Régions

Souss: L’apiculture toujours en deçà de son potentiel

Par Fatiha NAKHLI | Edition N°:5093 Le 25/08/2017 | Partager
123.500 ruches et 850 tonnes de miel en 2016
La vente directe domine, avec des prix allant de 70 à plus de 300 DH/kg
Absence d’un centre de transformation et de conditionnement
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Seules 38% des ruches du Souss sont modernes. Les producteurs optent le plus souvent pour la vente directe. Faute de certification du produit, impossible de lorgner des marchés étrangers (Ph. L’Economiste)

Des ressources naturelles, le Souss Massa en regorge. Parmi elles, le miel. La région est une zone apicole par excellence. En effet, elle dispose d’une flore mellifère abondante et diversifiée qui a permis le développement d’une tradition ancestrale. «Les plus convoités par les consommateurs sont les miels de thym et d’euphorbe, étant donné leurs propriétés médicinales», explique un apiculteur. «Ils sont utilisés pour soigner les affections des voies respiratoires, l’asthme, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires…», poursuit-il. D’autres variétés de miel abondent dans la région: thuya, caroubier, oranger...

Avec 123.500 ruches, dont 38% sont modernes, la région Souss Massa a produit près de 850 tonnes en 2016, selon l’Office régional de mise en valeur agricole Souss Massa (ORMVA/SM). Néanmoins, la productivité du secteur reste en deçà de son potentiel. Elle est de seulement 3 à 6 kilos de miel par ruche traditionnelle, et de 12 à 15 kilos par ruche moderne. En ce qui concerne les systèmes de commercialisation, la vente directe est la plus pratiquée, avec des prix oscillant entre 70 et 300 DH le kilo, voire plus, en fonction de la qualité et de l’origine florale du miel.

Le festival du miel, organisé chaque année au niveau de la commune rurale d’Imouzzer Ida Outanane, est l’occasion rêvée pour les apiculteurs de promouvoir et d’écouler leurs produits.
Cette manifestation, dont la 10e édition s’est déroulée durant ce mois d’août, est initiée par la Fédération Al Ahd Al Jadid pour le développement d’Ida Outanane, et le conseil préfectoral d’Agadir Ida Outanane. En collaboration avec le conseil régional Souss Massa et d’autres partenaires.

Durant le festival du miel, une conférence, animée par Mohamed Irgui, responsable à l’Office du développement de coopération (ODCO), a été organisée. Elle s’est intéressée à la loi 112-12 régissant les coopératives. Le texte permet aux coopératives de disposer d’un cadre juridique les aidant à optimiser leur rentabilité, et les encourageant à se transformer en entreprises structurées et compétitives. L’idée étant de donner un élan au secteur coopératif, et de le positionner en réel pourvoyeur d’emploi.

Le Souss est connu pour trois miellées principales (en plus des miellées secondaires): La miellée des agrumes à Taroudant et sa région, en mars, la miellée du thym dans la zone d’Ida Outanane, entre juin et juillet, et celle de l’euphorbe, de juillet à novembre, dans la région de Tiznit, Aït Baâmrane… Ce qui fait de la région une zone de transhumance convoitée.

De nombreuses contraintes…

Des efforts sont entrepris par le ministère de tutelle et l’ORMVA/SM pour la modernisation du secteur apicole et l’amélioration de la productivité des ruchers. Des projets d’intensification et de valorisation de la filière ont été initiés dans le cadre du plan Maroc Vert, Pilier II, qui intervient au niveau du financement, de l’accompagnement et de la formation. «Pour ce qui est du financement, c’est l’Etat qui accorde les subventions à travers le Fonds de développement agricole», explique Samir Bari, chef du service Elevage à l’ORMVA/SM. La région dispose, également, d’un centre privé de sauvegarde et de développement de l’abeille saharienne, dont la mission principale est d’assurer la multiplication, la diffusion de cette abeille, en plus de la formation et de l’encadrement des apiculteurs.

L’apiculture n’est pas une activité facile. Elle fait l’objet de plusieurs contraintes. En plus de la succession des années de sécheresse, la filière souffre du manque d’organisation, de la faible technicité des éleveurs et d’une anarchie dans la commercialisation et la gestion de l’activité. Ce qui se répercute sur les revenus. Avec une meilleure expertise de l’élevage des abeilles et une meilleure valorisation des produits de la ruche (miel, pollen, gelée royale…) les bénéfices pourraient largement s’améliorer.

La persistance des maladies à forte incidence économique est aussi problématique, notamment celles liée au Varroa Destructor, un acarien parasite de l’abeille adulte, des larves et des nymphes. Le nombre d’unités agréées pour l’extraction et le conditionnement de miel restent, par ailleurs, limité. Côté transformation et conditionnement, la région ne compte aucun centre.

Regrouper les producteurs en coopératives

C’est dans le cadre du Plan agricole régional (PAR) que l’Office régional de mise en valeur agricole Souss Massa inscrit son action en faveur du secteur. Son objectif est de regrouper les apiculteurs en Organisation professionnelle agricole (OPA), et de les réunir autour de projets concrets.
L’Office les encourage, en parallèle, à adhérer à la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP), et à se regrouper en coopératives. Cela leur permettra de décrocher les agréments répondant  aux normes fixées par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).
Un sésame qui leur offrira la possibilité de participer aux foires et salons internationaux, avec un produit dont la qualité reconnue.

Une modernisation bien laborieuse

Pour la mise à niveau de la filière apicole, quatre projets d’intensification et de valorisation du miel ont été lancés.
Un investissement de plus de 22,7 millions de DH a été mobilisé, dont un apport de 15% par près de 1.100 bénéficiaires. Ces projets sont localisés dans la préfecture d’Agadir Ida Outanane (cercles d’Imouzzer et d’Aourir), la province de Taroudant (Argana) et dans la province de Chtouka Aït Baha. 2.900 ruches pleines et 4.300 vides ont ainsi été acquises et distribuées.
Pour l’heure, seul le projet Argana est achevé. Les autres sont toujours en cours de réalisation, notamment en raison de la succession de deux années de sécheresse qui ont retardé l’opération. L’abeille saharienne a été exigée par la tutelle, afin de permettre le développement génétique de la race.  
Des sessions de formation, voyages d’étude, visites d’accompagnement et journées d’information ont, par ailleurs, été organisés en faveur des apiculteurs. L’Office a, également, procédé à l’équipement de 10 mielleries en matériel d’extraction et en fournitures d’emballage et d’étiquetage.

De notre correspondante,
Fatiha NAKHLI

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