’attirer des visiteurs ne serait pas de refus.
Le département du Tourisme a également lancé un plan de promotion du secteur à Al Hoceïma, pour un montant de 27 millions de DH. Ce plan d’action portera, en priorité, sur l’accompagnement des opérateurs touristiques pour la promotion et la commercialisation de la destination au titre de la saison d’été 2017. Il insistera également sur le renforcement de la desserte aérienne, afin d’améliorer l’accessibilité de la destination.

 

 

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